J'ai lu à de nombreuses reprises beaucoup de bien de l'écriture d'Annie Ernaux, mais je n'avais pas eu l'occasion de lire un de ses romans. Il s'agit en l'occurrence d'un récit autobiographique puisqu'elle interroge ses sentiments et ses souvenirs après le décès maternel, suite à une longue dégénérescence due à la maladie d'Alzheimer. La perte définitive fait suite à la disparition progressive de ce que fut sa mère, autant que de ce qui fit sa personnalité, son caractère, son ambition, ses convictions. Les nombreux commentaires parus dans la presse qui sont adjoints au texte dans l'exemplaire que j'ai eu entre les mains, parlent d'une écriture blanche (comme d'une voix blanche) pour qualifier le style épuré de l'auteur. Avec les mots qui tendent à rendre au plus juste la complexité d'un ressenti, elle évoque la présence en creux de sa mère, ce " dernier lien avec le monde dont je suis issue."
La dernière leçon
A l'opposé, la mère de Noëlle Châtelet a choisi la mort volontaire pour échapper à la dégradation de ses facultés. Elle s'en est ouvert à sa fille et lui en a indiqué le terme. Comme Annie Ernaux, l'écrivain a fait un livre des derniers partages, mais aussi des leçons de vie transmises par l'auteur de ses jours. Après le choc, elle raconte l'acceptation de l'inéluctable décision.
Lorsque sa mère, à l'âge de 92 ans, décide de mettre fin à ses jours, la
narratrice est submergée d'effroi. Comment se prépare-t-on à une telle
épreuve ? Elle accompagnera jusqu'au bout celle qui lui a donné la vie
et partagera les derniers instants de tendresse et de complicité. Elle
apprendra par amour sa dernière leçon : celle qui lui manquait pour
apprivoiser la mort."Quelques jours à peine avant que tu nous quittes, nous avons été toutes deux prises d'un fou rire à propos d'un détail tellement prosaïque concernant ta mort. /.../ Ce jour-là, donc, comme chaque fois que nous avons ri ensemble de quelque chose qui aurait dû nous faire pleurer, je t'ai dit, redevenant sérieuse :
- C'est inouï ce qui est en train de se passer, maman. Incroyable ce que tu me fais faire. Le chemin... Le chemin que tu me fais parcourir...
- Oui, c'est vrai, as-tu répondu, toute pensive.
- Il faut... Il faudrait le raconter ! Que d'autres que moi... je crois que... je voudrais l'écrire..."
Prix Renaudot des Lycéens, 2004.
Je n'ai pas du tout accroché au récit et bien que j'aie lu et apprécié de nombreux romans de Noëlle Châtelet, je n'ai pas pu finir celui-là. Je pensais que c'était lié au sujet, mais Annie Ernaux m'apporte la preuve du contraire.
Lecture interrompue le 22 novembre 2012 :
Je jette l'éponge, cela fait plus d'un mois que j'ai emprunté ce récit sur la foi du nom de l'auteur dont j'ai apprécié les précédents romans. Mais là je ne réussis pas à accrocher à sa narration d'inspiration autobiographique, même si par le fonds il peut se rapprocher de la thématique, très présente dans son oeuvre, des femmes confrontées au renoncement.
Noëlle Chatelet évoque dans les pages que j'ai lues le souvenir de sa mère Mireille Jospin avant et durant ses trois derniers mois de vie à l'issue desquels elle a annoncé et programmé sa mort. D'abord bouleversé, l'auteur finit par admettre au cours de longues discussions avec l'intéressée la nécessité "humaine" de cette solution et accepte de se préparer à l'inéluctable séparation.
Abandon peut être temporaire, une déception, mais quand je lis l'avis de ManU j'ai envie de m'y replonger.
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