Le roman est écrit à la troisième personne, le point de vue est celui de Pierre mais le procédé rend son propos détaché, assez factuel, sans doute voulu pour montrer son détachement progressif. Jusque là, j'ai trouvé le style tout en douceur d'Elisabeth Brami adapté pour aborder la question tabou des amours senior. J'ai déploré les vies brisées par le silence, les faillites en chaîne autour de cet amour réprimé, frappé d'interdit. Je n'ai pas tellement compris l'opportunité, si ce n'est pour faire bonne mesure dans l'opprobre, de l'histoire parallèle avec Wanda, une jeune femme de 35 ans, mère d'un petit garçon, qui se jette littéralement à la tête de Pierre.
= attention spoiler =
Mais surtout j'ai été choquée pour la dernière révélation, inutile à mon avis, de la véritable nature des relations filiales de Pierre avec une mère fantasque et possessive : ces " heures secrètes " où elle l'emmène loin du père pour des vacances éclairs. Du coup, cela salit l'amour de Pierre pour Léa en éclairant d'un autre jour, malsain, sa recherche d'une autre figure maternelle. Il me semble que l'auteur a vraiment voulu en faire trop, en ajoutant encore au roman le thème peu abordé de l'inceste féminin. J'aurais dû m'en douter car j'ai senti monter le malaise, annoncé par la difficile introspection de Pierre, et pourtant je ne l'ai pas vraiment vu venir.
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