jeudi 18 février 2016

sélection Babelio

Quelques belles tentations :
J'ai pu sélectionner le Dictionnaire des maîtres verriers et un roman Quand nous étions des ombres, mais verdict aujourd'hui : je ne suis pas retenue, cela fait au moins dix fois que je tente en vain.
Dans cette sélection, j'ai lu Bleu, blanc, sang tome 1 de Bertrand Puard et ça me rappelle que j'avais envie de lire la suite concernant l'artiste méconnue Justine Latour-Maupaz et les dessous de la République.

Le gardien de l'arbre : Klimt

mercredi 17 février 2016

Anniversaire

J'en suis à 1200 billets publiés et 7 ans d'existence, sans sentir la lassitude souvent évoquée sur d'autres blogues !
Bienvenue à tous mes visiteurs réguliers ou occasionnels...



L'image est signée CS

mardi 16 février 2016

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

résumé éditeur :
T. S. Spivet est un jeune prodige de douze ans, passionné par la cartographie et les illustrations scientifiques. Un jour, le musée Smithsonian l’appelle : le très prestigieux prix Baird lui a été décerné et il est invité à venir faire un discours. À l'insu de tous, il décide alors de traverser les États-Unis dans un train de marchandises pour rejoindre Washington DC... Mais là-bas personne ne se doute qu'il n'est qu'un enfant. Muni d'un télescope, de quatre compas et des Mémoires de son arrière-arrière-grand-mère, T. S. entreprend un voyage initiatique qui lui permettra peut-être enfin de comprendre comment marche le monde... Notes, cartes et dessins se mêlent au récit avec un humour et une fantaisie irrésistibles.

Si le billet d'àproposdelivres m'a incitée à emprunter le film de Jean Pierre Jeunet pour le regarder, j'avoue que je suis très déçue dans mes attentes. J'ai déjà mieux apprécié des oeuvres de ce réalisateur, comme par exemple Délicatessen, La cité des enfants perdus ou l'inénarrable Amélie Poulain. Il y a quelques trouvailles cinématographiques, mais l'imaginaire inspiré par le roman semble bien faible au regard de l'aboutissement du traitement autour du texte imprimé façon carnet de voyage. Il me faudra donc découvrir ce bel objet livre.

Entre un père cow boy né dans le mauvais siècle et une mère entomologiste mariée dans la mauvaise vie, une soeur candidate Miss America née dans la mauvaise ville et un petit frère kamikaze décédé d'un mauvais coup du sort, une directrice de fondation qui s'est choisi le mauvais candidat et un gamin qui n'a pas la langue dans sa poche et cherche à remettre tout le monde sur le bon chemin, le film aurait pu dépasser la caricature, mais à aucun moment je n'ai senti l'envol des titres précédemment cités.

Du Montana à Washington DC, en passant par l'IDAHO...
dans l'attente de débusquer une autre lecture plus spécifique,
je valide ce dernier état du challenge 50 billets !

dimanche 14 février 2016

Léon l'Africain

Tour du monde : LIBAN
J'ai finalement entamé Léon l'Africain d'Amin Maalouf et j'aime beaucoup.
Le livre de Grenade : Hassan fils de Mohamed le peseur et de Salma sa première épouse est plutôt favorisé par la vie, si ce n'était la menace que fait peser la Reconquista des rois catholiques Isabelle et Ferdinand sur les cités musulmanes de la péninsule espagnole.
L'auteur exprime l'autre point de vue par rapport au Dernier Abencerage de Chateaubriand, le style est très proche et la richesse égale. Il faudra que je trouve très bientôt Les croisades vues par les Arabes du même auteur qui est dans la liste de mes envies. Amin Maalouf entre dans ma catégorie des " enfants de Shéhérazade " au côté de Jean François Deniau, mais je vais sûrement en trouver d'autres parmi mes lectures. Et vous, vous en connaissez ?

Le livre de Fès : Les voix alternent avec les souvenirs de Mohamed, de Salma nuancés par ceux d'Hassan. Après la débâcle de Grenade, le voyage de Melilla à Fès est semé d'embûches et l'accueil dans la famille de Salma à l'arrivée n'est pas à la hauteur des espérances. Hassan a douze ans et sa perception du monde et des adultes qui l'entourent passe des sensations et sentiments à l'observation et à la réflexion. Le destin pèse sur les épaules de sa demi-soeur Mariam née de la concubine tendrement aimée de son père, une ancienne esclave enlevée en Castille.
En dépit des malheurs, une inexplicable foi en l'avenir semble animer le récit du narrateur... que le lecteur partage sans doute grâce à l'annonce, dès le début, qu'il y a une suite, une longue vie et une fin heureuse !
Le livre du Caire : Banni par le sultan qu'il a pourtant fidèlement servi et enrichi, Hassan monte une longue expédition de deux années avec une caravane d'une fortune colossale. En quelques jours de tempête, il perd tout bêtes et hommes sauf son esclave Habi qu'il a promis de ramener aux siens en Afrique noire. Il poursuit le voyage jusqu'en Egypte prêt à une nouvelle vie d'optimisme. Les coups du sort semblent s'acharner contre lui mais fataliste, il en ressort grandi !
La période cairote d'Hassan est marquée par l'ambiguïté de ses sentiments : il est pro-ottoman dont son peuple espère toujours la délivrance de Grenade mais depuis sa rencontre avec Nour, la veuve d'Aladin assassiné sur ordre du Grand Turc, il a pris en charge sa protection et celle de son fils Bayazid né posthume. Après la défaite égyptienne du dernier sultan mamelouk devant les troupes de Sélim, il décide de rallier Tunis par la mer.
Le livre de Rome : Enlevé avec Abbad un riche armateur puis emmené comme esclave, Hassan est livré au pape Léon X qui le charge d'études et d'enseignement. La papauté est menacée par l'empereur Charles Quint, la révolte luthérienne et l'avancée des Turcs en Europe. Hassan, baptisé Jean-Léon et adopté par les Médicis, est même envoyé comme ambassadeur auprès de François 1er et rencontre en secret l'émissaire d'Orient, qui se révèle être son beau frère devenu Haroun Pacha.
Les mémoires de Léon l'Africain traversent l'histoire passionnante du bassin méditerranéen au début du XVIème siècle. Sa vie est une succession d'aventures épiques qu'il n'a pas recherchées mais où l'ont menés ses sentiments. Il subit des revers de fortune mais s'en relève avec la protection de personnages importants qu'il sert, tout en laissant libre cours à son goût pour la connaissance. Ayant atteint la quarantaine, il quitte Rome déchue et pillée par les troupes germaniques.

Quatre livres d'inégale épaisseur composent les mémoires d'Hassan depuis Grenade sa ville natale (enfance), le premier exil à Fès (apprentissages) le deuxième exil au Caire (maturité) la captivité à Rome (sagesse). Le dernier livre (retraite) n'est pas écrit mais on peut imaginer le retour en Afrique du Nord où il garde de puissants appuis.

challenge des 5 continents
Dernière étape : AFRIQUE
Château Saint Ange où Jean-Léon de Médicis dit l'Africain
 vécut à Rome, d'abord en captivité puis en homme libre

samedi 13 février 2016

Plop

Je l'ai échangé sans trop savoir s'il allait me plaire mais le pitch m'avait interpellée.
D'abord le format original et le grain de la couverture sont des choses qui font que l'objet m'a plu d'emblée. Avec des qualités éditoriales évidentes, soigneuses et exigeantes, l'ouvrage procure un plaisir des sens avant celui de la lecture. Bravo aux éditions de l'Arbre vengeur.
A première vue (c'est le cas de le dire) l'illustration est un peu obscure mais comme le fait justement remarquer unPapillondanslaLune, à la fin du roman elle s'éclaire.
Lu le 20 novembre 2015

Plop !
C’est le bruit qu’il a fait en tombant dans la boue.
Plop. C’est le nom dont on l’affublera désormais au sein de la tribu.
Le Groupe qui l’accepte évolue dans un monde d’après : déchets, gravats, pluie incessante.
Cette fin du monde a pour décor des immondices, pour habitants des humains en fuite permanente et soumis à une loi du plus fort exténuante.
Mais Plop est différent, il va plus loin que les autres, il se hisse, sort du trou.
C’est son histoire, affolante et inquiétante, que Rafael Pinedo, météorite des Lettres argentines, nous conte dans ce roman cru et sauvage, picaresque et futuriste.
Mieux qu’une provocation, un livre impitoyable.
Plop...

Plop est né avec une chance de survie proche de zéro et pourtant il s'accroche à l'existence et sait profiter des moindres prises, à commencer par l'intérêt de la vieille Goro... Ensuite et très vite, il acquiert un tempérament que l'adversité renforce plutôt que de l'abattre. Dans un monde inhospitalier et amoral, où les faibles subissent les sévices, les diktats infamants et la perversité des plus forts, il parvient à se faire une place par ruse et par calcul.
La liberté individuelle n'existe plus, mais Plop parvient à conquérir les moyens d'asservir ses semblables. Le malaise vient de l'évolution du personnage, de son intelligence stratégique et de son individualisme, dominé par une vision utilitariste des autres. En dissimulant les découvertes que lui apportent ses entreprises ingénieuses, il se hisse au premier plan de sa tribu. C 'est un visionnaire extrêmement clairvoyant mais plus il s'élève, plus il devient l'homme à abattre.
Le roman commence par une note funèbre. Il semble que Plop soit au plus bas... dans la fosse et attende sa mort. Il a déçu, dérangé, bousculé les autres par ses prises de risques, son attitude qui tranche avec la résignation et la soumission, son opportunisme qui l'a coupé de ses seuls soutiens véritables, ses amis d'enfance.
Le monde sordide dans lequel il vient au monde est terriblement post-apocalyptique, mais ce fait reste sans explication. Le jour ressemble à une perpétuelle aube grise. Une pluie ininterrompue corrompt l'eau et la terre. Le monde est devenu une immense décharge à ciel ouvert, gangrenée par la corrosion et la moisissure. Le sol boueux est jonché de détritus parmi lesquels les tribus nomades s'efforcent de trouver subsistance, dans un exode sans fin.
Les plus chanceux sont sédentaires et pratiquent le troc, y compris et à commencer par l'échange d'êtres humains. Chacun a une valeur marchande, parfois inférieure à la nourriture qu'il consomme ou aux porcs qu'il peut engraisser.
Le récit est âpre, la langue crue, les idées dérangeantes, les images fortes. Rafael Pinedo livre une fable percutante, horriblement efficace et sans issue. L'individu est sacrifié à l'intérêt collectif sans état d'âme. Les descriptions sont parfois à vomir, d'une violence sans humanité. Les êtres glauques qui hantent ce monde barbare ont perdu le droit à ce terme. Mad Max ferait ici figure de gentil ! L'abjection est au rendez vous.
Je n'en ai peut être pas l'air, mais j'ai apprécié l'écriture de l'auteur et j'aimerais découvrir un autre de ses titres. Plop a reçu le Prix Casa America (2002)

défi SFFF
item 10 : destination : ARGENTINE
item 14 : le climat déréglé est au coeur de cette dystopie
item 18 : cf item 10
item 20 : la société n'a presque plus rien d'humain

vendredi 12 février 2016

Histoires de voyages dans le temps / d'univers parallèles

Roma Thermae
Lucius est un architecte assez banal spécialisé dans la construction de thermes. A la fin du règne d'Hadrien, le goût est à la nouveauté et il a du mal à satisfaire à la demande, jusqu'à ce qu'il glisse dans l'eau des bains publics. Il se retrouve inexplicablement projeté dans le Japon contemporain où tout dans l'art du bain l'émerveille, l'inspire et le révolte car il veut croire à la suprématie de l'empire romain en toute chose. Le phénomène se reproduit à chaque fois qu'il est confronté à une commande ou un problème à résoudre.
J'ai été curieusement attirée par cette série BD déroutante qui mêle le manga et une histoire comparée des bains dans l'Antiquité romaine et dans la tradition japonaise. Des petits encarts bien documentés accompagnent les poins abordés dans chaque tome.
Lu le 24 février 2013

Inversion tome 1 de Makyo
et si la vraie vie se déroulait pendant que nous dormons... à partir de cette hypothèse intéressante/inquiétante Makyo plonge le héros dans l'enfer : d'une vie sur l'autre il oublie ce qu'il a fait et sa personnalité - en opposition - devient poreuse. insomnie, manipulation ? hâte de connaître la conclusion de ce dyptique.
Lu le 29 mai 2015

Dock 21
Sous hypnose, il fait une première incursion dans la vie de son double. Puis il retourne spontanément dans le passé de John.



jeudi 11 février 2016

histoires d'Occupation

En attendant l'ouverture du challenge Chacun son époque n°2 par Magicienned'Oz, de début avril à fin août 2016, voilà quelques BD qui répondent au thème que j'ai choisi : Occupation et Résistance

 
Les enfants de la Résistance - Premières actions - tome 1 / 3
Eusèbe et François ont 13 ans et vivent à leur façon les débuts de l'Occupation allemande dans leur village et recueillent Lisa, une jeune allemande abandonnée sur les routes de l'exode qui se fait passer pour une Belge germanophone

Dent d'ours - Max
Werner, Max et Hanna vivent en Basse-Silésie et rêvent de devenir pilotes. La politique nazie sépare leur chemin mais la guerre leur permet de réaliser leurs ambitions : piloter des engins d'exception.

Lectures dans le thème :
Ils attendaient l'aurore de Claude Michelet
La cliente de Pierre Assouline
Lacombe Lucien de Patrick Modiano et Louis Malle
Un secret de Philippe Grimbert (drame)
Le tabac Tresniek de Robert Seethaler (historique)
L'écriture ou la vie de Jorge Semprun (témoignage, essai, autobiographique)

HHhH de Laurent Binet (premier roman, biographie, roman historique)
Elle s'appelait Sarah de Tatiana de Rosnay (drame, roman historique)
Le terroriste noir de Tierno Monenembo (historique)

Idées :
Sigmaringen de Pierre Assouline (historique)
Le collaborateur de Louis Aragon (nouvelles)
Un monstre à la française d'Eric Brunet (historique)
Les fidélités successives de Nicolas d'Estienne d'Orves (contemporaine)
Le ballet des crabes de Maud de Belleroche
Ils partiront dans l'ivresse de Lucie Aubrac

mercredi 10 février 2016

Värlik / Printemps - Automne


challenge des nombres : 5
Destination : SUEDE

La 5ème saison, dernière enquête de Malin Fors
Malin Fors pourrait filer le parfait amour avec Peter le médecin rencontré à la faveur des attentats (tome Printemps) si elle laisse tombé ses doutes existentiels et son sale caractère. Mais elle ne désarme pas d'une affaire irrésolue, le cas Maria Murvall (tome Hiver) qui focalise toute son attention et jusqu'à ses loisirs. L'existence d'une autre jeune femme muette internée à la suite d'un viol en forêt lui est signalé, juste avant la découverte d'un cadavre de femme mutilé selon toute apparence suivant le même schéma criminel. L'enquête l'oriente bientôt vers des personnalités en vue. Le Mal, à travers les violences faites aux plus faibles, femmes et enfants, omniprésent dans les romans policiers suédois pourrait presque faire penser qu'à côté de la Finlande, patrie du Père Noël, la Suède est celle du Grand Méchant.

Retour sur les épisodes précédents :

J'avais peu apprécié Automne de Mons Kallentoft. Malin Fors doit y démêler la mort - noyade ou meurtre - d'un homme antipathique. Elle même, avec ses problèmes d'alcoolisme et ses doutes, n'est pas un personnage agréable à côtoyer. Pourtant la série qui se déplace de la Suède à Ténérife, entre dans son troisième tome avec un succès non démenti. L'enquêtrice surdouée n'a pas son pareil pour le raisonnement par induction.
Lu le 12 août 2012

Une bombe posée en pleine place très fréquentée du centre ville de Linköping fait des dégâts mais peu de victimes. Malins Fors s'éloigne de la piste terroriste à laquelle tout semble mener. Elle est toujours immergée jusqu'au cou dans ses problèmes familiaux. J'ai l'impression récurrente que tout bon polar nordique ne peut se justifier sans un personnage plombé par un lourd passif socio-familial !
Lu le 5 août 2015

Printemps m'a plu bien davantage et m'a donné envie de lire Hiver et La cinquième saison qui poursuivent l'élucidation d'une même affaire. Maintenant, je pense que je vais compléter petit à petit la série et j'ai envie de lire Les anges aquatiques, le dernier paru.

samedi 6 février 2016

Eric Emmanuel Schmitt [3]

Elixir d'amour
Elle est avocate et mutée à Montréal, il est psychanalyste installé à Paris, ils sont anciens amants, mais la messe n'est pas dite. Eric Emmanuel Schmitt invente le théâtre épistolaire : grâce à l'immédiateté de la messagerie, les réponses fusent ou se font attendre... Il me semble (car mes souvenirs ne sont pas des plus récents) qu'il a puisé son inspiration dans Les liaisons dangereuses - d'ailleurs citées dans le texte - pour les mettre au goût du jour. L'argument reste le même : l'amour peut-il être déclenché à volonté comme par un élixir ? Le défi est lancé, relevé... Je n'ai pas trop envie de plaindre ce nigaud d'Adam, mais je n'ai qu'un mot d'admiration pour Louise : quelle fine mouche ! Jubilatoire.
Lu le 7 août 2015

Maintenant je dois lire son pendant Le poison d'amour.
Ce qui est chose faite. Au final de cet intéressant dyptique demeure LA question : aimer justifie-t-il tous les crimes ?

Poison d'amour
Elles ont seize ans. Elles entrent en première. Elles sont amies pour la vie ou du moins elles veulent le croire quand elles referment un cadenas sur la rambarde du Pont des Arts. Pourtant Julia, Colombe, Anouchka et Raphaëlle sont très différentes. Chacune tient un journal intime où elle accepte plus ou moins de se révéler. J'ai un peu cru qu'Eric Emmanuel Schmitt, à s'essayer à tous les genres, était tombé dans le piège de Quatre filles et un jean ! La subtilité du propos ne se déroule en finesse que progressivement.
J'ai un peu moins aimé que son pendant, dans sa façon d'interroger la durée de l'amour, sa fiabilité, à travers des exemples de tous les jours tirés de l'entourage des adolescentes, mais aussi du théâtre avec la dramatique histoire de Roméo et Juliette. J'ai détesté le machiavélisme de Julia, apprécié à sa juste valeur la force vive de Colombe et plus que tout la merveilleuse histoire des grands parents d'Anouchka qui sauve le roman. L'histoire révèle une manipulatrice qui ne me fait pas battre des mains comme dans Elixir d'amour, mais ressentir une immense pitié pour cet âge dit ingrat.

Les deux messieurs de Bruxelles
Je dois la découverte de ces nouvelles au challenge Eric Emmanuel Schmitt organisé chez Unchocolatdansmonroman (article très détaillé)  qui a fait voyager ce livre et un autre d'ailleurs qui est encore dans ma PàL bien qu'il ne soit pas épais !
Avec la lecture de plus des deux tiers de son oeuvre, je dirais pour résumer son style, qu' E.E. Schmitt est un narrateur qui fait plaisir à lire quels que soient ses écrits, y compris les carnets d'écriture qui accompagnent désormais rituellement ses fictions. Il parle tout aussi aussi bien d'amour que de ceux qui sont déchirés, malheureux, n'attendent plus rien de la vie. Il souligne combien l'espoir est permis au coeur des heures les plus sombres, en mettant sur la route de ces derniers une bonne personne, une âme charitable ou compatissante, quelqu'un capable d'intérêt pour son prochain. => à lire à ce propos : Votre chat vous aime-t-il vraiment ?
 
Dans ce recueil, ce sont les amours invisibles qui sont à l'oeuvre. Deux messieurs se prêtent serment dans le fond d'une cathédrale au cours d'un mariage classique, un chien et ses cinq sosies successifs sauvent un médecin misanthrope de la désespérance, une femme pourrait se demander si son nouveau mari ne l'a pas épousée dans le seul but de parfaire sa connaissance de son ex, une mère reporte sur son neveu et filleul adoré la haine de n'avoir pu sauver sa relation avec son fils décédé, une blessure nouvelle sépare un vieux couple bien plus sûrement que la décision de ne pas garder leur enfant.
Dans une réflexion en postface sur les cinq nouvelles regroupées sous ce titre, il explique qu'une sorte de pensée commune latente émerge de la cohabitation des textes et que le sens général de ce qu'il est en train d'écrire ne vient généralement qu'après (c'est normal la vision stratégique vient souvent a posteriori)
Lu le 8 janvier 2014 pour le challenge à vos nombres de Piplo


Article mis en forme pour le challenge 
Lire sous la contrainte NOM PROPRE DE LIEU

vendredi 5 février 2016

Corpus delicti, un procès

 Drapeau Allemagne Allemage
Juli Zeh dans cette pièce de théâtre qui se lit comme un roman décrit une utopie hygiéniste où la santé est le bien social primordial. Le principe Mens sana in corpore sano a force de loi et tout contrevenant s'expose à des sanctions immédiates. Le roman porte bien son titre puisque le corps du délit est constitué par le refus de l'héroïne de se plier aux contrôles sanitaires obligatoires. La résistance qu'oppose Mia Holl à la Méthode, la forme de gouvernement qui prône la santé comme valeur fondatrice, fait suite à l'erreur judiciaire qui a conduit au suicide, son frère Moritz, un libre penseur. Esprit cartésien, Mia est une scientifique convaincue par la Méthode, qui bascule dans le camp des opposants un peu par mégarde et beaucoup par amour fraternel. Esprit retors, le journaliste Kramer est un fondamentaliste : promoteur des maisons pilotes auto administrées par des ménagères modèles (qui rappellent un peu les terribles concierges de la Révolution française) et pourfendeur des anti-méthodistes révolutionnaires.

Fanatisme contre martyr, la pièce se joue comme un tournoi d'échecs ou le combat de deux pensées qui me fait penser à la joute verbale du Souper entre Talleyrand et Fouché. Le postulat de l'obsession sanitaire est intéressant mais la narration, l'attitude, le discours des personnages principaux est totalement froid, impersonnel, dépassionné alors que les enjeux sont importants, la crédibilité politique de Kramer et la vie de Mia. Du coup, je me suis ennuyée.

jeudi 4 février 2016

La faute de l'abbé Mouret

abandonné il y a un an !
Je voulais me remettre à lire tous les Rougon-Macquart mais je n'ai pas choisi le bon personnage, je pense. J'étais partie dans l'idée du cousin Pons ou de la cousine Bette, mais j'ai trouvé La Faute de l’abbé Mouret, cinquième volume de la série. Faisant suite à la Conquête de Plassans, c’est le second ouvrage de la série qui traite du catholicisme et dont le thème est la vie d'un prêtre déchiré entre sa vocation religieuse et l'amour d'une femme.
La nature, la religion, les descriptions, la lenteur, les atermoiements et les affres de l'âme... je n'ai pas tenu la longueur et j'ai cessé de lire à hauteur de la deuxième partie, pour ne pas la reprendre : rendu à la bibliothèque le 25 janvier 2015.

Extrait : Un soir qu'il était au plus mal, Albine lui donna sa main, pour qu'il y posât la joue. Et, la main ne le soulageant pas, elle pleura de se voir impuissante. Depuis qu'il était retombé dans l'assoupissement de l'hiver, elle ne se sentait plus assez forte pour le tirer à elle seule du cauchemar où il se débattait. Elle avait besoin de la complicité du printemps. Elle-même dépérissait, les bras glacés, l'haleine courte, ne sachant plus lui souffler la vie. Pendant des heures, elle rôdait dans la grande chambre attristée. Quand elle passait devant la glace, elle se voyait noire, elle se croyait laide.

lundi 1 février 2016

Des femmes bien informées

J'ai reçu ce livre de Missmolko au cours d'un troc surprise. Le résumé me plaisait assez mais pas suffisamment pour le lire. Je l'ai donc inscrit au challenge demi-ABC polar pour le sortir de ma PàL et le hasard a voulu qu'il fasse aussi partie du tirage Random PàL.
Ce roman possède certains qualités de départ dont le résumé rend compte :
Un meurtre, huit femmes. Chacune a vu ou entendu quelque chose. Chacune sait, croit savoir ou peut-être feint de ne pas savoir. Car chacune, de près ou de loin, est mêlée à une affaire sordide... On a retrouvé le cadavre d'une jeune prostituée roumaine dans un fossé de la périphérie de Turin. Crime crapuleux ? règlement de comptes ? ou incroyable machination ? Comme dans un kaléidoscope, les voix des huit femmes se croisent et se mêlent tandis que la police piétine.

L'histoire est à la fois banale et originale.
Une jeune prostituée roumaine est retrouvée étranglée dans un fossé, ce qui laisse penser à un meurtre mafieux. Mais il s'avère que Milena, rapidement identifiée, est également la récente épouse d'un banquier turinois en vue. Les pistes s'étoffent... Huit femmes vont donner leur avis, sans parfois qu'il leur soit demandé !
Prendre le point de vue de huit femmes pour construire l'enquête, cela change des habituels inspecteurs. Mais l'écriture (ou la traduction), surtout dans les premiers chapitre, est d'un niveau qui ne passe pas du tout. Retranscrire du langage parlé, pour moi ce n'est pas écrire. En outre, des expressions incompréhensibles sans indication de sens sont laissées à l'entendement du lecteur.

Du côté des investigatrices : une gendarme perspicace mais empêchée par sa hiérarchie et une journaliste en électron libre : leurs recoupements vont les amener à la solution.
Du côté des proches de la victime, Lucia est une bénévole participant à un programme de réinsertion privé, en faveur de victimes d'esclavage sexuel venues d'Europe de l'Est. Elle connaît très bien Milena pour ce qu'elle est, une fille belle, douce et intelligente, puisqu'elle l'a aidée à s'en sortir et faisait partie des invitées de sa noce. Camilla est la fille du banquier. Divorcée, elle s'est installée au rez de chaussée chez son père avec ses deux fils, dont Milena était la baby-sitter. Beatrice, meilleure amie depuis l'enfance de Fiorenza, la première épouse décédée d'une maladie orpheline, est sa proche confidente. Elle a apporté une aide indéfectible au père et à la fille. C'est elle qui par relations a permis le recrutement de Milena.
Du côté des témoins, les deux femmes qui ont découvert le cadavre sont des opposés : une serveuse, gentille fille sans histoire et une surveillante-chef  aigrie et malveillante qui cherche les histoires. Une vieille comtesse recluse dans une tour mais très observatrice rapporte des détails qui m'ont mis la puce à l'oreille.

Des huit versions des faits monte une voix polyphonique qui finit par dessiner la sordide réalité de ce crime scabreux auquel les huit femmes sont mêlées de près ou de loin. Au-delà se peint un portrait au vitriol d'une société bien pensante, raffinée, désoeuvrée et cruelle, qui s'achète une conscience pour ignorer la férocité des bas-fonds, d'une société de l'information où le racolage sordide de la presse répond à l'avidité de scandale du petit peuple.
destination : ITALIE
Carlo Fruttero a reçu le prix Campiello pour ce roman.