Jpod de Douglas Coupland m'a laissé un bon souvenir et Eleanor Rigby un encore meilleur. C'est pour cette raison que Toutes les familles sont psychotiques figure dans ma PàL depuis un bon moment. L'opération (terminée) proposée par Au diable Vauvert dans le cadre du confinement : 30 livres numériques gratuits du 31 mars au 3 mai - MERCI - me permet de passer à la lecture.
Janet et Ted ont eu trois enfants : Wade, Sarah et Bryan. Leur couple a fait long feu : Ted vit maintenant avec Nickie et Janet est devenue adapte d'Internet. En désaccord constant avec son père, Wade a quitté la maison dès sa majorité ; séducteur impénitent, il vit de trafics divers. Bryan, éternel benjamin de la famille, cherche sa voie. Sarah, nullement handicapée par une main en moins, est un symbole de réussite : cumulant les diplômes, elle est astronaute. Le lancement de son premier vol en navette spatiale est l'occasion du rassemblement familial !
La fratrie est sur le point de donner naissance à la génération suivante : Beth, pratiquante et prosélyte, aime et soutient Wade bien qu'il soit séropositif, Sarah, mariée à un bellâtre, projette secrètement un accouplement en apesanteur avec le chef de mission, Shw (Emily), militante et imprévisible, s'apprête à vendre à des parents adoptifs fortunés (en fait des trafiquants d'enfants) le bébé qu'elle attend de Bryan.
Distendues, incongrues et chaotiques, les relations familiales dégénèrent en des enchaînements cataclysmiques atypiques et inattendus. Comme dans un mauvais scénario de comédie catastrophe, les uns et les autres semblent tirer à hue et à dia hors de toute rationalité et sans souci des conséquences. Finit par advenir ce qui doit et tels une série de dominos en équilibre précaire, ils s'entraînent mutuellement vers le fonds, passant de Charybde en Scylla.
Drôles mais fatigants, à force ils deviennent insupportables au lecteur comme ils le sont l'un à l'autre.
* * *
jPod
Des programmeurs de jeux vidéos travaillent en circuit fermé. Ils
donnent l'impression d'un grand relâchement moral et physique. Douglas
Coupland en rajoute sur le côté geek,
autiste, adolescent attardé des membres de l'équipe. Kaitlin, la
dernière arrivée, sert un peu de repère de normalité ! Elle leur invente
une machine à câlins... Le récit est régulièrement interrompu par les
interventions d'un
narrateur extérieur blasé qui montre le dessous des cartes : ambitions
et
compromissions. Parmi les jPoders, certaines
inimitiés sont féroces. D'ailleurs, l'auteur se montre
particulièrement acharné contre son souffre douleur préféré : passif et
certainement trop gentil, Ethan apparaît comme le raté de service. Le
malheureux doit en outre constamment tirer sa
famille de mauvais pas.
Jpod est une parodie et c'est franchement assez drôle. Douglas Coupland a un humour bien à lui, que je commence à cerner. Il en fait des tonnes, ses cas banals sont des catastrophes ambulantes, son credo l'extravagance et la démesure.
Lu en 2012Jpod est une parodie et c'est franchement assez drôle. Douglas Coupland a un humour bien à lui, que je commence à cerner. Il en fait des tonnes, ses cas banals sont des catastrophes ambulantes, son credo l'extravagance et la démesure.
Extrait :
- On se croirait dans Melrose Place
- Melrose Place ? a fait Bree. C'était il y a mille ans.
[...]
Aaron
Spelling s'est fait énormément de fric avec ça, a dit Kaitlin. Mais
vous n'avez pas remarqué qu'au début, c'étaient tous des glandeurs d'une
vingtaine d'années qui cherchaient un sens à leur vie et vivaient dans
une résidence ressemblant à un motel avec une piscine au milieu ?
- Exactement comme les personnages du roman de Douglas Coupland de 1991, Génération X a dit Bree.
- Parfaitement
- Donc ils ont tout piqué à Coupland ?
- C'est sévère mais recevable. Mais qui on est pour en juger ?
- Ca me paraît suspect.
- Si j'étais Douglas Coupland, j'aurais traîné Aaron Spelling en justice jusqu'à le plumer.
- Moi aussi
- Pareil
- Enfin un point sur lequel nous étions tous d'accord.
* * *
Eleanor Rigby
Refrain de la chanson des Beatles (album Revolver, 1966) que VendrediLecture a eu la gentillesse de retrouver :
Tous les gens seulsD'où viennent-ils tous?Tous les gens seulsQuelle est donc leur place?Ah, regarde tous ces gens seuls (x2)Eleanor Rigby [...]
Le roman de Douglas Coupland qui tente de répondre aux questions soulevées par la chanson est déroutant. Sur le mode du constat, il dresse le portrait psychologique d'Elisabeth Dunn, une canadienne de Vancouver dont l'adresse courriel étonnante est eleanorrigby@arctic.ca (page 197/299). Elle a une famille plutôt aimante et unie (vous diriez peut-être étouffante), mais aucun ami et à 36 ans, elle est toujours célibataire. Elle a une belle situation qui pourrait lui assurer un train de vie confortable, mais elle est économe. Elle a toujours été grosse et introvertie et ne paraît pas avoir de centre d'intérêt.
Au milieu de cette existence sans relief, elle va pourtant vivre plusieurs évènements chaotiques. De retour d'un voyage de classe à Rome, elle met au monde un enfant qu'elle laisse à l'adoption (elle a seize ans et n'a aucun souvenir de la conception). Une vingtaine d'années plus tard, son fils Jeremy, fantasque et mystique, fait irruption dans sa vie qu'il bouleverse à plus d'un titre : il est atteint d'une forme particulièrement pernicieuse de sclérose en plaque et il lui reste assez peu de temps à vivre. Il s'installe chez elle et ils apprennent à se connaître et à s'apprécier. Son décès la laisse encore plus démunie et sensible à sa solitude.
Elle est contactée quelques années après par la police autrichienne dont les révélations suffisent à la mettre dans un avion pour Vienne, via Francfort. A l'escale, l'aéroport est évacué d'urgence et elle est jetée en prison sans explication. Elle entreprend le récit de sa vie...
Elle est contactée quelques années après par la police autrichienne dont les révélations suffisent à la mettre dans un avion pour Vienne, via Francfort. A l'escale, l'aéroport est évacué d'urgence et elle est jetée en prison sans explication. Elle entreprend le récit de sa vie...
Par ses décisions et surtout par ses non-choix, la trajectoire qu'elle a suivi depuis l'enfance aboutit à une situation qu'elle n'a pas souhaité mais pas tenté non plus de modifier : elle paraît subir son destin et si finalement elle trouve sa place dans la vie, elle semble y prendre part comme par hasard.
J'apprécie beaucoup le style de narration de Douglas Coupland, dont l'absurdité sous jacente me paraît assez proche de Chuck Palaniuk, mais débarassé de l'intention ostensible de choquer. Avec une ironie douce amère, il montre cette absence de volonté de la part de Liz ou plutôt cette volonté d'être comme absente de sa propre existence - se passer de certitudes pour atteindre à la paix - et ce ton unique, relevé d'une pointe de cynisme ou d'impertinence, qui montre la distance qu'elle met entre le monde et elle. Derrière cette morne apparence se cache un esprit acéré par des années d'observation lucide. Elle assume sans amertume son mode de vie et ne cherche pas à susciter l'apitoiement, ne revendique ni n'attend rien de la vie sur laquelle elle porte un regard sans concession. Sa solitude, thème central du roman, n'est pas pathétique ou honteuse. Son histoire ne porte pas non plus à la critique, elle rend de manière originale des sentiments authentiques, réellement touchants, aux échos universels.
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Au fil du roman, il m'est venu souvent en tête une autre chanson, de William Sheller, où les gens me semblent en définitive, aussi tristement seuls et autrement isolés qu'Eleanor Rigby :
Pourquoi les gens qui s'aimentSont-ils toujours un peu les mêmes?Ils ont quand ils s'en viennentLe même regard d'un seul désir pour deuxCe sont des gens heureux.
Lu le 1er mai 2011Pourquoi les gens qui s'aimentSont-ils toujours un peu les mêmes?Quand ils ont leurs problèmesBen y a rien à direY a rien à faire pour euxCe sont des gens qui s'aiment[...]



1 commentaire:
Quand littérature et musique se retrouvent! Un des titres proposés aujourd'hui est aussi le titre d'une magnifique chanson écrite par Paul Mc Cartney, interprétée par les Beatles http://www.youtube.com/watch?v=3Dsz4dB6DuM
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