dimanche 2 décembre 2018

La fille du temps

challenge Autour du monde, elles écrivent : ANGLETERRE

Pour distraire de son ennui l'inspecteur Grant cloué sur un lit d'hôpital, une amie comédienne lui apporte une série de portraits historiques dignes d'intérêt. L'un d'entre eux attire l'oeil exercé du criminologue passé maître dans l'interprétation des physionomies :  il s'agit de Richard III, roi d'Angleterre, dont l'aspect magnanime est aux antipodes du personnage félon et sanguinaire décrit par Shakespeare. Avec l'aide d'un jeune chercheur américain, Grant traque dans les archives du British Museum, une vérité qui bat en brèche l'image communément admise de l'oncle usurpateur du trône, assassin de ses neveux, les fils d'Edouard IV.
Le roman forme l'une des enquêtes les plus originales de toute la littérature policière, l'un des dix grands classiques du genre salué par la critique et aussi par les pairs de l'auteur.
Si la première partie est un peu languissante car elle contextualise l'enquête sans beaucoup de dynamisme, la suite devient passionnante car elle reprend sous une forme romancée les aléas de l'enquête scientifique visant à prouver l'intégrité conservée et l'innocence bafouée de Richard III.

Info en +
Plusieurs associations militent en faveur de la réhabilitation du monarque, s'appuyant sur les anciens travaux des historiens Horace Walpole (1768) et George Buck (1646). Pour elles, la réputation de Richard III a été excessivement noircie sous le règne d'Henry VII et de ses successeurs, afin d'asseoir la légitimité - à l'origine très contestable - de la nouvelle dynastie Tudor. Le portrait détestable que William Shakespeare dresse dans sa célèbre pièce de théâtre (1591) est contemporain d'Elisabeth I, petite-fille du vainqueur de la Bataille de Bosworth. Le dramaturge aurait puisé son inspiration dans deux récits de  référence, rédigés par les historiens "officiels" des Tudor, Polydore Vergil et surtout Thomas More, ex-chancelier du roi Henry VIII, fils d'Henry VII.
Dans sa saga littéraire The Cousins' War, l'auteur à succès Philippa Gregory ​ en fait un personnage romantique et bienveillant - très éloigné du bossu psychopathe shakespearien - poussé vers le pouvoir par sa mère Cecily d'York et son épouse Anne Neville. 
reconstitution / crâne authentifié en 2012
Le mystère entourant la disparition d'Edouard V et de Richard de Shrewsbury n'est toujours pas résolu ; l'Eglise anglicane refuse les tests ADN sur les ossements découverts dans la Tour de Londres au XVIIème siècle et conservés à l'abbaye de Westminster. Certains "Ricardians" remettent en cause l'implication réelle de Richard III dans le meurtre de ses neveux. Ils avancent les noms d'autres "suspects" potentiels qui auraient commandité l'assassinat pour mieux compromettre leur oncle : Henry VII Tudor, sa mère Margaret Beaufort ou encore Henry Stafford, duc de Buckingham, qui aida Richard III à prendre le pouvoir avant de se retourner subitement contre lui et exécuté pour trahison en novembre 1483. D'autres prétendent que les deux princes ne sont pas morts à la Tour de Londres et ont été cachés à l'étranger. Fait troublant : dix ans après la mort de Richard III, un certain Perkin Warbeck parvint à mobiliser des troupes importantes pour débarquer en Angleterre et tenter de renverser Henry VII. Il se prétendait le plus jeune des deux princes de la Tour. Qualifié d'imposteur par Henry VII, il fut capturé en 1497 et pendu deux ans plus tard.

1 commentaire:

Philippe D a dit…

Et encore un ! Merci pour ta fidélité et rendez-vous demain pour la nouvelle contrainte (qui pourrait être marrante).
Bon dimanche.