dimanche 10 juillet 2011

Palimpseste

NewsBook, qui je le rappelle a pris la succession de BoB (Blog-o-Book), m'a offert la possibilité de recevoir Palimpseste de Charles Stross. Traduit pour la collection Nouveaux millénaires de J'ai Lu, lauréat du prix Hugo 2010 dans la catégorie novella, sa lecture m'a tentée suite au commentaire plutôt flatteur dont il a fait l'objet de la part d'Anudar - La grande bibliothèque.
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La Stase est une organisation dont le plan ambitieux consiste à préserver l'humanité de l'extinction qui attend toute civilisation à plus ou moins long terme, de son propre fait ou par la survenue d'une inévitable catastrophe naturelle. Grâce à sa maîtrise des voyages temporels, elle est parvenue, des millions de fois depuis l'apparition de la vie sur Terre, à prélever les échantillons de population nécessaires à un réensemencement ultérieur.
L'agent Pierce est un de ces agents, arrachés à leur famille et à leur époque, pour suivre le long apprentissage (dix années subjectives) des patrouilleurs du temps et voyager tout au long de l’histoire de la Terre pour opérer le " miracle " de la renaissance après chaque fin du monde.
Contrairement à beaucoup d'autres, il  finit par se fixer entre deux missions et à fonder une famille. En faisant des recherches, il s'aperçoit que cette époque a été effacée par une nouvelle version de l'histoire : un palimpseste, ce que redoute tout agent de la Stase et qui se produit suite aux interventions concommittantes de plusieurs sources sur un évènement du passé. D'ailleurs il s'y est heurté sans comprendre dès sa première mission et a triplement failli y laisser sa peau.

Palimpseste est le terme qui désigne un parchemin ancien dont les copistes du Moyen Âge grattent le texte manuscrit, en des temps de pénurie, pour le réutiliser, mais aussi un mécanisme psychologique tel que les faits nouvellement mémorisés se substituent à ceux qui leur préexistaient dans la mémoire. Il y a un peu de ces deux formules dans le roman de Charles Stross.
L'auteur s'écarte de la question des paradoxes temporels ou les problèmes causés par la coexistence de multiples versions du moi. Il articule son propos autour d'un autre risque, lié aux conséquences de toute interaction ou palimpseste historique : les réécritures multiples qui entraînent la disparition des portions d'histoire alternative concernées. Quand Pierce perçoit que son vécu avec Xiri sa compagne et leurs deux enfants est menacé d'effacement, il n'a d'autre ressource que de se rendre à l'Ultime bibliothèque, celle qui conserve les archives de toutes les versions possibles de l'Histoire, pour retrouver la trace de ceux qu'il aime, afin de rétablir le passé pour rectifier son présent.
Ce faisant, il finit par douter de la puissante organisation dont il était un des éléments les plus prometteurs. La stase, ou état de stase, désigne un état de choses marqué par l'immobilité absolue, par opposition au déroulement normal des processus. Dans le roman, elle a pour seul et unique objectif d'empêcher la destruction totale de l'espèce : chaque civilisation renaissante ayant atteint un niveau scientifique suffisant, avec l'aide des agents temporels, poursuit les recherches visant à soustraire la Terre aux cataclysmes qui la menacent. Veillant à éliminer le moindre grain qui pourrait affecter le déroulement immuable de sa mission, mais incapable de se réformer, la Stase finit par se scléroser complètement en rejetant tout facteur d'évolution et en tentant d'éliminer " dans l'oeuf " tout potentiel fauteur de trouble.

Pourtant séduite d'emblée, je me suis lassée de suivre des fils aussi nombreux : trop d'alternatives en fin de compte, des réécritures à n'en plus finir, une multiplication de possibilités : diaspora dans le temps (réensemencements) contre colonisation de l'espace (terra formation), une fin hors de l'espace-temps avec une planète entièrement habitée par l'ultime bibliothèque, puis une histoire qui semble repartir en boucle comme Les maîtres du temps de Moébius.
Le schéma est plutôt complexe, intéressant sans être totalement passionnant, si ce n'étaient les épisodes qui mettent en scène la véritable star (sans jeu de mot) de l'histoire : la Terre.
La présentation d'un diaporama commenté, qui s'insère dans le tissu narratif et raconte la naissance de l'univers, le passage des civilisations et la transformation de notre galaxie sur des milliards d'années, dans une perspective vertigineuse, donne sa véritable dimension à ce grand roman de science-fiction. L'auteur spécule sur l'évolution de la planète, les préparatifs de sa survie à la collision de la Voie lactée avec la galaxie d'Andromède, puis à l'extinction prévisible de son étoile, sa propulsion hors du système solaire, enfin son extraordinaire voyage spatial jusque dans les confins du Vide du Bouvier.

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