dimanche 27 janvier 2019

Lectures BD

Negalyod de Vincent Perriot (2018)
Jarri a hérité du troupeau de son père : plus de trois cents chasmosaures. Un jour, son troupeau est décimé par un "camion météo", c'est le début d'un long voyage pour retrouver l'homme coupable de ces expériences.
Les multiples points forts de cet album de 208 pages sont sans contexte :
le contexte : dans un environnement hyperconnecté, les dinosaures n'ont jamais disparu et ont été domestiqués par l'homme (et ils sont plutôt bien rendus)  - l'eau devenue rare est captée par les villes, désertifiant le reste de la planète - le Réseau informatique tout puissant règne sur la destinée des populations sauf dans les déserts - la technologie est un mélange d'archaïsme et d'anticipation ; l'histoire : Jarri Tchepalt, un berger du désert de Ty, perd son troupeau de trois cents dinosaures à cause des machines et réclame vengeance - il possède deux atouts pour réussir, il maîtrise l'art des cordes (le lancer) et le langage des animaux ; ses nombreuses références aux classiques de la SF : la parenté évidente des pilotes de chasse de ce monde avec Moebius ; sans oublier un avantage dont il faut remercier l'éditeur : la saga publiée en un seul volume peut se lire d'une traite.
Pourtant Verdorie donne un avis plus mitigé : Un scénario un peu léger pour ce one-shot SF post-apo. Un univers très riche qui aurait nécessité un plus ample développement de ce monde aride, ses populations multi-ethniques, sa faune préhistorique et ses technologies et architectures intrigantes. Graphisme à grande inventivité aux dominants bleu-acier ou dans les teintes « soleil couchant par temps d’orage »... Sublime !


Alena, une BD suédoise romantico-horrifique selon son auteur Kim Waldemar Andersson, appartient au genre gore, mais traite essentiellement d'identité et d'acceptation autour de deux personnages contraires. Josefin est forte, décidée, courageuse, mais voilà, elle est morte il y a un an, à cause d'Alena comme le laisse supposer le premier chapitre. Elles sont amies intimes, mais dans leur relation l'une assume totalement, l'autre pas. Si cela vous rappelle Pierre de Montaige "parce que c'était lui, parce que c'était moi" ce n'est pas par hasard. Face au mépris des autres élèves de son lycée, menées par Filippa la capitaine de l'équipe féminine, Alena se replie sur elle même et refuse les mains tendues. D'incidents mineures en agressions violentes, et supposées fantasmées, le drame se reboucle sur la scène initiale, dans un schéma finement construit.

Tante Henriette ou l'éloge de l'avarice
Isabelle Dethan ne me déçoit jamais, que ce soit en BD imaginaire ou réaliste. J'aime la poésie de son approche et son dessin si reconnaissable. Henriette s'est mariée sans amour, mais a partagé avec son mari le principe suprême "un sou est un sou". Veuve mais très à l'abri du besoin, elle continue néanmoins à économiser sur tout : les vêtements (elle porte des élastiques pour tenir ses chaussures) la nourriture (elle achète les invendus à l'épicier) etc. bien qu'elle possède un manoir en province et un hôtel particulier à Paris. Certaines anecdotes sentent le vécu autobiographique : la vieille tante à héritage possède toute son intelligence et s'autorise, vu son grand âge, à malmener enfants et petits enfants. J'ai vu venir l'histoire du poulet, mais je vous la laisse découvrir. Isabelle Dethan est vraiment un auteur à lire et à relire.
 
Collaboration horizontale
Carole Maurel et Mademoiselle Navie collaborent à la réalisation de cet album autour du quotidien d'un immeuble et d'une communauté de femmes solidaires dans le Paris occupé, en 1942. Pour sauver Sarah, son amie juive, Rose entame une relation passionnée un officier allemand.
Andrée est concierge d'immeuble à Paris, les seuls hommes "de la maison" sont son mari revenu infirme de la guerre et Léon parce qu'il est gendarme. Raymond lui a confié femme et enfant avant de partir au front. Sarah se cache des Allemands avec Anaël alors que son mari a pu s'échapper. Judith est enceinte de Léon. Camille, adolescente, cherche sa voie, professionnelle et sentimentale. Son amie Jo(séphine) chante dans les cabarets. La vieille Mme Lambert n'aime que les chats. Pour toutes ces femmes, il faut bien vivre, sous l'occupation ennemie. L'observation de la vérité historique est finement rendue à travers ces personnages fictifs.

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