samedi 28 février 2015

Les heures secrètes

Depuis l'adolescence, Pierre est amoureux de la mère d'Etienne son meilleur ami, dont il a épousé la petite soeur Régine. Maintenant veuf et septuagénaire, il ose avouer ses sentiments à sa belle-mère de 90 ans. Encore alerte et d'esprit vif, Léa qui vit en maison de retraite près de Rouen, est son rayon de soleil. Ancien libraire et écrivain velléitaire, Pierre se retire peu à peu de la vie. Il est éloigné de ses enfants, Aurélien un fils qui vit aux Etats Unis et un petit fils qui ignore le français et Flora, une fille célibataire et sans doute lesbienne, qui tente de maintenir un lien minimum. Seules ses visites fréquentes et ses discussions avec Léa lui apportent encore plaisir sensuel et stimulus intellectuel. Les absents les rapprochent : Etienne mort d'un accident (suicidaire ?) à 22 ans, Régine décédée d'une rupture d'anévrisme 7 ans auparavant et dont Pierre se sent encore coupable pour ne pas lui avoir porté secours à temps, Nathan Epstein, le mari de Léa, revenu comme elle des camps de la mort, mais définitivement brisé.
Le roman est écrit à la troisième personne, le point de vue est celui de Pierre mais le procédé rend son propos détaché, assez factuel, sans doute voulu pour montrer son détachement progressif. Jusque là, j'ai trouvé le style tout en douceur d'Elisabeth Brami adapté pour aborder la question tabou des amours senior. J'ai déploré les vies brisées par le silence, les faillites en chaîne autour de cet amour réprimé, frappé d'interdit. Je n'ai pas tellement compris l'opportunité, si ce n'est pour faire bonne mesure dans l'opprobre, de l'histoire parallèle avec Wanda, une jeune femme de 35 ans, mère d'un petit garçon, qui se jette littéralement à la tête de Pierre.
= attention spoiler =
Mais surtout j'ai été choquée pour la dernière révélation, inutile à mon avis, de la véritable nature des relations filiales de Pierre avec une mère fantasque et possessive : ces " heures secrètes " où elle  l'emmène loin du père pour des vacances éclairs. Du coup, cela salit l'amour de Pierre pour Léa en éclairant d'un autre jour, malsain, sa recherche d'une autre figure maternelle. Il me semble que l'auteur a vraiment voulu en faire trop, en ajoutant encore au roman le thème peu abordé de l'inceste féminin. J'aurais dû m'en douter car j'ai senti monter le malaise, annoncé par la difficile introspection de Pierre, et pourtant je ne l'ai pas vraiment vu venir.

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