Irlandais de souche et de permanente mauvaise humeur, le sergent Kirkham ne pense qu'à envoyer tout le monde " le nez dans la luzerne " à commencer par son nouveau subalterne (et futur gendre : mais ça foi d'Irlandais, il n'en est pas question). Le constable Elmer Rufford, outre son poste à T et son appétence au métier, a l'outrecuidance de vouloir épouser une des six demoiselles Kirkham sur lesquels le père, veuf, veille jalousement. La mère d'Elmer n'est pas en reste et s'oppose également à l'union, jusqu'à ce que le boucher Appledon, qui la voit avec les yeux du coeur, se déclare enfin et réussisse à lui adoucir le caractère.
Du titre jusqu'à la dernière phrase : " Le nez dans le gazon, daddy ! " il semble que l'auteur se soit fixé la gageure de placer l'expression toutes les dix pages : elle apparaît une bonne vingtaine de fois dans le roman, la plupart dans la bouche du sergent Kirkham, mais aussi chez ses interlocuteurs : de son chef Galgate à sa fille Daisy. De nombreuses
scènes dialoguées sont si théâtrales que les répliques semblent faites pour être jouées. Agréablement désuet, le style rappelle d'ailleurs les films muets en noir et blanc, légèrement surannés mais à l'humour quasiment indémodable. Si la comédie de moeurs prend souvent le pas sur l'enquête, il y a bien vol de fabuleux joyaux, puis meurtres, aux mobiles savamment dissimulés, ce qui permet au jeune Rufford de
gagner, sinon l'estime renfrognée de son beau-père, ses galons de sergent.
Quatrième de couverture, pour donner le ton !
"Vive la libération de la femme ! " Le slogan s'étale en grosses lettres
indignées sur la glace de la chambre de Daisy. Et la chambre est vide.
Ainsi que celle d'Adela. Et celle de Fiona. Elles ont osé, les ingrates !
Filles dénaturées ! Quitter le toit familial ! Fuguer comme des
dévergondées qu'elles sont ! Mais le sergent Kirkham ne va pas se
laisser faire. Il connaît le responsable : Elmer Rufford, ce vil
suborneur, ce satyre qui n'a même pas une goutte de sang irlandais dans
les veines. Ah ! il aura tôt fait de l'envoyer le nez dans la luzerne !
Avant de l'expédier à l'hôpital. Et peut-être à la morgue...
ABC Polars : lettre E
Autour d'une saison : une fleur dans le titre
C'est très joli la luzerne !
Une enquête de l'inspecteur Roméo Tarchinini
Chewing gum et spaghetti confronte les méthodes apparemment dilettantes de la police véronaise et les principes d'un enquêteur bostonien en visite. Les deux représentants de l'ordre, Roméo Tarchinini pour la partie italienne et Cyrus Leacok pour l'Amérique, vont chacun mettre de l'eau dans leur vin, ou plutôt dans leur grappa, pour rallier leurs points de vue fortement divergents. Leacok, montré comme assez psychorigide, ne croit qu'aux résultats scientifiquement prouvés. Tarchinini, même parmi ses collègues, passe pour un excentrique, un intuitif, pourtant doublé d'un enquêteur attentif. Dans la vie également, tout les oppose au départ. L'extravagant Tarchinini est heureux en ménage avec sa Giuletta, une mamma italienne exubérante et mère d'une ribambelle d'enfants (j'ai pensé à la fratrie des Malaussène !). Leacok est fiancé à une héritière bostonienne, femme de principes, aussi riche qu'elle est laide mais dont la dot doit lui assurer une charge future de sénateur. Son tour d'Europe, pour rédiger une somme sur les mérites comparés des différentes polices, se termine par Vérone... La ville de l'amour incarné fait voler en éclats ses convictions de trentenaire rangé. Le style est un peu vieilli mais se lit mieux - pour l'intérêt des personnages et de leurs rapports - que Mandolines et barbouzes qui traîne à mi-lecture dans un coin poussiéreux de ma PàL...
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