Nouvelles lettres édifiantes et curieuses d'Extrême-Occident par des voyageurs lettrés chinois à la Belle Epoque
La période se nomme « la Belle-Époque », en raison essentiellement de l’absence de guerre sur le territoire français, entre 1870 et 1914, et de l’essor scientifique et industriel, offrant une prospérité accrue à la bourgeoisie, avec l'affirmation du capitalisme.
Après avoir bien hésité entre plusieurs époques, c'est l'autobiographie de Sarah Bernhardt Ma double vie qui m'a donné envie de choisir cette période.
Pour ma deuxième participation au challenge Chacun son époque, j'ai lu un ouvrage qui sort de l'ordinaire puisqu'il s'agit d'un recueil de textes traduits du chinois classique et abondamment commentés par le sinologue André Lévy.
Une première partie replace les récits de voyageurs chinois en Europe (puisque c'est ce qui nous intéresse) et en Amérique, dans le contexte historique complexe des relations de la Chine avec les puissances étrangères.
Une seconde partie présente les témoignages originaux, aussi rares que succincts, de ces missionnaires chinois résolus à tout voir, connaître, apprendre du monde extérieur auxquels ils ont été contraints de s'ouvrir depuis peu. Ils montrent de l'Europe un visage tout aussi inattendu que leur jugement est sans a priori.
Ce recueil de textes rares et succincts provenant de voyageurs
chinois en Occident à
la fin du XIXème siècle présente deux intérêts majeurs :
-
l'érudition de l'édition, rassemblée, traduite directement du chinois
classique, abondamment commentée et présentée avec un luxe de détails remarquable, par André Lévy, sinologue
reconnu ;
-
l'originalité du point de vue, inhabituel, de ces
missionnaires lettrés et pétris de confucianisme qui entendent tout
connaître et relater et qui y parviennent sans a priori.
Ils apportent un intéressant contrepoint oriental
aux récits de voyage occidentaux, initiés par les fabuleuses aventures
de Marco Polo.
Lettres persanes plus vraies que nature puisqu'elles
émanent de
témoignages véridiques de voyageurs venus de l'Empire du Milieu au début
du XXème siècle pour se porter jusqu'aux confins de l'Europe et même
jusqu'en Amérique.
Ouverts
récemment au monde, contraints à la circulation des hommes hors
des quelques comptoirs consentis aux colonisateurs, les émissaires
chinois tracent de l'Europe un visage
inattendu. Ce prisme plus analytique que déformant montre une justesse
de propos et une retenue dans le jugement qui force le respect. Ces lettres dénotent une ouverture
d'esprit stupéfiante, une curiosité et
finalement une tolérance qui tranchent avec la rigidité des célèbres
"Lettres édifiantes et curieuses de Chine par des missionnaires
jésuites, auxquelles le titre de ce livre adresse un malicieux clin
d'oeil.
Dans une importante introduction André Lévy
replace ces lettres dans le contexte historique complexe des relations
entre la
Chine et le monde extérieur, depuis la Route de la soie, les grandes
expéditions maritimes chinoises (totalement passées sous silence par
l'historiographie occidentale), en passant par l'introduction
progressive des religions étrangères monothéistes, les guerres de
l'opium contre l'empire britannique et la rébellion des Boxers.
Dans le délicieuse évocation d'une époque révolue on
reconnaîtra les caractéristiques politiques, sociales, sexuelles, de
notre civilisation, mais le choix des observations, les jugements et
réflexions qui nous en apprendront plus encore sur l'étonnant et
indéchiffrable Empire du Milieu, doivent
nous faire réfléchir sur nos représentations culturelles, sociétales.
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