Prix Festival étonnants voyageurs 2014Lola Lafon s'appuie sur des documents audiovisuels et des sources écrites d'époque, des témoignages contemporains ainsi qu'un récit autographe Letters to a Young Gymnast (Basic Books, Sotchi, déc. 2003), pour retracer le parcours en étoile filante - de l'apothéose à la disgrâce - de Nadia Comaneci. Dans ce roman intimiste mais solidement documenté, elle s'emploie également à combler les vides et à questionner les biais d'une biographie falsifiée, sous la forme d'un récit négocié entre la narratrice et son sujet, entrecoupé de commentaires fictifs de l'ex-championne destinés à contrebalancer certains préjugés idéologiques faciles. En équilibre entre l'invention littéraire et le réel du reportage sportif rétrospectif, elle ne passe pas sous silence le contexte géopolitique de la Roumanie communiste, des rapports faussés avec les pays occidentaux, ni de la rivalité tendue avec l'entraînement soviétique. Visant d'emblée le petit bout de la lorgnette, l'auteur déroule la fresque chronologique de la décennie Comaneci, dont le "mythe " appartient en partage à tous ceux qui ont vécu la retransmission des Jeux Olympiques de Montréal en juillet 1976. Avec les juges sidérés par sa rapidité d'exécution, le monde découvre alors les figures parfaites que l'athlète la plus décorée de ces Olympiades enchaîne avec une facilité déconcertante et qui lui valent à sept reprises la note maximale. Impossible d'oublier l'étrange fascination provoquée par la virtuose gymnaste roumaine de 14 ans, ni de s'expliquer l'absence totale de contentement sur le visage fermé de la petite fille aux couettes originaire d'Onesti en Moldavie. À la vision rétrospective de ses enchaînements qui se jouent de la pesanteur, le frisson reste le même : encore dans l'enfance androgyne, la " biomécanique " parfaite de Nadia incarne l'idéal rêvé plutôt que le travail exténuant. Le spectateur de 1976 se souvient également, quelques années à peine après la consécration, de la déception difficile à pardonner en découvrant la transformation de l'athlète prépubère en une jeune femme rejointe par la croissance. « Le charme est rompu », écrivent déjà les journalistes occidentaux. Pourtant, Nadia Comaneci est encore élue meilleure gymnaste du siècle en 1999 et les images de ses performances sont envoyées dans l’espace, au-delà du système solaire, pour témoigner de « la beauté absolue » sur Terre...



2 commentaires:
Je ne pensais pas que cela remontait à 76 compte tenu que je suis née en 79 et que c'est le nom de gymnaste qui me viendrait naturellement si on me demandait de citer une championne!
ça ne m'a pas rajeunie non plus !
Enregistrer un commentaire