mardi 27 octobre 2020

Histoires de bistrots

Bingo de l'automne : un auteur décédé à 55 ans / Piwi : un titre gourmand
Autour d'une saison : un aliment en couverture / Pain, fromage, charcuterie et ballon de rouge
 
Il y a de multiples manières de célébrer les petits bistros bien français. Le traditionnel Beaujolais nouveau en est une occasion. René Fallet y campe une bande hétéroclite : quatre copains de zinc sympathiques, mais à la tête parfois prêt du bonnet ! Leur quartier général est le "Café du Pauvre", un bistrot vieillot tenu par un couple désassorti, qui sert aussi des repas ouvriers. En banlieue parisienne, Villeneuve Saint Georges (et le dragon d'où les farfelus à vélo - note personnelle) est en pleine mutation, avec la construction de nouveaux immeubles de rapport. Camadule et Beaujol tiennent fermement à leur bord de Marne et leurs habitudes dilettantes. Ils s'adjoignent Poulouc, un jeune de la cité voisine qui partage leur refus du labeur et rallient à leurs convictions Debedeux, cadre désabusé et ancien camarade de classe qui vit une crise identitaire. Au monde tel qu'il devient, le quatuor haut en couleurs oppose une résistance passive et lucide ; il réfute l'avenir social qui se profile en 1975. Leurs projections peignent à l'horizon 2000 un siècle nouveau peu engageant mais crédible. 
Derrière la fable sociale, sous l'éloge de l'amitié et de l'art de profiter du temps qui passe, se dissimule une analyse politique et économique plus fine qu'il n'y paraît. Le style, proche de Raymond Queneau mais en plus abordable à mon avis, est gouailleur mais les réparties souvent frappées au coin du bon sens. Je voulais lire René Fallet depuis le sortie de La soupe aux choux au cinéma (!!) et je ne suis pas déçue. Un connaisseur me conseille de poursuivre avec Ersatz. Lu le 9 octobre 2020

Le café de l'Excelsior de Camille Claudel
Mon opinion vient confirmer celle que je m'étais faite à partir d'une autre découverte pleine de nostalgie, de tendresse, de philosophie populaire. J'ai souhaité le lire parce qu'il m'évoquait le bel établissement Art nouveau de la place de la gare à Nancy. Il n'en est rien puisque le café de l'Excelsior de Philippe Claudel est un modeste bistrot de village. Pourtant il prend toute son importance au cours de l'histoire. D'abord à cause de la personnalité de son patron, puis pour la place qu'il occupe dans la vie (la misère) des gens qui viennent y chercher un verre et une parole de réconfort, enfin pour la belle relation qui se construit entre un grand-père et son petit fils. Tout cela sera irrémédiablement gâché. Le roman effleure avec délicatesse le sujet de la perte et pourtant il reste incroyablement générateur d'optimisme car si d'aussi belles personnes existent, tout n'est pas si moche dans le monde.
Lu le 31 mars 2014

 
Dans le café de la jeunesse perdue se déroule en quelques chapitres qui présentent différents points de vue sur un même évènement, disséqué et ressassé à la manière si personnelle de Patrick Modiano : le passage fulgurant d'une dénommée Louki, de son vrai nom Jacqueline Choureau, née Delanque. Parmi les habitués d'un café du quartier de l'Odéon, le Condé, aujourd'hui remplacé par un magasin de luxe, chacun y va de son anecdote ou de son hypothèse. Les protagonistes qui prennent tour à tour la parole pour dévoiler un pan de la vie de Jacqueline sont le narrateur, ici un étudiant de l'Ecole des Mines, Caisley sans doute un détective privé engagé par le mari pour élucider sa disparition du domicile conjugal, Jacqueline elle-même qui évoque son adolescence et Roland, son dernier amant, connu sous son seul nom d'emprunt. L'identité des gens qui se croisent dans les nuits de Modiano (plus rarement de jour) est souvent floue, imprécise, tronquée en dépit des velléités de l'auteur d'en expliquer les moindres aspects, à travers les traces fugaces et éphémères des souvenirs.

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