mercredi 12 juin 2013

Bleu Eldorado

COUP DE COEUR
Grand prix du roman d'évasion

(Premières lignes) Bob :
L'été, à New-York, c'est un vrai cauchemar. Pas d'air, pas de lumière. Une marmite de béton. Les bouches d'incendie explosent en gerbes d'eau et les buildings eux-mêmes transpirent. Chaque été, sous cette chaleur écrasante, je travaille dans un garage de Brooklyn. Exit les vacances. Pourtant, des fois, quand je répare toutes ces voitures qui ressemblent à des morceaux de paradis, il me prend l'envie de tourner la clé de contact et de filer droit vers une destination inconnue. Je ne sais pas pourquoi je ne l'ai jamais fait. Peut-être que je suis trop fainéant comme dit mon père. En fait de voir le monde, je n'ai quasiment pas quitté les faubourgs de Brooklyn, et je connais peu Manhattan. Quant à ce qui se trouve au-delà, paraît que ça existe, vu qu'on en parle à la télé.
- Eh, Geronimo, au lieu de rêvasser, tu me la passes, la clé de douze ?

Quand Bob, fils d'Irlandais mêlé d'un quart de sang Cherokee, mécano dans un garage de Brooklin, croise au commissariat, la route de Kate, une jeune fugueuse des beaux quartiers, un vent de liberté souffle sur sa destinée. Lui qui n'a jamais, même en pensée, dépassé l"île de Manhattan, se retrouve embarqué dans une cavale improvisée à travers les Etats-Unis. Leur chemin se trouve sur celui de Lefty, un mystérieux personnage qui  en plein orage les prend à bord de sa Cadillac de collection Blue Eldorado. Il semble se déplacer sans but précis et se prête au désir de Kate de rejoindre Atlanta, qui la déçoit, puis la Californie qui attire Bob, avec un détour par Las Vegas. Le doute les habite sur les intentions de Lefty, trop généreux pour être honnête. La musique s'invite aussi dans leur virée, omniprésente : jazz, blues, folk, rock... La voix de Kate alterne avec celle de Bob pour raconter leur équipée au fur et à mesure des chapitres. Pourtant, les personnages ne se révèlent pas totalement, ils gardent une part secrète. A la moitié du roman, je n'ai pas idée du dénouement, une sorte d'épée de Damoclès paraît suspendue au dessus d'eux, sans qu'on sache qui au final est menacé et si la funeste Parthe tranchera le fil ou non.
C'est rare que je mette spontanément un visage sur un personnage de roman, mais je me suis constamment imaginé Jeremy Irons dans le rôle de Lefty, son charme certain et néanmoins inquiétant, son côté tourmenté et son style improbable.

De tous les états qu'ils ont traversés, je choisis le Vermont où ils ne sont pas allés mais dont il est souvent question dans le roman, comme une antithèse de ce Pacifique rêvé qui les attend au bout du chemin.





50 états, 50 billets 24/50
VERMONT






@Sofynet : il faut absolument que tu découvres le blogue de Laurence Fontaine l'auteur du roman; elle aurait droit à une mention spécial dans ton challenge ! En plus de magnifiques photos, j'y ai trouvé des articles instructifs et notamment :

ALABAMA : de 'Alabanza' qui signifie 'louanges' en espagnol
ALASKA : Ceux qui éclairent les fourrés (indien )
ARIZONA : Petite source (indien )
CALIFORNIE : d'après une légende espagnol, il s'agit d'une île mythique où vivent des amazones. le mot pourait aussi venir de "calor' en espagnol, 'chaleur'
COLORADO : 'Rouge' en espagnol
CONNECTICUT : 'sur les rives de la longue rivière' ( indien )
DELAWARE : D'après Lord de la  Warre, qui découvrit cette contrée
FLORIDE : Découverte par Ponce de Leon le jour de la 'pasqua florida' ( pâques fleuries' en espagnol).
GEORGIE : Nommée ainis en hommage au Roi George II d'Angleterre
IDAHO : 'joyau des montagnes' pour la tribu des nez-percès ou shoshone, selon les sources
ILLINOIS : Tribus des hommes exceptionnels, explorés par les français Marquette et Joliel. Ils y rencontrèrent les ' chicago', tribu amérindienne.
INDIANA : la terre des indiens en espagnol
IOWA : la belle terre ( indien)
KANSAS : Le peuple du vent du Sud en Sioux
KENTUCKY : Terre de demain en iroquois
LOUISIANE : Nommée ainsi en l'honneur u roi de France, Louis XIV par Cavelier de la Salle
MARYLAND : EN l'honneur de la reine Henriette-Marie d'Angleterre
MASSACHUSETTS : Lieu des grandes montagnes ( indien)
MICHIGAN : Le grand lac qui purifie ( indien)
MINNESOTA : ' les eaux teintées par le ciel ( indien )
MISSISSIPPI :la terre des eaux ou ' le père des eaux', selon les sources ( indien)

MISSOURI : Lieu des grands canoë ( indien )
MONTANA : Montagne en espagnol
NEBRASKA : Les eaux plates, pour les indiens Otos
NEVADA : enneigés, en espagnol, référence  à la sierra nevada, et son plus haut sommet, le Mont Whitney ( 4000 m)
CAROLINE : en l'honneur de Charles 1er d'Angleterre
DAKOTA : 'Alliés' en sioux
OHIO : 'ravissant' en iroquois ( singifie aussi ' belle rivière')
OKLAHOMA : le peuple des hommes rouges, en indien Choctaw
PENNSYLVANNIE : En l'honneur de William Penn, amiral anglais
RHODE ISLAND : référence  à l'île grecque de Rhodes
TEXAS : Amis ( indien )
UTAH : d'après les indiens 'utes' qui se désignaient comme les ' montagnards'
VERMONT : Du français les ' verts monts' nommé ainsi par Samuel de Champlain
VIRGINIE : En l'honneur d'Elisabeth 1er d'Angleterre, parfois surnommée la ' reine vierge'
WISCONSIN : COnfluence des eaux, pour la tribu Ojibwas
WYOMING : les grandes plaines ( indien )

dimanche 9 juin 2013

Si c'était à refaire

Je dois ce livre à la gentillesse d'une voyageuse qui me l'a donné alors que j'avais terminé le roman emporté et cherchais à l'échanger en parcourant les wagons ; si elle se reconnait en passant, qu'elle en soit de nouveau remerciée.

Marc Lévy pose souvent les questions de tout un chacun. Ici, il s'agit d'une sorte d'uchronie personnelle : si on pouvait refaire la passé, cela changerait il notre futur ?
Le narrateur se fait assassiner en faisant son jogging matinal : une longue aiguille lui est enfoncée dans le dos, créant une hémorragie mortelle mais difficilement détectable. Il a le temps de voir défiler la vie qui quitte rapidement son corps, sans comprendre qui pouvait lui en vouloir autant. Un collègue journaliste jaloux, un serial killer, la victime collatérale d'un de ses articles, le criminel sur lequel portait sa dernière enquête en Argentine, la femme qu'il a épousée puis trahie... une seconde chance lui est donnée pour identifier son meurtrier et changer peut être de comportement pour éviter la tragédie. Il revient quelques dizaines de jours avant l'instant fatal, avec le souvenir de tout ce qu'il a déjà vécu, et se lance dans une course contre la montre avec l'aide de son meilleur ami. Il sait que son article lui vaudra le meilleur prix dont puisse rêver un reporter mais aussi qu'il lui en coûtera la vie. Pas de temps mort dans ce récit haletant où on suit un homme aux abois qui veut sauver sa peau mais aussi se réaliser, atteindre ses objectifs, vivre ses convictions. Le style est efficace et le suspense ne laisse aucun répit.
Merci à Piplo pour cette LC : son avis

Andrew Stilman, grand reporter au New York Times, mène l'enquête la plus importante de sa carrière. Au lendemain de son mariage, il est victime d'une agression et s'effondre, mortellement blessé, dans une mare de sang. Etrangement, il reprend connaissance, deux mois plus tôt. Revenu soixante jours en arrière. Andrew Stilman doit choisir entre mener à terme son enquête ou découvrir son assassin et déjouer le destin. De New York à Buenos Aires, le reporter se trouve précipité dans un engrenage vertigineux. S'engage alors une course contre la montre. entre suspense et passion, jusqu'à son dénouement, à couper le souffle.

samedi 8 juin 2013

Lectures BD du mois de juin

  
 Ghostopolis par Douglas TenNapel
L'automne 79 par Hugues Barthe

 
BàL du mois dernier :

un partenariat Livraddict en attente ou perdu (L'automne 79)
nouvelle PàL :
en séance dédicace Au repaire des héros, un manga de l'Angevin Olivier Martin  (Face cachée)
un dyptique d'inspiration Art nouveau  de Terry Dodson et Denis Pierre Filippi (Songes)
un désherbage en bibliothèque et plus un Laurent Genefort (Tien Keou)

jeudi 6 juin 2013

challenge Virginia Woolf

Le challenge  Virginia Woolf   proposé par MyLouBook  revient même si pour moi il n'était jamais réellement parti :  je suis inscrite en Niveau Katherine Hilbery (Nuit et Jour) : un texte de Virginia Woolf et une biographie ou une oeuvre inspirée de sa vie (roman, BD, film...)
au programme :
Mrs Dalloway
Qui a peur de Virginia Woolf ?
Virginia Woolf de Michèle Gazier
Une chambre à soi
Virginia Woolf propose le texte d'une conférence sur le thème « les femmes et le roman » qu'elle tînt sur demande à l'université de Cambridge. Après avoir écarté diverses interprétations possibles, l’unique voie qu’elle propose se traduit par un axiome : « il est indispensable qu’une femme possède quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une œuvre de fiction ».

Le procédé narratif est curieux et entraîne pourtant insidieusement le lecteur dans le flux et les méandres de sa réflexion. Elle présente ses recherches et les pistes suivies pour préparer son intervention : tout en donnant l'impression d'un parti pris autobiographique, elle commence en prévenant que «des mensonges jailliront de sa bouche» et que ce qu'elle va décrire comme étant «Oxbridge» n'a jamais existé.
Sa conclusion implicite est que l'angle d'attaque est faux puisqu'il ne faut pas mettre en exergue la suposée guerre des sexes et que pour bien écrire, une femme doit écrire en femme tout en oubliant qu'en celà elle est du sexe "opposé" : pour réussir, elle doit se libérer des entraves comme les hommes de génie l'ont fait.
Elle cite : "quand le désir d'enfant cessera d'exister, la nécessité des femmes disparaîtra" et je crois que l'auteur, un homme, a eu grand tort car si le désir d'enfant s'estbien amoindri, grâce au féminisme et à l'émancipation des femmes, la nécessité des hommes également a reculé.
Ce livre est un ouvrage initiatique, un recueil de préceptes, un livre de chevet, une exhortation à la vérité et la sincérité ; il contient la quintessence de ce que j'ai toujours cherché dans la lecture et que traduit pauvrement ce blogue.
Il est maintenant dans ma bibliothèque (offert par Nane) et participe au challenge Virginia Woolf
Lu le 18 juin 2009

Mrs Dalloway
Je n'ai finalement jamais fini de lire Mrs Dalloway. Alors que je me suis laissée emporter par la simplicité de ton et la familiarité de la conférencière d' Une chambre à soi, j'ai été plusieurs rebutée par la complexité de la tâche entreprise par la romancière. Rompant avec les règles classiques littéraires, Virginia Woolf souhaite dépeindre à la manière impressionniste des méandres de l'âme de Mrs Dalloway
commencé le 18/12/2010


Parue aux éditions Naïve dans la collection « Grands Destins de femmes » (2011), dessin de Bernard Ciccolini. sur un scénario de Michèle Gazier, cette biographie en images reprend la vie de Virginia Woolf : son enfance entourée de plusieurs frères, sœurs, demi-frères et demi-sœurs ; à 13 ans la douleur de la perte de sa mère ; plusieurs décès qui se succèdent : sa sœur, son père et son frère adoré. Virginia Woolf sera également victime des agressions sexuelles de son demi-frère, George. Commencent alors pour l’écrivaine des périodes de profondes dépressions, elle sera à plusieurs reprises internée. Et toute sa vie, malgré sa passion pour l’écriture, la tendresse qui l’unit à son mari et son travail d’éditrice, elle aura des accès de désespoir, qui la conduiront finalement au suicide en 1941.

mercredi 5 juin 2013

Le bleu est une couleur chaude


Une BD voyageuse proposée et soutenue par Mo', bien avant le prix du public à Angoulême (2011), bien avant la palme à Cannes (2013). Lui faisant confiance pour la découverte, je n'avais lu aucun commentaire au préalable et je ne m'attendais pas du tout au propos.
En fait, le titre m'avait intriguée au premier degré, car le moindre coloriste sait que le bleu possède d'immenses qualités mais qu'il est une des couleurs froides. Ensuite, le titre joue sur une autre expression usuelle qui veut que le bleu soit la couleur des garçons, alors que le rose va aux filles !
Clémentine est avec Thomas, lorsque son regard croise le sourire amusé d'une jeune femme aux cheveux bleus qui se retourne - à peine - sur elle. Originale, excentrique, différente... Déjà, Clémentine est piégée. Il lui faudra affronter l'incompréhension, les critiques, mais vivre aussi une passion dévorante.  C'est une BD magnifique graphiquement et humainement. Elle raconte en beauté une histoire d'amour tragique, peu importe le genre des protagonistes. Elle évite l'écueil des clichés, appelle à la tolérance sans tomber dans le militantisme lesbien, ni dans le pathos, elle interpelle mais ne cherche pas à justifier ou à excuser.
L'adaptation cinématographique de Kechiche vue par Julie Maroh


dimanche 2 juin 2013

Summer Star Wars, Le Challenge Fantôme

Qui l'eût cru ? Le Summer Star Wars revient, plus vert que jamais !
Extrait du RSFBlog :
Le Challenge se tiendra du 21 juin au 22 septembre.
Trois mois pour voyager de planètes en soleils, de lunes en astéroïdes. Trois mois pour partir à la découverte de créatures exotiques, de mondes improbables, de civilisations mystérieuses et de héros intrépides. Trois mois d'aventures à bords de fabuleux vaisseaux. Ensemble, direction l'infini et au-delà...
Pour participer à ce nouvel épisode du Summer Star Wars c'est très simple : vous vous inscrivez dans les commentaires du message.

samedi 1 juin 2013

Elle qui chante quand la mort vient

Reçu au cours du Swap des couleurs : Jaune, comme giallo en italien (se dit "noir" en français) c'est un polar publié dans la collection du célèbre Masque à la plume sur fond jaune : le challenge Un mot, des titres me donne l'occasion de le sortir de ma PàL de swaps (3/33)

Serena Jensen, fille unique des fondateurs de Jensenville a accepté d'épouser Zachary-Lee Tauprin : on le sentait prêt à tout pour la convaincre, mais on ne saura jamais trop comment il a fini par y arriver, pour le meilleur et pour le pire. Le bel oiseau serein enfin encagé, on pourrait imaginer l'époux heureux et l'épouse adulée se satisfaisant d'un sort envié dans la communauté villageoise qui doit tout à la dynastie Jensen. Ce serait sans compter sur le talent dramatique de la romancière, qui signe son deuxième titre après La Bostonienne qui l'a fit connaître et remarquer.
Elle qui chante quand la mort vient se passe dans la même région, dans une ville reculée à quelques heures de Boston où il ne se passe jamais rien, pour la plus grande tranquillité des habitants et de leur shérif Bernie qui en est à sa seconde élection... jusqu'à ce que les meurtres surviennent et se succèdent rapidement. Une jeune inconnue aux longs cheveux blonds blancs qui ressemble à Séréna est retrouvée près de l'étang, puis une de ses amies d'enfance, Ann-Lee également blonde, jeune mariée heureuse et enceinte.
Quand elle n'en peut plus de tenir son rang d'ex petite fille bien élevée, d'adolescente obéissante et de jeune femme parfaite sous tout rapport, Serena s'échappe à La Fonderie avec Adrian, un décorateur homosexuel avec lequel elle pourrait parler de jolies choses pendant des heures.

Bernie fonce au volant de sa voiture. Un gamin a découvert le corps de Serena Jensen au bord de l'étang de Saint-Basile. Non, ce n'est pas possible, pas miss Serena, n'importe qui mais pas miss Serena...
Là, au bord de l'eau, il se force à se pencher sur le corps recroquevillé, à saisir les longs cheveux blonds qui couvrent le visage... Dieu merci, pense Bernie, ce n'est pas elle ! Mais cet instant de soulagement ne dure pas, remplacé par l'épouvante à la vue de ce qui lui reste dans la main...
La victime a été scalpée, et l'horreur ne fait que commencer pour Bernie, le shérif de Jensenville, une petite ville bien tranquille des États-Unis...

De mon point de vue, ce n'est pas un des meilleurs thrillers d'Andrea Japp, même si les qualités de l'auteur sont bien présentes : l'intrigue est obscure à souhait et semée de fausses pistes, les caractères sont finement rendus et évidemment imprévisibles, l'environnement social et les mécanismes relationnels sont attentivement étudiés et restitués.

50 états : MASSACHUSETTS

vendredi 31 mai 2013

Un mot, des titres

Le prochain mot est :

LUMIERE

Si cela vous tente, vous avez un mois et demi pour lire un livre avec ce mot. Nous publierons nos billets le 15 juillet. Le prochain mot sera annoncé le 14 juillet.

 
Couverture Les trois lumièresCouverture Lumière morteCouverture Nuits-lumière : Mystères en Guillestrois

Ukronie - la Reine des Lumieres par Xavier Mauméjean Couverture La Cité, tome 1 : La lumière blancheVinci, Tome 2 : Ombre et lumière par Didier Convard

Couverture Les Lumières de l'Amalou, intégraleCouverture Yoko Tsuno, tome 10 : La Lumière d'IxoCouverture Jolie libraire dans la lumière

jeudi 30 mai 2013

Un roman français

Prix Renaudot 2009
Je me suis associée au rendez vous mensuel de la PàL de June car j'avais en attente un roman de Frédéric Beigbeder. Sans cette occasion, j'hésiterais encore à l'en sortir, à la fois agacée et ennuyée par les aventures d'Octave et Oscar dans ma décevante dernière lecture Au secours, pardon ! Merci donc à June pour cette heureuse redécouverte de l'auteur.

A travers tous ses romans, qu'il les présente comme des ouvrages de fiction ou des épisodes autobiographiques, l'auteur se raconte. La quarantaine bien atteinte, père de famille d'une fillette et pourtant deux fois divorcé, Frédéric Beigbeder est pris lors d'un flag devant une célèbre boîte de nuit parisienne pour avoir sniffé en pleine rue, sur le capot d'une voiture. Avec son ami et complice le Poète, il finit la nuit en garde à vue au poste du VIII ème arrondissement.
Souffrant de claustrophobie autant que des conditions calamiteuses de la détention provisoire, il se réfugie dans la remémoration et la construction d'un roman par la pensée, pour échapper à la geôle malsaine. Des réminiscences s'il en avait, il aimerait en traquer la fugacité, mais il s'aperçoit que les souvenirs d'enfance lui font défaut. En même temps que le zèle d'un procureur rallonge la durée de son emprisonnement, il déroule peu à peu le fil d'une enfance reconstituée par bribes, en interrogeant le témoignage de sa parentèle et l'histoire de ses ancêtres, la branche maternelle, noble mais désargentée et la paternelle, plus prometteuse. Il se décrit sans complaisance, se dévoile en contrepoint des personnages marquants de sa famille, un aïeul admiré, des parents qu'il présente dans la jeunesse de leur amour alors qu'ils sont depuis longtemps séparés, un frère aîné supérieur en tout dont on ne sait s'il est l'idole haïe ou adorée, une petite fille dont il partage la garde et pour laquelle ce livre semble écrit. Peu à peu, cet exercice de remémoration porte ses fruits et des bulles du passé viennent éclore à la surface de sa pensée, construisant un parcours d'émotions à l'issue duquel le noceur détestable parvient à gagner la sympathie du lecteur/des forces de l'ordre.

mercredi 29 mai 2013

Le petit désordre de la mer

Je m'efface devant le commentaire de L'encreuse qui m'a donné envie de lire ce roman, plein de douceur et de douleur, de questions qui tuent et d'images qui marquent comme cette écharpe rouge qui revient telle un fil rouge justement. Une belle plume réunionnaise qui s'adresse aussi souvent aux enfants qu'aux adultes, porteuse d'une merveilleuse poésie. Des mots qui permettent de passer du concret à l'imaginaire, de franchir la frontière intangible, des mots qui jonglent et jouent avec les limites. Une réflexion sur là où gisent nos rêves, un retour aux sources (inépuisables ?) de la création.
Tout est réussi, à commencer par la couverture qui donne à voir comme en un hublot ou le bout d'une longue vue, un morceau de côte en approche depuis la mer. En créole, le titre signifie Le petit bruit de la mer et m'évoque aussi bien la rumeur infatigable des flots que le silence de la mer intérieure de l'héroïne.

L'encreuse :

Barbara Zara est en train de disparaître, de déserter sa vie, de s’enfuir de la vie. Auteure reconnue de livres pour enfants, Barbara n’a plus qu’une histoire à raconter, celle belle et triste de La Fille de l’Air. Ses enfants la rattachent encore à la terre alors qu’elle voudrait parfois s’envoler, ne plus sentir le poids des choses. Le poids d’une mère qui l’a abandonnée sans un mot à six ans, celui d’un amour qui l’a délaissée, celui du silence d’un père qui ne savait pas trouver les mots pour combler sa douleur. Alors que sa meilleure amie, Andreea, court à l’autre bout du monde exposer ses toiles qui déchirent Barbara, la jeune femme se rend presque chaque jour dans la maison d’Andreea pour nourrir le chat et arroser les plantes, pour que la vie continue malgré l’absence de la maîtresse de maison. Dans ce refuge improvisé, face aux humeurs changeantes de la mer, Barbara déroule le fil de sa vie, de ses joies, de ses manques, de ses blessures. Elle interroge la petite fille brisée qui, à cause du manque de mère, ne s’est jamais construite tout à fait, sinon en se racontant des histoires.

Bien que Le petit désordre de la mer soit le troisième roman de Joëlle Ecormier, je connais d’elle surtout ses écrits pour la jeunesse, que j’apprécie beaucoup. Le petit désordre de la mer est sans aucun doute l’écrit le plus personnel de cette auteure par ce qu’il évoque de l’écriture, de l’île, du rapport à la mer et à la nature. Mais il y a aussi bien plus que cela dans ce roman à la poésie enveloppante. Barbara est en quête, celle de l’apaisement ; elle cherche des réponses à ses questions de petite fille qui n’ont jamais cessé de la hanter. Elle cherche une raison à continuer de vivre dans un monde où elle s’est construite sur la douleur et le manque. Sa vie à elle, ce sont les mots, ils la maintiennent en équilibre. Et lorsqu’ils se dérobent, que reste-t-il ? Une famille que l’on a construite mais qui s’est disloquée, une amitié dans laquelle on s’est réfugié mais qui n’empêche pas les peurs et les doutes, le bruit des gens autour qui ne comble pas la solitude ? Il arrive un moment où se raconter des histoires ne suffit plus… c’est la sienne qu’il faut prendre en main. Baignant entre mélancolie et vraie lumière, Le petit désordre de la mer s’est révélé une jolie parenthèse enchantée où j’ai aimé plonger, portée par la langue faite de douceur et de poésie de Joëlle Ecormier.

L'auteur :

« Pourquoi ne me sauves-tu pas cette fois ? Ce n'est pas possible de te dire ce qui arrive. C'est toi la devineresse, toi qui fais semblant de lire ma vie dans les arabesques de mon marc de café. Et moi qui fais semblant de croire. Peut-être sais-tu que tu ne verrais rien ce coup-ci, peut-être que tous les dessins seraient effacés, que ma tasse resterait blanche. Est-ce que cela te ferait peur ce silence plus grand que les autres ? Sais-tu d’avance que de tout cet abîme il n’y aurait rien à dire, rien à faire, que nous avons usé tous les subterfuges. Suis-je arrivée au bout de ta main charitable, Andreea ? Tu m'as toujours épargné le versant nord, le plus difficile. Et là tu me le laisses.
Andreea, je crois que je suis en train de m'effacer du monde. »

d'autres choses à lire sur son site

Le petit désordre de la mer de Joëlle Ecormier. Editions Océan (2009) - Prix de La Réunion des Livres 2009, catégorie Roman - Prix du livre insulaire 2010 du salon international d'Ouessant, catégorie Fiction.
Lu le 3 avril 2012

mardi 28 mai 2013

Mémoria

Coup de coeur

Le prix de l'immortalité...
Il travaille pour le compte des grandes Compagnies qui se partagent l'univers. Il erre de planète en planète au gré de ses contrats. Il est le tueur à gages le plus redouté des mondes humains. Le plus cher, aussi. Nul ne sait qui il est véritablement. Pas même lui. Tel est le prix de son immortalité. Immortalité qu'il doit à un artefact extraterrestre unique et qui ne le quitte jamais. Tout comme les « crises de souvenirs » qui le terrassent de plus en plus souvent. Au point d'en menacer ses missions. Des souvenirs dont il ne sait même pas s'ils sont les siens. Des crises qui masquent une terreur secrète, tapie au fond de lui sous la forme d'un cauchemar qui, inexorablement, se rapproche et menace de l'engloutir.
Le compte à rebours est engagé...

J'ai acheté ce roman dès sa parution mais il était resté sur mes étagères.  J'appréhendais donc un peu de me rendre à la rencontre organisée avec Laurent Genefort dans le cadre du Festival zone B car je craignais qu'il en dévoile trop. Pas du tout, il a réussi à échanger autour du roman durant presque une heure sans jamais tomber dans le piège de casser l'intrigue en révélant l'identité de ce fameux tueur.
Même si on la soupçonne peu à peu, l'idée est plutôt jolie et on se l'approprie, en dépit de ce qu'elle peut avoir d'effrayant, au fil des trois parties qui composent ce roman. Trois univers complets, trois histoires successives qui permettent de pieux cerner le personnage principal, ce tueur capable d'infiltrer n'importe quel milieu grâce à sa mallette issue d'une technologie extra-terrestre. Il fait payer très cher son infaillibilité, pourtant, le succès n'est pas toujours au rendez vous et parfois il peut se déclarer forfait, auquel cas il rembourse la faramineuse avance perçue sur des émoluments disproportionnés pour un individu mais pas pour une entreprise décidée à se débarrasser d'un gêneur.
Il possède un moyen extraordinaire de voyager à travers les personnalités d'emprunt, mais il n'a rien d'un tueur froid et déshumanisé et ses réactions ne sont pas celles qu'on attend. Il éprouve la beauté des mondes qu'il visite et collectionne dans des capsules un nombre incroyable de souvenirs merveilleux, dont il a découvert qu'en se les injectant en shoot, ils l'aident à repousser le mal étrange qui l'agresse, son "cauchemar noir".  Il est capable d'empathie et se laisse imprégner de la personnalité de ses hôtes. Il choisit généralement un célibataire pour lui servir de couverture, mais lorsqu'il ne peut faire autrement, par exemple sur une planète où la société est très fusionnelle et où tous les individus vivent en couple, il répugne à tromper l'épouse, qui d'ailleurs perçoit immédiatement la substitution et exerce une influence brève mais décisive sur son évolution psychologique.
Je devrais rejeter d'emblée la possibilité d'une substitution forcée, comme dans Âmes vagabondes, mais le tueur ne fait qu'emprunter un moyen de se transporter d'un point à un autre, d'un contrat à un autre, il prend garde de ne pas laisser de trace négative pour ses hôtes, il veille à leur bon retour sur leur monde et peut même corriger au passage certaines amertumes liées à de mauvaises expériences passées.

Laurent Genefort place cette série dans l'univers des Portes de Vangk. En annexe il figure un lexique de l'univers de la Panstructure, construction littéraire de 25 000 planètes qui donne cadre à l'ensemble de ses space operas.

jeudi 16 mai 2013

Huit saisons

Livre voyageur lancé par Pimousse : il participe au challenge des nombres et m'a permis de découvrir la très belle plume d'un auteur dont on parle beaucoup. MERCI
Les avis de Calypso et de Joyce


Justin Cronin retrace dans ces huit chapitres, huit tranches de vie de la famille d'Arthur et Miriam Burke, échelonnées sur une vingtaine d'années. La première nouvelle les concerne et présente le cadre de la suite : ils ont deux enfants, Kay, mariée et O'Neil, étudiant de 22 ans lorsqu'ils ont un accident de voiture mortel au retour de lui rendre visite pour les portes ouvertes de son université. Kay ne s'est jamais entendue avec sa mère mais elle a une affection toute maternelle pour son frère. On suit également un épisode qui semble décousu, mais qui trouve sa place ultérieurement, avec le personnage de Mary : d'ailleurs, le titre original est plus explicite Mary and O'Neil. Il y a parfois des écarts importants entre les différents épisodes vécus par les protagonistes, mais l'ensemble suit un ordre chronologique.
C'est assez sombre, sans éclaircie et en dépit d'une écriture magnifique, à laquelle j'ai pris plaisir, je suis sortie plombée de cette lecture. Le ton reste grave en dépit de moments d'humour, de poésie. D'un autre côté, le style est rassurant, apaisé, les crises sont réelles mais elles glissent sous la plume. L'ensemble est incroyablement triste et m'a fait pensé à certaines familles davantage touchées par le destin que d'autres, même si le message final est plutôt que l'amour prime et qu'il ne faut pas se laisser abattre. Une expérience douce-amère

Résumé :
Huit saisons, huit nouvelles qui, en fait, constituent un roman. L’histoire d’une famille dont chaque membre va son chemin : les études, le travail, le mariage, les enfants... Mais, chez Justin Cronin, ce n'est jamais un chemin facile, car chacun a son secret : un amour qui n'ose pas se déclarer, une grave maladie qu'on tente de cacher, un drame vécu autrefois qui revient vous hanter... Sous l'apparente banalité des jours et des destins, sous le tissu protecteur de l'affection et de l'entraide, se dissimulent bien des angoisses et des détresses.






50 états, 50 billets
Nashua, NEW HAMPSHIRE

mardi 14 mai 2013

Level 26 - Dark revelations

Une échelle de 1 à 25 permet à la police de classifier l'ensemble des criminels. Pourtant, un tueur hors norme, le pire jamais rencontré, échappe à toute tentative d'appréhension : Anthony Zuiker, l'auteur de la série Les experts, a choisi de faire de Level 26 un "digi"-roman partiellement interactif avec des videos à visionner au fur et à mesure.
L'inscription sur le site est compliquée et après en avoir espéré beaucoup, je suis finalement assez déçue par ma lecture : heureusement que rebutée par le prix d'achat assez élevé, j'ai eu la sagesse d'attendre qu'il soit disponible à la bibliothèque.

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Tom Riggins est le chef des Affaires spéciales, un service de Quantico (FBI) spécialisé dans la traque des plus dangereux criminels de la planète. Wycoff, ministre de la défense, le somme sur sa vie de convaincre un de ses plus brillants agents de reprendre sa mission dans le but de neutraliser définitivement un tueur en série de la pire espèce : Sqweegel défie les recherches depuis trente ans. Steve Dark, qui s'est déjà confronté à lui sans réussir à l'atteindre, s'est difficilement remis du massacre de sa famille adoptive perpétré en représailles et n'a aucune envie de renouer avec son ancienne vie. C'est compter sans le tueur, qui manipulant tout le monde, a de nouveau focalisé son attention sur lui et son épouse enceinte de huit mois.
Lu en août 2010
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A l'occasion de la sortie du tome 2, Dark prophecy, je me suis promenée sur un forum où l'animateur a eu la gentillesse de donner ses codes d'accès (explication, je me suis inscrite à une période où ça brouillonnait pas mal sur le site d'où l'échec de mes connexions !!). J'ai donc visionné les videos du tome 1 : quand ça marche c'est vraiment pas mal ; dommage ça ne fonctionnait pas pour le 2...
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Après le meurtre de son épouse, Steve Dark s'est retiré des Affaires spéciales : il essaie vainement de décrocher, pour sa fille élevée par ses grands parents maternels. Ses anciens coéquipiers, Tom Riggins et Constance Brielle, lui gardent rigueur de son départ car personne n'a le "don" comme lui pour se mettre dans la tête des psychopathes les plus dangereux. Il est contacté par Lisa Graysmith, la soeur d'une jeune fille de 16 ans victime d'un serial killer, qui souhaite également l'inciter à reprendre officieusement du service. Elle est prête à mettre des moyens quasi illitimés à son service, pour qu'il traque et élimine les criminels de la pire espèce. Alors qu'une jeune recrue du nom de Jeb Paulson s'est fait repérer sur une scène de crime et que le tueur s'en est pris à lui, Dark se sent responsable. Il entrevoit un lien avec la mise en scène de deux autres crimes particulièrement atroces, ainsi qu'avec des éléments de sa propre vie...
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Ce second opus est à mon avis meilleur que le premier qui est tout de même assez gore. L'intrigue, qui s'appuie sur la manipulation et les soupçons des uns envers les autres, est redoutable de perversité, mais si le monstre Sqweegel ne pouvait s'attendre à aucune compassion, le mobile du coupable reste ici terriblement humain.
Lu en avril 2011


Steve Dark est sur le point de se faire recruter par l'organisation qui emploie Lisa mais il n'entend pas se faire manipuler et cherche le moyen de "loger" le commanditaire secret qui tire les ficelles et dispose de moyens financiers et humains quasi illimités. Pour cette ultime affaire (un level 27 serait en voie d'apparaître, mais la source de l'information n'est révélée qu'au final), il fait équipe avec quatre autres agents sélectionnés pour leur excellence dans leur domaine, qui constituent le fer de lance de l'Alliance globale. Steve Dark est habitué à opérer en solo et il peine à se soumettre à des règles de groupe. Par ailleurs, le tueur semble s'intéresser particulièrement à lui et il parvient à l'approcher dangereusement, une nouvelle fois au péril de sa vie.

Je tenais absolument à découvrir le dernier tome de la trilogie, My me l'a offert lors du swap Tissons des liens et pour le coup, il n'a pas fait long feu dans ma PàL ! Sitôt entre les mains, sitôt dévoré, il m'a laissée un peu sur ma faim. Certes, la construction du suspense est toujours irréprochable, mais le ressort sur lequel repose tout le scénario manque d'originalité et  les personnages principaux ne sont pas totalement crédibles : le député européen qui se fait téléguider dans l'ombre par son conseiller secret ou le mobile du serial killer, un monstre qui n'agit que par souci humanitaire. Le meurtre de la piscine est atroce (sans plus toutefois par rapport à celui de la station de lavage de voiture par exemple) mais les suivants sont moins tortueux et les victimes ne prêtent guère à la compassion. Steve Dark déchiffre trop facilement les énigmes du dénommé Labyrinthe par le biais de la réflexion sans vraiment se mettre dans la tête du tueur, ce qui faisait l'originalité de ses autres enquêtes ; il laisse en rade ses coéquipiers, sauf la belle espionne qui s'en défend mais tombe sous son charme. Un bémol en dessous des deux premiers.


challenge 50 billets, 50 états
Philadelphie, PENNSYLVANIE


samedi 11 mai 2013

Point d'étape

Coup de coeur 2013  :

Ces livres, proposés parmi une sélection de romans de littérature générale, imaginaire ou à suspense, font partie de ceux qui ont été retenus par vote du jury dans le cadre du Challenge Coup de coeur 2013 organisé par PetiteBelge et Yukarie qui l'a rejointe cette année. Tout est dit ici : Blog Operation Coup de Coeur

imaginaire
Gabriel Katz, Le puits des mémoires  LU
Virginie Goevelinger, Attraction céleste   LU
Maïwenn Soler, Eclats de rêves   LU
suspense
Salvador Ricardo, La zygène de la filipendule  LU
Joëlle Adani, Une brèche dans le mur, La légende des gens qui courent  LU
Paskal Carlier, Vengeance XXL (Hors concours : déclaré forfait par l'éditeur)  LU
littérature générale
Charline Quarré, Pas ce soir  LU
Nathalie Ribierre-Dubile, Sacrée petite robe noire  LU
J. Heska, Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir   LU


Bientôt le classement !

jeudi 9 mai 2013

Une brèche dans le mur

Coup de coeur 2013
Catégorie Suspense 3/3

Présenté dans la catégorie Suspense, ce livre est un récit de voyage rehaussé de roman d'espionnage.

Pas totalement un coup de coeur mais ce roman est néanmoins une des excellentes surprises de ce cru 2013 de l'opération CDC pour auteurs peu médiatisés.
Après des débuts laborieux où je me contentais de lire une étape par jour, suivant en cela la trame du récit : une course à pied de 6000 km à travers l'Europe qui s'est réellement déroulée au départ des environs de Béziers et à destination de Moscou, en passant par Berlin-Est.
Particularité marquante, elle s'est tenue durant l'été 1989, quelques jours avant la chute du mur de Berlin. L'introduction d'un suspense lié au contexte de la guerre froide montre les services d'espionnage et de contre-espionnage (Américains, Russes, Britanniques, Français...) faire assaut de suspicion, d'intrigues, d'entourloupes et de bévues. Cela pimente le récit détaillé des relais entre la dizaine de participants regroupé autour de ce projet sportif par un facteur biterrois Bernard Narvard. Peu à peu, on se prend à sympathiser avec les participants et à connaître leur histoire, leurs doutes, leur quête, leur raison affichée et leur motivation secrète. Il y a derrière chaque personnage une belle aventure humaine, parfois gaie, parfois tragique, des gens qui se cherchent, d'autres qui se trouvent pour une happy end.
Le style est enlevé, la foulée est ample, elle prend son rythme en quelques chapitres. Dès la seconde moitié du livre, je n'ai pu m'arrêter de lire, pour savoir si les complots allaient échouer ou aboutir, si le physique malmené des coureurs tiendrait la distance, si les pays traversés en coup de vent presque sans ralentir allaient se remettre de la folie passagère qui souffla en cet été 1989. Au final, le défi un peu fou relevé par ces amateurs créa l'évènement et constitua un véritable exploit sportif.
Regard orignal sur l'Histoire en train de se faire ou manière divertissante de relater une course d'endurance, La légende des gens qui courent est un récit émouvant d'amour, d'amitié, de solidarité, de dépassement de soi, plein de péripéties : coups de sang, coups de bluff, coups du sort. Merci à Joëlle Adani d'avoir pu me faire aimer son univers quelques instants.

mercredi 8 mai 2013

Lectures BD du mois de mai

Le Livre des Amortels, tome 2 : L'ouvreur des chemins par Anne Ploy Le baiser de l'orchidée - apadana par Miceal O'Griafa


le dernier tome d'une trilogie ésotérique et un peu hermétique (Les amortels)
un album qui attendait dans ma pàL depuis trop longtemps et le début d'un diptyque prometteur (Le baiser de l'orchidée)
une trilogie qui, oh mauvaise surprise, débouché sur un quatrième (voire plus) tome

dimanche 5 mai 2013

Le cerveau de Kennedy

COUP DE POING
Connaît-on réellement ses proches ? Louise Cantor qui a voué son existence à l'archéologie, vit depuis de nombreuses années en Grèce ; elle y entretient une relation amoureuse sans véritable engagement. De retour à Stockholm, elle est confrontée au décès de son fils Henrik qu'elle se réjouissait de retrouver. Refusant de croire à la théorie du suicide, elle décide de mener l'enquête de son côté et explore son appartement avec la même minutie qu'elle met dans son travail, pour s'apercevoir que des pans entiers de la vie de son enfant lui échappe. Une piste se dessine qui la conduit d'Australie en Afrique sur les traces du cerveau disparu de Kennedy. Cette énigme parallèle est surtout prétexte à évoquer la situation désespérée de certains pays, dont le Mozambique que Louise découvre à travers les intérêts d'Henrik.
Plus qu'un policier, il s'agit d'un thriller politique qui dénonce des atrocités, d'une façon qui m'a choquée mais m'a empêchée de m'émouvoir. Le roman met beaucoup de lenteur à démarrer et à se développer. En dépit de la révolte, tout semble englué dans une sorte d'apathie qui ressort aussi de la vie de Louise. Elle ne fait qu'entrapercevoir la vérité sur son fils, sur ses propres attentes aussi et le roman s'arrête là où la vie reprend un peu de ses droits. Ouf me suis-je dis en refermant ce livre dérangeant, tout comme la photo de couverture que je comprends mieux maintenant.
Il m'a fallu presque un an de gestation pour ce billet inscrit dans le cadre du challenge nordique (Suède), mais je m'y suis fourvoyée comme dans L'homme chauve-souris de Jo Nesbo qui se déroule en Australie ; le dépaysement a été néfaste à mon ressenti : j'avais envie de neige plus que de canicule sans doute...

samedi 4 mai 2013

Attraction céleste

Coup de coeur 2013
Littérature imaginaire 3/3

Présenté dans la catégorie Imaginaire, ce roman est le seul de la sélection qui parlait d'anges et de démons. Ouf !

Abigaëlle O’Donnel est une lycéenne de 17 ans. Elle est la fille unique d'un couple de libraires irlandais venus s'installer dans la petite ville d'Edmonton. Elle est rejetée par la plupart des élèves car elle possède un don qui la tient éloignée des gens. Heureusement, elle peut compter sur un groupe d'amis très soudé : Sarah, Lily, Tom. Leur année de terminale, décisive à cause des examens, sera un peu perturbée par l'arrivée de deux nouveaux : Dimitrius, au caractère solaire et Gabriel, plus distant et taciturne. Le personnage de Sarah me pose problème et j'ai pensé qu'elle menait un double jeu car elle n'hésite pas à abandonner sa "protégée", après une dispute fallacieuse, dans la forêt de tous les dangers.

A travers l'écriture, il me semble comprendre que l'auteur doit être très jeune (oups ! elle a la trentaine, voir son interview ici) et je crois qu'elle cerne assez bien les attentes d'un public adolescent : l'histoire met en scène des héros de leur âge, avec leurs préoccupations : lycée, examens, amitiés et rivalités, mais également une part de fantastique : sous des dehors assez banals se cachent des pouvoirs extraordinaires, des êtres hors du commun, des révélations fracassantes concernant l'ensemble des personnages principaux...
Je ne vais pas enlever à un futur lecteur le plaisir de la découverte en racontant l'histoire qui est bien amenée, avec juste ce qu'il faut de suspense et de romantisme. La fin m'a apporté beaucoup d'émotion car je n'ai pu m'empêcher de m'attacher à l'amour tragique d'Aingeal (ange en gaélique) Abigaëlle de son vrai nom et Gabriel, même si dès le début j'imaginais bien qu'une mauvaise surprise viendrait contrarier une si belle rencontre. Néanmoins, le roman ne m'a pas semblé apporter quoi que ce soit de nouveau qui me permette de lui attribuer un coup de coeur ou même de lui prédire un avenir inoubliable. L'auteur maitrise bien les codes du genre mais le scénario manque un peu d'originalité à mon goût.

Parce que nous étions prévenus, je n'ai pas tenu compte des innombrables fautes lexicales et grammaticales (une dizaine par page) mais par endroits, cela allait jusqu'à gêner ma compréhension... et interrompre la fluidité de la lecture. Il y a quelque chose qui me dépasse et je conçois difficilement qu'un texte - même en version non corrigée -puisse être imprimé dans cet état.
Je ne reproduis pas le résumé éditeur qui est beaucoup trop bavard à mon avis : la quatrième de couverture est à éviter si vous voulez garder un peu de surprises lors de votre lecture.


vendredi 3 mai 2013

Faut-il manger les animaux ?

Cette lecture est le fruit d'un partenariat entre Livraddict et les éditions Points que je remercie. Il ne s'agit aucunement d'une fiction même si certains faits sont tellement gênants qu'on souhaiterait ne pas y croire. Jonathan Safran Foer a mené l'enquête pendant plusieurs années avant d'écrire cet essai très consciencieusement documenté

Je pensais que la réponse à la question posée en couverture serait de nature philosophique, un non véhément sur fond de défense du végétarisme. Il n'en est rien (ou presque). L'auteur explique que sa prise de conscience est ancienne mais que sa récente décision de s'engager dans une démarche rationnelle et une réflexion approfondie, est liée à la naissance de son fils ou plutôt le regard qu'il risque de porter sur le monde et les inévitables questions. Dans cet ouvrage, il partage ses résultats d'enquête, de lectures, de recherches, de visites sur sites et bien sûr les convictions qui en découlent.
Son discours atteint un certain équilibre entre objectivité factuelle et subjectivité du positionnement car il laisse la place à plusisurs points de vue. Il évoque aussi bien l'attachement de valeurs sociales, familiales, conviviales associées au fait de manger que les conséquences élargies de l'acte de se nourrir d'animaux et pose la question d'y renoncer, pourquoi, comment ?
Par la forme, son récit est harmonieux et facile à lire (en dépit d'une lecture "difficile" à bien des égards sur les aspects les plus cru/els de l'élevage et de la pêche industriels dont il dénonce les conditions impitoyables).  Le style est fluide, certains chapitres très romanesques. La rupture de rythme entre les différents passages narratifs, l'alternance avec d'autres formes d'expression qui jouent sur la répétition, la composition graphique permettent de prendre son souffle dans le cours d'une lecture, qui pour le fond du propos, est très lourde à accepter avec bonne conscience.
Comme l'écrit l'auteur en ouverture, ce sont des choses que nous savons - ou soupçonnons - tous. Il est homme de convictions et convaincant... il propose de très nombreux arguments, économiques, écologiques, humanitaires et de bon sens, pour nous donner l'élan de réformer nos pratiques.
Une chose me gêne cependant, outre les conditions de vie et de mort réservées aux animaux d'élevage, c'est l'oscillation entre une position plus altruiste qui tend globalement à la défense des droits des animaux et une dérive anthropocentrique qui consiste agiter l'épouvantail de la maladie pour convaincre, avec un objectif de salubrité publique, de revenir à un élevage moins pathogène. J'avoue que j'ai été un peu déçue sur la fin.
à lire par petites doses et à méditer

extrait :
Aucun lecteur de ce livre ne supporterait de voir quelqu'un planter une gaffe dans le museau d'un chien. La chose paraît tellement évidente qu'elle ne nécessite aucune explication. Un tel souci est-il moralement déplacé dès lors qu'il s'agit de poissons [...] ?

 résumé éditeur :
Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons? Convoquant souvenirs d'enfance, données statistiques et arguments philosophiques, Jonathan Safran Foer interroge les croyances, les mythes familiaux et les traditions nationales avant de se lancer lui-même dans une vaste enquête.
Entre une expédition clandestine dans un abattoir, une recherche sur les dangers du lisier de porc et la visite d'une ferme où l'on élève les dindes en pleine nature, J.S. Foer explore tous les degrés de l'abomination contemporaine et se penche sur les derniers vestiges d'une civilisation qui respectait encore l'animal. Choquant, drôle, inattendu, ce livre d'un des jeunes écrivains américains les plus doués de sa génération a déjà suscité passions et polémiques aux Etats-Unis et en Europe.



50 billets, 50 états
Washington DC

jeudi 2 mai 2013

Rendez vous chez June

qui propose de s'associer à elle pour faire baisser nos PàL

Le principe :
Tous les mois je pioche un auteur dans ma PAL :
Sur l'idée d'une Lecture Commune, nous lisons Un Auteur Commun Chez June, moins restrictif qu'une LC, utile pour diminuer nos PAL respectives, donc si vous avez un livre de cet auteur dans votre pal c'est l'occasion de le mettre à l'honneur !

Le mode opératoire :
* Inscrivez-vous en laissant un commentaire sous cet article ou sur Livraddict
* Faites tourner sur votre blog ou votre suivi de lecture ! 
* A la fin de votre lecture rédigez un article avec le lien de mon rendez-vous et le logo

En MAI, il s'agit de Frédéric Beigbeder et j'ai justement Un roman français (parmi les déjà lus : L'amour dure trois ans, 99F et Au secours)

mercredi 1 mai 2013

Coupures irlandaises

1987, un été qui changea le cours de la vie de Kris (l'auteur) et Nicolas, deux adolescents bretons de 14 ans, partis parfaire leur anglais en Ulster et les fit passer de la légèreté de l'enfance insouciante à la conscience adulte.
La première partie raconte leur long voyage jusqu'à Belfast, les moyens de transport, le passage des frontières, puis leur installation dans les familles d'accueil. Alors qu'ils croient passer leur séjour sous le même toit, l'un habite chez les Devlin dans le Markets, un quartier populaire catholique et l'autre chez les Nicholl à Donegall, une zone plus résidentielle, à dominante protestante. Cette déconvenue passée, ils s'intègrent pourtant rapidement, grâce à leur côté "exotique" et côtoient la jeunesse irlandaise des deux bords, qui essaie de s'amuser en dépit des tensions inter-communautaires. Bientôt, ils découvrent également le quotidien fait de violence, les attaques aux cocktails Molotov et les bombes, les chars britanniques postés au coin des rues et les soldats qui font irruption dans les maisons pour intimider la population.

Entre BD vérité et témoignage romancé, ce récit en partie autobiographique illustré par Vincent Bailly est complété par un dossier de 16 pages qui apporte des éléments de contexte sur le conflit nord-irlandais.
Autant le dire tout de suite, je n'ai pas du tout accroché avec le style de dessin, qui me rend incapable de m'identifier aux personnages ou de me plonger dans l'histoire. En outre, un parti pris trop clairement pro-catholique (les gentils) m'a gênée. Pourtant, Coupures irlandaises est un titre que j'avais noté en pense-bête, preuve que le propos m'avait interpelée.

La chronique de Mo' avec laquelle je ne suis pas totalement d'accord

Challenge Cap au Nord

Organisé par Myiuki22 à la suite du challenge nordique :
Mordue de littératures « venues du froid », je me suis dit qu’il serait intéressant de partager ma passion pour ces auteurs souvent méconnus et de découvrir de nouveaux romans grâce à des lecteurs souhaitant s’initier ou développer leurs connaissances en matière de littératures nordiques …


Le principe est simple : lire autant de livres que possible dont l’auteur est originaire d’un des pays suivants : outre les cinq pays du premier challenge : Norvège, Suède, Finlande, Islande et Danemark, il s'étendra à la Russie, au Canada, aux Pays baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie), au Groenland et à l'Alaska.
Il débutera le 1er mai 2013 pour un an. S'inscrire ou déposer un lien
Pour démarrer, je suis Bébé Inuit : de 1 à 3 livres à lire