mardi 20 mars 2012

Alexandre le Grand et les aigles de Rome

Il faut vraiment que j'en parle pour qu'il figure au bilan du Winter Time Travel 2 car c'est une très belle découverte que je ne serais pas allée chercher sans la conjonction du challenge uchronique de Lhisbei et les listes de lecture par genre.
Mon avis plus que positif est assez largement partagé :  ActuSF, Mythologica, If is dead

J'ai commencé à lire le roman de Javier Negrete avec très présent à l'esprit le film d'Oliver Stone sur la vie d'Alexandre le Grand où son compagnon d'armes et ami Ptolémée tient lieu de narrateur : l'histoire s'arrête à la mort prématurée du roi à 33 ans, sans doute assassiné par empoisonnement, ce qui met un frein brutal à ses visées impérialistes mégalomanes.
A contraire, le roman débute ici : Alexandre, qui vient d'achever sa fulgurante percée en direction de l'Indus, établit les bases du gouvernement de son empire, mais sa soif de conquêtes n'est pas éteinte. Il tourne ses regards du côté de la Lybie et plus loin jusqu'aux colonnes d'Hercule, mais aussi vers la péninsule italienne. Nombreux sont ceux de ses soldats et de ses généraux qui n'ont plus envie de le suivre. Repus de victoires, ils veulent s'installer et profiter de leur trésor de guerre.
Aussi ambitieuse que sa belle mère Olympia, Roxane, la princesse asiate qu'Alexandre a épousée pour faire alliance avec le roi de Bactriane, conspire dans son dos. Avec l'aide d'un de ses plus proches généraux, ami et compagnon d'armes Perdiccas, elle organise l'empoisonnement du roi alors que l'armée se repose à Babylone.La manigance échoue grâce à l'arrivée inopinée de Nestor, averti en rêve par l'oracle d'Apollon et venu sauver le roi.
Loin d'être arrêté dans son élan comme le raconte l'histoire officielle, Alexandre va donc, comme en Asie, enchaîner les victoires en Méditerranée. Sur le prétexte d'un appel des cités grecques installées en Italie méridionale, il débarque et s'installe à Poséidonia, au Sud de Naples, pour préparer la guerre contre la jeune république romaine, après une hypocrite tentative de médiation diplomatique..
On se délecte par anticipation de l'évocation du grand choc frontal entre les deux solides armées conquérantes du monde gréco-romain.
La scène finale n'est pas escamotée ; elle est décrite avec force détails qui donnent à "voir" la scène, la disposition des forces en présence, la tactique et la stratégie mises en oeuvre de part en d'autre. La fiction se même intelligemment aux connaissances, remarquables, sur les techniques de combat des phalanges grecques et des légions romaines. De nombreux passages décrivent le quotidien des campements, l'entraînement des soldats, la logistique d'une armée en déplacement, l'engagement de la bataille, le code d'honneur des combats.
L'aspect très hétérogène de la communauté grecque est d'ailleurs souligné, avec notamment les antipathies entre les Macédoniens, unifiés par Philippe le père d'Alexandre et leurs récents opposants, les Athéniens, les Spartiates...  unis au sein du corps expéditionnaire d'Alexandre et utilisés selon leurs qualités propres, dans la stratégie du combat, aux côtés d'autres bataillons fournis par les provinces soumises ou alliées, comme par exemple les incroyables cavaliers cataphractères de Bactriane.
Une répétition générale a eu lieu lors d'une première escarmouche humiliante pour les sarisses macédoniens, écrasés par une légion menée par un jeune général plein d'avenir, un ambitieux mais impécunieux patricien du nom de Caius Iulius. Echoué au Nord du mont Circé suite à une avarie survenue au cours d'une tempête, le corps expéditionnaire embarqué sur l'Amphitrite, un vaisseau de guerre surdimensionné fabriqué dans les chantiers de Syracuse est écrasé par une troupe en infériorité numérique. Les passagers civils, dont la dernière épouse d'Alexandre et le médecin Nestor sont emmenés comme otages à Rome, ce qui lui donne l'occasion de connaître un peu Rome, l'organisation des institutions républicaines, le culte rendu aux dieux, d'observer le caractère pugnace des Romains et même de rencontrer un Aristote vieillissant ayant fuit les foudres d'Alexandre après l'attentat manqué de Babylone.

J'ai beaucoup aimé ce roman car il évoque une période historique qui m'intéresse et il le fait bien. Les aspects fictionnels sont également traités avec subtilité, à travers le personnage clef de Nestor, qui à la suite de son intervention salvatrice devient le médecin personnel d'Alexandre.
Amnésique, sans doute d'origine celte, il ne se souvient de rien de personnel mais maîtrise parfaitement des techniques chirurgicales particulièrement osées (trépanation, césarienne...) et connaît les précautions d'aseptie. Dessinateur et narrateur, il tient un carnet, sorte de journal de bord, où il note tout ce dont il est informé, ainsi que ses réflexions.
Les personnages secondaires sont traités avec finesse et certains méritent l'attention :
- Euctémon, un soldat, autiste et génie mathématiques, passionné d'astronomie, qui prévient Alexandre de la chute de la comète Icare, qui s'est mise à orbiter autour de la Terre, sous 5 mois.
- Myrmidon, le roi de la forêt consacré à Diane, mais aussi un froid tueur, calculateur qui s'allie avec Nestor et Alexandre mais poursuit ses propres buts (s'emparer d'une des pièces de butin qu'il convoite)
- un ambassadeur-espion carthaginois qui tire les ficelles à la fois auprès du Sénat romain et dans le proche entourage d'Alexandre (on n'est jamais si bien trahi que par les siens...)

Pour résumer, j'y ai trouvé un mélange de science fiction réalistement crédible comme je les aime : un contenu informatif très riche mais pas indigeste, une écriture aisée, une histoire fluide, avec quelques personnages attachants et/ou qu'on a envie de suivre au delà de ce premier volume !!!

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