vendredi 17 juillet 2020

Lectures BD : un mois faste

A la moitié du mois, j'ai déjà fait le plein de très belles découvertes !

En dépit de l'effet bizarre de lire cette histoire après le confinement dû à la pandémie du COVID 19, j'ai apprécié l'histoire, plus que le style graphique, mais l'ensemble tient la route et les promesses originales du titre. La problématique des espèces invasives encore appelées pestes végétales m'est familière depuis un séjour prolongé à La Réunion.

Info en +
Une espèce envahissante exogène est une espèce vivante exotique qui devient un agent de perturbation nuisible à la biodiversité autochtone des écosystèmes naturels ou semi naturels parmi lesquels elle s’est établie.

Revenons à la BD de Nicolas Puzenat publiée aux éditions Sarbacane. Le parasite qui empêche la population mondiale de dormir est beaucoup plus ravageur qu'un COVID. Les personnes fragiles : âgées, en bas âge, malades, meurent en premier, tandis que le reste de la population se livre au pillage. Les hôpitaux ferment, débordés, et tout en tenant des propos lénifiants, le gouvernement s'empare des stocks du seul produit permettant de prendre du repos. Quand débute le fléau, un séminaire d'experts en espèces invasives, originaires d'Amérique du Sud, plus un parasitologue canadien, se trouve réuni dans la capitale argentine, à la demande de l'industrie agro-alimentaire.
Chaque membre du groupe réagit à sa façon face à l'insomnie, à la fatigue, au stress et au danger mortel. La belle Tamaris en profite, malgré le compte à rebours, pour découvrir la ville et ses attraits. L'observation fine de l'humanité en situation de crise fait tout l'attrait de cette narration efficace, entrecoupée d'instants de détente dans un hôtel à l'ancienne du vieux Buenos Aires.
4ème de couverture :
Et si plus personne ne trouvait le sommeil ?
Combien de temps pourrait-on survivre ?
Combien de temps faudrait-il au monde... pour sombrer dans le chaos ?
L'avis de Bodoï (extrait) :
En s’appuyant sur la théorie d’une planète trouvant les moyens de se débarrasser de ses nuisibles, dans une proportion suffisante pour survivre, l’auteur construit tranquillement et subtilement [...] un discours de SF solide et un conte intime sur la question de la survie.


Le chevalier d'Eon tome 1 La fin de l'innocence (2019) d'Arnaud Delalande et Simona Mogavino
Même en connaissant l'Histoire et les protagonistes j'ai eu du mal à me repérer dans l'histoire et les personnages, mais j'aime le dessin et le chevalier, donc je pense lire la suite : le tome 2 est paru début 2020.

La quête d'Ewilan : Ellana tome 1
Graphiquement, un petit air de Sillage chez l'héroïne et une histoire de fantasy un peu trop jeunesse pour moi m'ont empêchée de goûter pleinement à la transposition de ce roman phare de Pierre Bottero en BD ; les fans doivent adorer !

Locke & Key - Intégrale, tome 1 de  Joe Hill et  Gabriel Rodriguez
Netflix m'a donné envie de découvrir cette série, l'idée est attrayante, mais le graphisme me déplaît trop pour continuer la lecture.

Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé
La naissance de Julia apporte une surprise magistrale à Patricia et Fabien, déjà parents d'une petite Louise. Le roman graphique montre les deux premières années où l'une et les autres apprennent à s'apprivoiser, pour finalement voir le triomphe de l'amour.

Moi ce que j'aime c'est les monstres d'Emil Ferris
Dans un magistral album au crayonné, l'auteur suit une famille monoparentale, dont les enfants dissimulent chacun un secret. Avec son physique de danseur pour dame, personne ne s'attendrait à ce que le frère aîné partage un tel goût pour la peinture dont il fait l'éducation auprès de sa jeune soeur.

Twenty 3
L'éducation de Sally sur les brisées de sa cousine Twenty, dans le style " léché " d'Erich von Götha qui s'invite dans l'album.

Ypsine et la carte du tendre.
Mlle de Scudéry revisitée inspire à Bettina Sand et Sylvio Cadelo une version plus contemporaine de La carte du tendre.


COUPS DE COEUR

La différence invisible
Quelle accomplissement que cette BD ! Le style est propre, la narration juste et l'ensemble se complète en un équilibre parfait.
Le parcours décrit par Marguerite peut aider plus d'un proche à comprendre ou à déceler un autiste Asperger qui s'ignore : subtilement variable selon chaque individu et personnalité mais toujours pesant à vivre socialement, le décalage ressenti n'est pas forcément identifié. L'auteur explique combien cet état peut rester ignoré des principaux concernés mais aussi de leur entourage médical. Je suis convaincue que des réussites exemplaires comme celle de Josef Schovanec (Je suis à l'Est) ou de Daniel Tammet qui est cité dans la BD (notamment pour avoir récité de mémoire plus de 22000 décimales du nombre Pi en un peu plus de 5 heures) contribuent à une meilleure information. L'aboutissement d'une démarche de communication de cette ampleur, sur un handicap qui touche principalement au relationnel, entraine mon admiration sans borne. Marguerite a su transformer sa difficulté en force et elle trouve son propre chemin avec de formidables moyens d'expression personnels : la collaboration à un roman graphique, la tenue d'un blogue, etc. Pour en revenir à la qualité de l'illustration, j'ai vraiment aimé de bout en bout ; le dessin expressif et apparemment naïf, le passage du temps, les émotions muettes rendues avec une économie de paroles, les touches de couleur rouge qui crèvent les dégradés de gris comme les baskets probablement Converse qui marquent une différence visible et rappellent l'oiseau qui s'envole, le travail sur les textures et matières des vêtements, et j'en oublie ! Il me la faut, j'ai déjà envie de la relire

Le jour où il a suivi sa valise (tome 4)
Marko poursuit sa saga autour du développement personnel. En ouverture, une jeune japonaise dépressive (je signale l'expressivité de belles images d'humeur noire) quitte travail, famille, pays, du jour au lendemain. De son côté, Guillaume se laisse porter par une vie qui ne le satisfait pas pleinement. Il suit sa compagne Solène et son groupe de méditation à Bali, mais la perte de quelques bagages lui fournit l'occasion de se désolidariser de ses compagnons de voyage. Un chauffeur de minibus - et guide spirituel réputé - plus tard, Guillaume est prêt à retrouver le sens de l'orientation.


La fille dans l'écran
Il faut lire l'épilogue pour connaître la genèse et les astuces de réalisation de cette BD à quatre mains, où les différences entre pages gauche/droite passent quasiment inaperçu tant la connivence des auteures est grande.





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