A Edgecombe Saint Mary, les histoires de coeur et de voisinage alimentent une bonne partie des discussions où l'imaginaire tient en bonne place.Le très distingué major Ernest Pettigrew, digne représentant de la petite communauté, est un concentré de tradition britannique : l'honneur, la dignité, la bienséance, le tact, la retenue... Impossible de résister au charme suranné de ses bonnes manières et à son humour so british : toutes les dames du comité de bienfaisance sont d'accord. Mais quand le major, retraité de l'armée de sa royale majesté, s'éprend de l"épicière d'origine indienne, appréciée pour sa gentillesse et sa cuisine, elles ne sont plus du tout d'accord.
A la faveur d'échanges de menus services entre veufs, de conseils de lecture, les deux innocents goûtent leur compagnie mais sont loin de penser à un quelconque engagement. Puis de discussions polies en propos plus personnels, ils deviennent bientôt indispensables l'un à l'autre.
Leur relation, toute platonique qu'elle soit, met en émoi leurs fréquentations. Elle heurte également les principes moraux du neveu de Mme Ali, Abdul Wahid, musulman pratiquant, né dans le Nord de l'Angleterre mais envoyé étudier au Pakistan pour l'éloigner d'Amina, une jeune femme de sa communauté jugée trop rebelle et directe.
Motivés par un sens poussé de la famille et prêts au sacrifice de leur individualité au profit du respect des convenances, le Major Pettigrew ou Mme Ali sont le digne pendant de l'un de l'autre. Le titre évoquant une conquête amoureuse, j'ai assez rapidement subodoré de quelle dame il pouvait s'agir, mais bien vite une seconde candidate s'est profilée, aussi présentable et soutenue par le comité de bienfaisance. En fin de compte, il s'agit beaucoup plus subtilement de la conquête du libre arbitre, de l'estime de soi, de la lutte pied à pied contre le tenace carcan des préjugé et l'étroitesse de l'esprit de village.
Je dois cette découverte très réjouissante à la patience de Unchocolatdansmonroman qui me l'a laissé en prêt pendant plus d'un an et deux déménagements ! Je me suis agréablement laissée aller au plaisir de ce roman inscrit dans la pure tradition victorienne ou edwardienne (je ne suis pas une spécialiste), comme à la saveur d'un thé idéalement infusé assorti de délicats biscuits. Les descriptions de la côte balnéaire et de la campagne anglaise autour d'Edgecombe semblent tellement réalistes que j'ai cherché en vain son emplacement sur la carte du Sussex.
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