25 décembre 2015 : Noël !
J'ai participé à l'opération Matchs de la Rentrée littéraire organisée par Price Minister et j'ai reçu la sélection de Jérôme
D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds de Jon Kalman Stefansson #MRL15
Deux certitudes s'imposent d'emblée en commençant la lecture de ce roman, l'écriture n'est pas banale et il refuse de se laisser lire vite.
Années 20, l'Islande entre dans le développement économique et les grands parents d'Ari construisent une famille et une entreprise. Margret la grand-mère est étonnamment moderne dans sa façon d'agir. Elle a dû s'exiler quelques années au Canada pour aider sa famille mais elle revient à Reflavik bien décidée à épouser Oddur sur lequel elle a jeté son dévolu dès leur enfance.
Années 80, l'Islande s'est développée sur une mono-activité et les entreprises de pêche et de conserverie peinent à survivre face à la récession, la concurrence s'avive avec la baisse des quotas, le travail est dur pour la génération d'Ari.
Années 80, l'Islande s'est développée sur une mono-activité et les entreprises de pêche et de conserverie peinent à survivre face à la récession, la concurrence s'avive avec la baisse des quotas, le travail est dur pour la génération d'Ari.
De nos jours, Ari, poète et éditeur, est de retour au pays après une longue fuite en avant. Il revient à Keflavik, attiré par un message de son père en fin de vie et un colis de souvenirs familiaux évocateurs : le diplôme d'honneur du grand-père, capitaine et armateur autodidacte, une photo inédite de sa mère décédée. Bientôt les questionnements sur sa propre vie affluent : ses ancêtres, son passé de pêcheur dans le Nordfjördur, ses anciens amis qu'il a trahis en partant s'installer au Danemark, sa femme et ses jeunes enfants qu'ils a abandonnés sans se retourner en quittant la table du petit déjeuner...
***
Jon Kalman Stefansson manie une plume lumineuse pour évoquer le pays noir et la ville " qui n'existe pas ". Il a une manière de poser les mots qui impose un rythme de lecture lent, intimiste. Le procédé stylistique de reprendre certaines phrases en début de paragraphe aide à suivre le cheminement en boucle de la pensée d'Ari, mais souligne aussi une sorte de litanie poétique, une envolée comme ces oiseaux blancs manqués par le chasseur. De même que les vers du poète Einar Benediktsson cités par Kristjan, cela crée un contrepoint à l'amertume économique qui perce dans le récit.J'ai détesté le personnage d'Ari, plutôt veule et sans consistance. L'épisode humiliant de l'aéroport semble là pour pointer à quel point il est méprisable. Ensuite, dans le taxi, il reconnaît une ancienne camarade mais il se dérobe encore. Il est complètement autocentré : c'est un poète qui a son oeuvre dans le dos et préfère publier des livres de développement personnel. Le roman ne cherche pas vraiment à excuser sa défection.
J'ai eu l'impression que Keflavik était à l'autre bout du monde, un endroit perdu dont l'auteur précise " nulle part en Islande, les gens ne vivent aussi près de la mort ". Il n'en est rien sur la carte, la région est même la plus proche de la capitale. Pourtant, il s'en dégage une impression de Finis Terrae ultime.
Plusieurs indices auraient dû m'avertir : les Américains l'ont choisi comme camp de base et au retour d'Ari, il ne met pas une heure pour retourner en taxi vers ses lieux de nostalgie avant de venir prendre sa chambre d'hôtel à Reykjavik.
A part l'histoire des grands parents et certains personnages secondaires, le roman vaut surtout par le partage d'une émotion forte, primordiale autour de paysages magnifiques, la description d'une Islande sublimée. Les éléments bruts, le vent, la mer et l'éternité submergent le lecteur de sensations. Le fantôme des époques révolues, des usines désaffectées et des marins disparus flottent dans l'air et les criaillements des mouettes.
Je citerai pour conclure la phrase d'un des lecteurs de ce roman :
Si vous ne vous êtes jamais rendus dans cette île exceptionnelle, ce livre vous fera connaître l’âme d’une nation où la nature submerge l’individu et le maintient au rang de second rôle. Eric Rubert



2 commentaires:
Tu as su décrire l'ambiance du roman et j'ai pris plaisir à lire ton article. Merci
Même livre choisi par Itzamma.
Bon mercredi ensoleillé.
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