J'ai pu apprécier, par un heureux hasard de programmation à la médiathèque, la finesse de La tête en friche porté à l'écran par Jean Becker : une très belle histoire d'amour entre Germain Chaze (Gérard Depardieu) un cinquantenaire un peu "simple", repoussé dès l'enfance par une mère célibataire qui n'a jamais su exprimer ses sentiments maternels, et Margueritte (Gisèle Casadesus) une charmante vieille dame, qui parvient lui faire partager son goût de la lecture.
C'était une lecture proposée par Petite Fleur pour la lettre R du circle challenge, mais du coup j'ai choisi un autre titre dans la bibliographie de Marie Sabine Roger : Attention fragiles.
Laurence, 23 ans, est mère célibataire d'un petit Bruno de 4 ans 1/2. Par un malheureux concours de circonstances, ils se retrouvent sans abri alors que les premiers froids arrivent et ils se réfugient dans un grand carton d'emballage en bordure de voie ferrée. L'amour de son fils, inséparable de Baluchon, un panda en peluche qui lui tient lieu de copain imaginaire, l'empêche de sombrer tout à fait. L'aide de Lucas, qui travaille un jour sur deux au buffet de la gare, lui permet de garder un semblant de dignité, puis vient la rencontre avec Geneviève, qu'elle repousse d'abord avec colère.
Nel(son), aveugle depuis l'enfance, passe tous les jours, avec sa chienne Boussole, par la passerelle qui enjambe les voies ferrées. Lycéen à peine moins âgé que Laurence, il vit dans une grande détresse morale. L'arrivée de Cécile, vive et spontanée, lui ouvre des perspectives d'avenir enfin porteuses d'espoir.
A travers ces deux destins qui coexistent en parallèle, dans l'ignorance l'un de l'autre, l'auteur se penche avec pudeur et délicatesse sur la vie des démunis, des laissés-pour-compte. Sa voix parle vrai, sans voyeurisme ou fausse bonne conscience. Elle possède le talent d'alerter sur la fragilité de ces êtres que l'existence malmène et refoule en bordure de la société. Mais son message reste optimiste, presque allègre dans ce contexte doux-amer, car au bord du goufre, ils croisent la main tendue, ils rencontrent le secours inespéré avant l'échouage définitif : Cécile pour Nel, Geneviève pour Laurence, Germain pour Margueritte et réciproquement, apportent un peu de douceur dans un monde de brutes et un peu de lumière dans nos vies de lecteurs.
Merci à Marie Sabine Roger et à Petite Fleur pour cette découverte.























