samedi 16 mars 2013

Le déchronologue


Stéphane Beauverger
Grand Prix de l'imaginaire - Roman Francophone - 2010

Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles, Leur arme: le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. Qu'espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l'impensable : un Léviathan de fer glissant dans l'orage, capable de cracher la foudre et d'abattre la mort ! Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d'aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l'Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps.

Henri Villon, originaire de Nantes comme beaucoup de gens de mer, est le capitaine d'une frégate qui s'attaque dans la mer des Caraïbes, aux galions richement chargés qui retournent des Indes pour remplir les coffres espagnols. Anglais, Français et même Portugais qui n'ont recueilli que les miettes du partage du gigantesque empire précolombien, prétendent à la revanche. Voilà pour l'aspect historique et le style du roman prétend reprendre le modèle du journal de bord, mais bien qu'il y ait le lot attendu de complots, d'alliances, de trahisons et même le récit d'un long emprisonnement dans les geôles de Carthagène, il ne contient finalement que peu d'indications sur ce qu'on s'attendrait à y trouver : longitude, latitude, météorologie, bateaux coulés et prises d'abordage.
Très rapidement, le genre s'incline vers le fantastique, d'abord par les propos du capitaine et les éléments dont il témoigne, mais aussi parce que d'un chapitre à l'autre son bateau change de nom : il y a eu le Chronos, puis le Toujours debout, enfin le Déchronologue, mais ce n'est pas l'ordre dans lequel ils apparaissent dans le roman. Cela pourrait sembler normal que des pirates aient pu perdre un navire et donc en changer, de même que l'équipage se modifie et que les noms du second, du maître artilleur, etc soient différents, cela fait partie des aléas de la mer et au début je n'y ai pas fait vraiment attention. Mais à certains moments, ce n'est pas l'un des bateau auquel je m'attendais et donc j'ai réalisé que le journal mélangeait les périodes dans un ordre non chronologique (les repères figurent dans les têtes de chapitre, mais en fait le "désordre" ne m'a pas perturbée dans la lecture et je n'ai pas eu besoin de ce secours).
Ensuite, de nombreux éléments perturbateurs qui n'appartiennent pas à la vraie Histoire sont insérés dans l'histoire : les Targui, de simples observateurs apparemment, venus du futur et porteurs d'une technologie très avancée, qui ne sont jamais décrits physiquement sauf qu'ils suscitent la haine des humains, les Itza, des Indiens du Yucatan dont le cité de Noj Peten, située sur l'île d'un lac au coeur de la jungle a été visitée mais jamais conquise par les conquistadores, et qui entreprennent la destruction systématique des bases espagnoles dans le Nouveau monde, avec l'aide d'une technologie du futur mise à leur disposition par de mystérieux visiteurs, les Clampins, nouveaux naufrageurs, écumeurs des côtes de Floride qui profitent des perturbations du continuum pour piller tous les bateaux qui passent à proximité de leurs filets temporels, un bateau pirate terrifiant dont l'armement est capable de détruire tout ce qu'il croise et suscite la terreur des marins les plus endurcis : Villon bien sûr qui lui a échappé une première fois mais a constaté de ses yeux sa terrible puissance de feu et Mendoza, son ennemi juré qui est proche de la folie depuis qu'il a pu monter à bord du géant des mers.

Le déchronologue est un récit très prenant, complexe mais néanmoins facile à suivre. Il n'appartient pleinement à aucun genre et c'est ce qui en fait son attrait et son originalité. J'ai toutefois l'impression d'être restée en dehors, je n'ai jamais complètement adhéré à l'histoire déconcertante qui se devine : l'intervention de forces antagonistes pour modifier le passé qui règlent leurs comptes par époque interposée et qui finalement aboutissent à un dérèglement complet du XVIIe siècle, la destruction quasi totale de l'Ancien monde et une anarchie installée partout où les survivants ont peu de chance d'échapper au fléau. Bien qu'assez peu crédible, c'est suffisamment glauque, pour être perturbant et il y a des vérités humaines qui dérangent : l'avidité et les bassesses d'êtres sans foi ni loi qui sont prêts à tirer parti du malheur des autres, la manipulation des différents acteurs, le double-jeu, l'opportunisme, le fanatisme de certains et l'hypocrisie générale.

L'avis de Ptitetrolle et de Julien le naufragé

2 commentaires:

SBM a dit…

Un livre à lire et relire sans aucun doute, ne serait-ce que pour apprécier la structure complexe et qui peut rebuter à la première lecture.

XL a dit…

bonjour
désolée SBM ton commentaire était classé en spam et je viens seulement de le découvrir !