mercredi 10 juillet 2013

Jumelles

Jumelles de Saskia Sarginson
Merci à Livraddict et aux éditions Marabout

Ce roman n'est pas une banale histoire de gémellité, le sens du drame qu'il développe tient même à la confrontation de deux personnalités que les évènements font diverger peu à peu jusqu'à les rendre assez éloignées et étrangères l'une à l'autre. Il n'y a rien d'extravagant non plus dans l'histoire de cette famille monoparentale, même si la mère est une originale, et les évènements sont tout à fait plausibles, c'est leur enchaînement qui crée la tension, devenue insoutenable pour le plus faible des jumeaux.
A l'origine, elles étaient étroitement mais faussement semblables - presque - car issues d'un oeuf monozygote. De subtiles différences de caractère vont aller s'accentuant avec les aléas de la vie : loin d'être tendre pour elles la vie. Pourtant, il faut se construire, en dépit des déchirures, des incompréhensions et des désirs refoulés. 
On arrive dans ce roman par la vision de Viola dont on comprend assez rapidement qu'elle va mal : elle souffre de problèmes psychologiques graves et s'autodétruit. Ensuite on découvre la vie de sa soeur jumelle Isolte qui semble avoir mieux réussi. Elle travaille dans le monde sans pitié de la mode, elle vit avec Ben, un photographe et semble aller bien et mener agréablement une vie qui lui convient.

Ce sont deux jeunes adultes maintenant, mais le secret de leur état présent et de leur éloignement, même si Isolte prend grand soin de la santé de Viola, remonte à leur enfance, plus exactement à l'été de leurs douze ans, lorsqu'elles emménagent avec leur mère dans un village du Suffolk près d'Ipswich. Elles y rencontrent une autre paire de vrais jumeaux, un peu plus âgés : Michael et John. Dans le même temps, leur mère fait la connaissance de Franck qu'elle envisage comme compagnon. Il est veuf et père d'une petite Polly de sept ans. Des secrets petits et grands s'installent qui vont perturber leur vie future.
La narration passe allégrement de l'une à l'autre jumelle mais c'est parfaitement maîtrisé par l'auteur et à aucun moment je ne me suis sentie perdue. Au contraire, le procédé enrichit la perception du drame qui prend comme une mayonnaise. La pesanteur des évènements augmente au fil des pages et on conçoit que les filles ont dû beaucoup souffrir pour en arriver là. De temps en temps, la figure bienveillante et maternelle de leur tante Hettie qui les a recueillie à la mort de leur mère vient alléger la tension.

J'avais très hâte de découvrir le secret de Viola, de leur enfance heureuse dans la forêt et de ce qui les en avait éloignées pour les retrouver jeunes adultes dans la grande ville de Londres, avec leur problèmes, les cauchemars terribles d'Isolte, la claustration de Viola, mais à aucun moment je n'ai adhéré au drame qui se jouait, j'y suis restée insensible, sans doute parce qu'il y a beaucoup de recul dans les propos alors que les tragédies qui se succèdent sont parmi les pires à endurer.
Au final, je partage assez la conclusion de Mabiblio1988 :
Cette chronique a été compliquée à écrire car j’ai apprécié ma lecture mais j’ai du mal à exprimer ce que j’ai ressenti du fait de ne pas avoir réussir à m’identifier aux personnages.

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