

Le festival de Locarno a récompensé d'un léopard d'or cette coproduction cinématographique franco-néerlandaise avec un réalisateur de Singapour. Sur les chantiers d'extension de la terre sur la mer, à grand renfort de matériau importé des pays pauvres, l'exploitation d'une population émigrée facilement corvéable est proche de l'esclavagisme. Un cybercafé ouvert toute la nuit accueille le désoeuvrement des sans-sommeil. Le traitement de l'action sur un mode onirique, presque fantastique et avec un esthétisme par lequel le spectateur se laisse volontiers envouter, fait presque oublier la gravité sociale du sujet.
LA PRESSE EN PARLE :
Primé à Locarno, ce film mérite l’attention en raison d’évidentes qualités formelles, notamment la photographie ou la bande originale. Aussi parce qu’il explore un domaine rarement vu, l’arrière-cour du Singapour, l’autre face que celle que nous montrait « Crazy Rich Asians ». Sous le prétexte d’une enquête policière concernant la disparition de deux travailleurs immigrés du chantier où ils sont exploités par une logique économique impitoyable, le spectateur voyage dans l’espace - microscopique territoire des terrains gagnés sur la mer et chantier cyclopéen plein de bruit et de poussière - et dans le temps, dans un entrelacs parfois confus de retours en arrière [l'ensemble composé d'] un étrange mélange de scènes hyper-réalistes ou totalement oniriques, sans que la frontière entre ces deux univers soit clairement marquée. Le thriller promis au départ s’enfonce peu à peu dans les sables et la conclusion (!) laisse habilement le spectateur à sa perplexité initiale.
Objet étrange que ce film singapourien, Léopard d'Or du dernier festival de Locarno. Les étendues imaginaires oscille sans cesse entre un drame social explorant les conditions de travail dans l'île-état (le développement incontrôlé, la main d'oeuvre surexploitée des immigrés bangladais) et la balade onirique et éthérée. En cela il ressemble beaucoup au très beau film de Davy Chou, Diamond island, en un peu moins convaincant. On suit d'abord l'enquête d'un flic vaguement dépressif, puis on bascule sur l'histoire de celui qu'il recherche, un jeune travailleur qui se blesse à un bras. Les deux lignes narratives ont un point commun, qui est un salon de jeux vidéo géré par un personnage féminin et mystérieux, jouée par la magnifique Yue Guo, déjà repérée dans Kaïli blues. Tout cela est très bien photographié et vaporeux à souhait. Il ne faut pas y chercher la résolution d'enjeux dramatiques, mais plutôt les plaisirs générés par une rêverie poétique solidement ancrée dans le réel.
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