dimanche 15 février 2015

Le garçon qui se taisait

Contrairement aux dystopies Le passeur (The giveur, film sorti en 2014) et L'élue de Lois Lower, son roman Le garçon qui se taisait est une fiction réaliste. L'auteur s'appuie d'ailleurs sur une quinzaine de clichés photographiques d'époque issus de ses archives personnelles, fournis par les familles ou chinés chez des antiquaires. Le monde moderne est en train d'apparaître avec la photographie, l'automobile, etc. tandis que celui décrit par les photographiques et le texte de Lois Lowry appartient déjà à un passé désuet : le moulin à aube, les véhicules à chevaux...

Au début du 20ème siècle, Katherine Thatcher vit une enfance heureuse dans une famille aisée. Initiée à la médecine par son père, elle est devenue médecin à son tour. Avec le recul de son grand âge, la narratrice revient sur son enfance, dans la maison voisine des Bishop, dont le second fils Austin est devenu son mari. Le récit à la première personne montre la vivacité de son regard et de son esprit.
Les faits se déroulent entre 1908 à 1911, selon une chronologie rappelée en tête de chapitre : au début, Katy a six ans, comme ses amis la turbulente Jessie et le gentil Austin ; à la fin elle vient de fêter ses neuf ans. Elle aurait souhaité inviter Jacob, le frère de leur bonne Peggy, plus âgé mais un peu "détraqué" avec lequel elle a patiemment réussi à instaurer une forme de communication.

Jacob ne parle pas, il imite les bruits qui l'interpellent. Il aime vagabonder et vit retranché derrière la visière de sa casquette, dans un univers énigmatique. Il est décrit comme costaud, mais doux et il ne connaît aucune forme de violence. Il se montre capable d'aider son père à la ferme mais le déçoit pourtant.  Il semble bien qu'il ressent plus qu'il ne comprend les choses et il préfère sans doute la présence des animaux à celle des humains. Il possède son propre système de valeurs mais le monde des adultes ne lui est pas complètement intelligible.
En dépit de la tolérance du docteur et de sa famille, de l'amour et de la cohésion des Stolz autour du jeune garçon, la construction du roman donne la certitude d'avancer inéluctablement vers une circonstance finale, affreuse et violente. Le drame survient alors que face à un événement qui le dépasse, Jacob choisit une réaction inadaptée, basée à son habitude sur l'intuition plutôt que l'entendement. Sur le coup, Katy, témoin involontaire de l'affaire, fait preuve d'une grande perspicacité dans l'analyse de la responsabilité réelle de Jacob. Des années après, elle reste marquée par l'inadaptation de la sanction répondant à un geste dépourvu de mauvaise intention. La fin est d'autant plus cruelle que tout reste suspendu et qu'aucune certitude sur l'existence ultérieure de Jacob ne vient lever les doutes de Katy.

Au delà de l'histoire de Jacob, le roman témoigne de la dureté d'une société où la survie des enfants ne tient qu'à un fil et où, pour ceux qui sont différents, il n'y a pas d'autre choix, en dehors de la famille, que l'asile. L'histoire soulève évidemment la question de la prise en charge du handicap mental.

50 états, 50 billets
Schuylder, Etat de New York

1 commentaire:

Sofynet a dit…

Intéressant, je note.
Hop, billet ajouté ! Bonne fin de journée