vendredi 15 novembre 2013

Le secret des poignards volants

Sur la plage des Brisants à Saint Gilles, j'ai pu profiter de la projection en plein air, dans un cadre particulièrement agréable, du deuxième film de Zhang Yimou le réalisateur sino-hongkongais de Hero.
Le Secret des poignards volants, sorti en juillet 2004, est un film à base d'arts martiaux qui exploite les archétypes du Wu Xia Pian, le film de sabres chinois, un peu comme Kill Bill de Tarantino.
La bande son, dont le thème principal est Lovers (ce qui donne une autre indication sur le ton du film), est due à Shigeru Umebayashi

L'histoire :
Dans la Chine médiévale, la dynastie Tang vacille sous la corruption, l'empereur est aux abois. Un groupe d’opposants nommé la Maison des Poignards Volants combat le régime. Leur chef vient d'être assassiné ; deux policiers Jim et Léo profitent de l'occasion pour monter un stratagème destiné à piéger et pister sa fille aveugle en espérant qu'elle les mènera au refuge du clan.

Les ingrédients du triangle amoureux sont en place, autour de la très belle actrice et danseuse Zhang Ziyi qui incarne Xiao Mei, une sorte de Mata Hari de la Maison des poignards volants. Envoyée à la cour de l'empereur, à charge pour elle de séduire Jim un valeureux capitaine de la garde, elle se fait passer pour un courtisane aveugle. La première scène est devenue culte : il s'agit de la Danse de l’Echo, morceau de bravoure esthétique et chorégraphiée au millimètre. Elle occupe une place centrale dans l'histoire, puisqu'elle donne bon nombre de clefs qui ne seront décodées qu'à la fin du film, notamment le rôle trouble de Léo, tant auprès de Xiao Mei que de Jim.


La narration est linéaire et la complexité du film tient plutôt aux ingrédients psychologiques puisque chacun des protagonistes se retrouve piégé dans un rôle imposé, au moment subtil où le sens du devoir entre en conflit avec des motivations plus personnelles. Le tout est prétexte à des scènes d'une esthétique inouïe : la poursuite dans la forêt de bambou, la chevauchée dans le bois de bouleaux, etc. Les paysages, introuvables en Chine, ont été recherchés en partie en Europe de l'Est ; les costumes jouent également un rôle dans la richesse visuelle de ce film. Les images, d'une grande puissance onirique, décrivent un espace sensible, sonore, en partie grâce à la cécité de l'héroïne durant les deux tiers du film. Les paroles sont rares, les sentiments passent par le jeu des acteurs, la mise en scène et le cadrage. Dans la grande scène de combat finale, le passage du temps est symbolisé par la neige qui se met à voleter et à recouvrir de blanc toute l'étendue de la scène, encadrée par une forêt automnale de feu, d'or et de vert. Pour moi, la grande force de ce film, outre son aspect esthétique, réside dans son équilibre entre le côté contemplatif, statique des scènes narratives, lentes, qui servent à montrer l'évolution des sentiments et le côté très dynamique, rapide, des scènes d'action, ajustées au cordeau.

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