mercredi 2 octobre 2013

Mort à La Fenice

challenge  PàL de swap  6/33  (merci à Achille pour ce choix)

Un chef d'orchestre prestigieux est retrouvé mort dans sa loge, entre le deuxième et le dernier acte, au cours de la première représentation de La Traviata de Verdi au théâtre de Venise : La Fenice. L'empoisonnement au cyanure, dans sa tasse de café, ne fait aucun doute, mais dans son entourage les suspects ne manquent pas tant le personnage était antipathique.
Toute la ville s'accorde à trouver qu'un tel évènement est du plus mauvais effet et les autorités de la cité font pression pour que l'affront soit lavé au plus vite. Pour Patta le chef de la police, un sicilien au portrait peu flatteur (vu par les yeux de son subordonné), il importe seulement qu'un suspect soit appréhendé sans tarder.
Il s'agit de la première apparition romanesque du commissaire Guido Brunetti, de retour dans sa ville après cinq années à la questure de Naples. Le couple heureux qu'il forme avec Paola, fille unique du comte Falier, de vieille souche vénitienne, en fait un cas à part dans la littérature policière. L'enquête donne lieu à une galerie de portraits assez intéressante : de l'artiste lyrique au médecin légiste. En outre, le roman se passe à Venise et tous les amoureux de la célèbre lagune trouveront leur compte dans les descriptions d'ambiance : les différentes îles, canaux, traverses et places étroites sont le cadre des déplacements qui se font majoritairement sur l'eau.
J'en suis à la moitié et déjà je subodore qu'il peut s'agir d'un suicide commis sous le coup d'une impulsion, sans doute pour une cause préfigurant la sénilité, par exemple un problème de surdité, déchéance intolérable pour ce musicien de génie.
Les soupçons s'orientent mal dès le départ, dans la recherche d'un coupable et d'un mobile dans le passé ou la vie privée de la victime à cause de sa personnalité controversée et des torts qu'il n'a pas manqué de faire au cours d'une longue et brillante carrière débutée avant guerre. Même si la solution ne me préoccupe pas - d'ailleurs le commissaire donne aussi l'impression d'agir en dilettante - ce qui pourrait faire perdre tout intérêt à ma lecture, je trouve la plume de l'auteur, vénitienne d'adoption depuis de nombreuses années, très agréable et apte à rendre l'amour, inconditionnel mais éclairé, des vrais natifs pour la Sérénissime.
En fin de compte, l'intrigue est beaucoup plus subtile qu'il n'y paraît et j'ai fait comme Paola, l'épouse de Brunetti, qui veut toujours discerner le coupable avant l'heure, sur une intuition. Toutes les clefs sont dans le texte, rassemblées patiemment par le commissaire, mais il faut sa perspicacité pour déjouer les faux-semblants. J'ai apprécié en outre les nuances de la conclusion et la consistance des personnages secondaires qui donnent du corps à l'ensemble.

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