samedi 29 mars 2014

La commedia des ratés

Grand Prix de la Littérature Policière 1992 - Français
Trophée 813 du meilleur roman
Prix Mystère de la critique

J'ai commencé grâce à Sylire avec Enregistrements pirates de Philippe Delerm par lui-même dans la collection Lire dans le noir et j'ai bien apprécié les textes et la lecture de l'auteur. Pour cette deuxième expérience, je suis revenue à La commedia des ratés de Tonino Benacquista qui me tente depuis longtemps dans les rayons de la bibliothèque dans les deux versions, papier (une compilation de quatre polars) et audio.
Dès la première demi-heure de ce deuxième essai, je suis convaincue : j'aime qu'on lise pour moi alors que je ne peux vraiment pas le faire moi même : quand je conduis. J'avais peur de faire preuve d'inattention dans un sens ou dans l'autre : ne pas suivre le fil de l'histoire ou être distraite au volant, rien de tout cela. Je passe plusieurs heures dans la voiture chaque jour, dont une bonne partie de bouchons, et je sens déjà que ça ne sera plus du temps perdu...
Pour revenir au choix des voix, j'ai été un peu agacée dans le premier chapitre par de faux accents italiens pour évoquer les parents du héros, qui ne correspondent pas à la région dont ils sont originaires, la banlieue romaine. Heureusement, l'acteur principal qui interprète Antonio Polsinelli ne surjoue pas et quand Dario son interlocuteur, parle un mélange de dialecte franco-italien qui n'appartient qu'à lui, cela sonne juste.
Le narrateur a fui pour le centre ville son enfance parmi les autres fils d'immigrés et cette banlieue rouge aux portes de Paris. Il n'y revient que sous la contrainte pour le repas dominical en famille. C'est à l'issue d'une de ces réunions de famille que l'attend Dario, un camarade de classe perdu de vue depuis longtemps. Il a un service à lui demander... Très peu après Dario est assassiné et la police identifie Antonio comme un de ses proches.
Un roman mené tambour battant, à grand coup de règlements de compte, mais qui évoque aussi subtilement les difficultés de la seconde génération, de l'exil et/ou de l'intégration : Antonio est l'étranger à Paris mais aussi à Sora d'où sont venus ses parents juste avant sa naissance. Il finit se réconcilier avec ses origines et avec son père.

Extrait de l'épilogue : Car tout était déjà en moi, enfoui. Quelque chose entre la tragédie grecque et la comédie à l'italienne. Une farce bouffonne au goût amer, un drame dont on se retient de rire. Ni une complainte, ni une leçon, ni une morale. Juste une ode à la déroute, un poème chantant la toute-puissance de l'absurdité face au bon sens...

lundi 24 mars 2014

Une enquête de l'inspecteur Michael Fallon

Le dernier beau jour
Quinze jours après les attentats du 11 septembre, Barry Schulman, un avocat de quarante-huit ans, attend le train pour New York à la gare de Riverside lorsqu'un cadavre sans tête s'échoue sur le barge de l'Hudson, juste en-dessous du quai. L'enquête est confiée à l'inspecteur Michael Fallon. Tout pourrait se résoudre vite si celui-ci ne cachait pas des choses à son supérieur, Harold Baltimore, le premier Noir à diriger le commissariat de la ville, et si, pire encore, Fallon ne tentait pas de reconquérir son ex-petite amie Lynn par un chantage des plus retors. Lorsqu'on découvre que le cadavre est celui de Sandi Lanier, la meilleure amie de Lynn, l'histoire vire peu à peu à la pire des tragédies.
L'ambiance délétère de ce microcosme peu éloigné de New York et la menace obscure qui plane après les attentats contre les Twin Towers forme le terreau de ce roman policier classique : le crescendo de l'angoisse qui monte est mené avec brio par Peter Blauner. L'auteur a reçu pour son premier roman, L'Irréductible (Flammarion, 1992) le Prix Edgar Poe du meilleur suspense de l'année.
Hudson River, NEW JERSEY

dimanche 23 mars 2014

Le livre des morts - Le livre des âmes : coup double


50 états, 50 billets : NEVADA

Le challenge PàLà2 m'a permis de tirer d'un seul coup deux livres de ma PàL : je ne sais pas si elle s'en est rendue compte quand elle a fait son choix, mais Titifra voulait me faire lire la suite avant le début...
Préalablement à la lecture du Livre des âmes, j'ai donc lu Le livre des morts qui le précède. Cela me fait également deux titres à afficher dans le cadre du challenge Un mot, des titres de ce mois d'avril.

Ni égyptien, ni tibétain, Le livre des morts de Glenn Cooper propose une histoire assez époustouflante qui a le mérite de proposer un éclairage sur certaines énigmes du passé ou du présent, comme par exemple la base militaire ultra secrète où seraient étudiés les débris d'un astronef extraterrestre dit de Roswell, les certitudes de Jean Calvin sur la prédestination ou encore les fameuses prophéties de Michel de Nostredame.

L'histoire se déroule à trois époques, au Moyen Age, juste après la seconde guerre mondiale et actuellement. Le destin qui unit le désert de Mojave dans le Nevada à une abbaye de l'île de Wight, au large des côtes anglaises, prend sa source au XIIème siècle.
Juste après la seconde guerre mondiale, une équipe d'archéologues met au jour une découverte hallucinante, une bibliothèque enterrée contenant des milliers d'incunables contenant la liste des naissances et des morts dans toutes les langues du monde, depuis le Moyen-Age jusqu'en 2027. N'ayant pas les moyens d'en exploiter l'incroyable contenu, le gouvernement fait appel aux Américains qui les transportent en grand secret dans une base construite pour l'occasion, la zone 51.
Mark Shakelton, un raté dont l'esprit mathématique confine au génie, recruté comme beaucoup d'autres, y est soumis à la même règle du silence sur ses activités réelles. Will Piper se souvient à peine qu'il fut son camarade de chambrée en première année à l'université. Mi beau gosse, mi enfant terrible, l'ancien étudiant charismatique est devenu officier de police. Mais il a un fichu caractère, en plus d'un penchant avéré pour les femmes et la boisson. Le FBI ne plaisante pas avec ses mauvais sujets : pourtant profiler hors pair, il a été rétrogradé pour une affaire de moeurs avec une collègue. Il n'a dû qu'à une brillante carrière et quelques appuis, de ne pas être viré à quelques années de la retraite.  Lorsque l'affaire du tueur de l'Apocalypse démarre, il se trouve être le seul en mesure de la prendre en charge. Mais s'il n'y voit qu'un malencontreux hasard, le tueur en série qui est à l'oeuvre est un calculateur redoutable...
Piper résout l'enquête mais il est écarté et réduit au silence, pour raison d'état ; il protège sa vie et celle de ses proches en gardant une preuve irréfutable sur clef USB dissimulée en un lieu connu de lui seul. Dans Le livre des âmes, un des volumes de la bibliothèque secrète apparaît lors d'une vente aux enchères dans une salle londonienne, estimé à quelques milliers de livres. Le chef de la sécurité de la zone 51 est chargé de l'acquérir mais il se fait distancer pour un acheteur qui n'hésite pas à surenchérir en centaines de milliers de livres. Will Piper, contacté par des anciens de la zone 51, est chargé de réceptionner le précieux manuscrit. Caché dans la couverture, un sonnet autographe de William Shakespeare le lance sur la piste de pièces à conviction complémentaires, de nature à expliquer l'interruption définitive à l'année 2027, dissimulées dans un manoir historique du Suffolk.
L'épilogue, qui pourrait constituer une nouvelle à part, vaut le détour à lui seul, surtout pour les amateurs d'Armageddon !
L'info en + : astéroïdes géocroiseurs

J'ai enchaîné en moins d'une semaine les deux volumes de histoire, tant j'étais prise par le suspense qui se dégage des deux trames parallèles : le devenir des moines reclus dans les salles souterraines de l'abbaye de Wight d'un côté et l'affaire du tueur de l'Apocalypse de l'autre. Pour une fois, j'avais autant d'impatience de passer de l'une à l'autre, ce qui est un équilibre difficile à trouver en écriture. Je les ai obtenus par troc il y a quelque temps et je remercie Olympe16 qui a eu la généreuse idée de joindre le deuxième volume à son envoi.

Rappel sur l'organisation d'une session de PàLà2 :
Pour cette édition (février/mars/avril), j'ai décidé de me livrer au hasard... le tirage au sort m'entraîne une nouvelle fois du côté de Toulouse puisqu'il m'a désigné Titifra comme binôme, du blogue Le temps presse
Dans sa PàL, j'ai sélectionné :
 - La nuit des temps de René Barjavel qui est un magnifique roman à mon avis
 - Le club de la petite librairie de Deborah Meyler à cause du résumé
 - Un mariage poids moyen de John Irving parce que je n'ai jamais réussi à en finir un

De son côté elle m'a répondu :
Coucou, voilà j'ai choisi parmi les trois de lire : le club de la petite librairie.
J'ai choisi pour toi ... tadam tadam :
- j'ai bien aimé : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, Science-Fiction, Editions J'ai Lu (2008), 251 pages
-  il est dans ma wishlist : Le livre des âmes de Glenn Cooper, Thriller, Editions Pocket (2012), 470 pages
- ce livre m'intrigue mais que je n'ai jamais eu l'occasion de le lire : Le dahlia noir de James Ellroy, Policier, Editions Rivages (Noir) (2006), 504 pages

Nous avons jusqu'à fin avril pour lire l'un ou l'autre de ces titres ; certains lisent les trois. L'ensemble des participants figure dans ce billet 

La culotte de la mort

Toutes ces nouvelles de Jean Paul DEMURE promettent la mort à coup sûr. Criminelle, accidentelle, passionnelle, préméditée, infanticide... mais toujours fatale, comme la main glacée qui titre le recueil avec humour ! La question qui demeure est : sous quelle forme va-t-elle frapper ?
L'auteur propose 16 façons de voir les choses et si j'ai du mal à choisir ma préférée, pas une ne m'a déçue parmi : Nid, Vivre sa vie, Chat, La culotte de la mort, Nature, Mémoire, 68 de mai, Dialogue, Ouverture, Fête des mères, Troc, Dur métier, Résolution, Une seule Maisie, Le lendemain, Chagrin d'amour.
C'est une publication Rivages/Noir, une collection comme je les aime.




Delirium

Dernière lecture du programme des Babychallenge Livraddict pour cette année 2013, Delirium de Lauren Oliver appartient au genre dystopies bien représenté dans la catégorie science fiction : Uglies, Hunger games, Divergente, Pure.
L'héroïne est une adolescente, plutôt dans la norme ou insignifiante, qui rencontre l'amour avec un beau prince charmant... ces éléments suffiraient à associer ces romans à de la Chick Litt, mais un grain de sable s'introduit : leurs amours sont contrariées par leur entourage ou des évènements dramatiques menacent le cours prévu de leur existence, sinon il n'y aurait pas d'histoire !
Selon le style, les auteurs relèvent plus ou moins bien le défi : parfois j'ai pu me trouver complètement prise ou au contraire m'ennuyer plutôt fermement, à quelques passages près, devant tant de mièvreries.

Lena vit dans un monde où l’amour est considéré comme le plus grand des maux. Son père est décédé, sa mère s'est consumée d'amour à en mourir (suicide selon la version officielle). Elle et sa soeur Rachel ont été recueillies par leur tante Carol, mariée à William, qui hébergent également leurs deux petites-filles Jenny et Grace, depuis que leur fille Marcia a mal fini.
Symptômes de l’amor deliria nervosa, phase un :
Préoccupations, difficultés de concentration, bouche sèche, transpiration, paumes moites, vertiges et perte de repères, acuité mentale réduite, pensées confuses, capacités de raisonnement diminuées.
Heureusement, il existe un remède : tous les adultes de 18 ans subissent le "Protocole" une opération du cerveau pour être guéris du mal d'amour, tandis qu'au cours de "l'Evaluation", leur potentiel est pris en compte pour leur fournir des candidats idéaux au mariage (appariement). D'ailleurs, sa soeur aînée, une furie à l'aller, est revenue de l'opération transformée en future épouse et mère modèle.
Un parfait petit monde... gris et terne où aucune personne saine d'esprit n'aurait envie de vivre. Cela m'a rappelé sans plus d'enthousiasme, Le passeur d'où les couleurs ont été bannies ou Globalia. Le résultat est plutôt convenu et insipide, rien ne heurte mais rien ne relève la linéarité de l'intrigue !
Ici, le modèle est clairement shakespearien : Roméo et Juliette sont maintes fois cités... pourtant il y a loin de la coupe aux lèvres. A mon avis, c'est un peu plus captivant qu'Entre chien et loup, mais loin d'être le meilleur roman de la sélection.
Lu le 23 décembre 2013

Delirium 2 : Pandemonium
Lena est passée dans la Nature grâce à Alex qui s'est fait prendre à la frontière. Elle rejoint une colonie dirigée par Raven et apprend à survivre et à se battre. Ce roman est un peu plus original car Lena, Raven et Tack se sont infiltrés avec l'aide de la résistance pour recueillir des informations à propos des méthodes de l'APASD qui s'est donné pour objectif d'éradiquer l'amor deliria nervosa. Lean fait la rencontre de Julian, le fils de son dirigeant. A la suite d'une manifestation qui a mal tourné, Lena est emprisonnée dans les sous-sols de la ville. Elle réussit à s'échapper avec Julian, mais ils tombent dans le piège qui leur a été tendu dès le début. Julian est repris et condamné à mort, pour faire un exemple, mais Lena refuse de l'abandonner. Sa personnalité commence à émerger et elle ne se laisse pas manipuler ou commander sans réagir. imprévisible, elle crée parfois la surprise ou les conditions d'une victoire inattendue.
Lu le 23 janvier 2014

Delirium 3 : Requiem
Les autorités gouvernementales ne peuvent plus ignorer les insurgés de plus en plus nombreux et soutenus par la résistance. Des régulateurs sont envoyés dans la Nature pour les traquer et les abattre. Le groupe de Raven qui a tout perdu dans une attaque rejoint une faction beaucoup plus nombreuse installée dans un campement de fortune aux portes de la ville. Leur commando échoue à faire sauter le barrage qui les prive d'eau. Les réfugiés, sales et affamés, sont difficiles à mobiliser pour une action énergique et une armée vient les balayer.
Le roman alterne entre les épisodes de la vie de Lena et d'Hana restée à Portland et sur le point d'épouser Fred Hargrove, le fils du maire. Julien a suivi Lena dans la Nature par amour mais la réapparition d'Alex, échappé des Cryptes-prisons de Portland, rend la situation explosive. Lena est partagée et les retrouvailles avec sa mère, échappée de prison et résistante, ne l'aident pas à voir clair dans ses sentiments. Hana, qui a pourtant subi l'opération, est perturbée elle aussi et quand elles se retrouvent face à face,  des traces de leur ancienne amitié les poussent à s'entraider.

50 états, 50 billets
Portland, MAINE

lundi 17 mars 2014

challenge à tous prix


En repérage : comme La Belette, je ne cours pas après les prix, mais j'en ai néanmoins quelques uns en ligne de mire et je cherchais une rubrique de ce genre, donc le challenge A tout prix chez Asphodèle pourrait me circonvenir (de maintenant au 17 septembre 2014)
Lien très utile

à mi-parcours : j'en ai lu quelques-uns finalement, pas forcément ceux qui étaient prévus, il faut juste que je récapitule...
Goncourt - Général - 1975 : La vie devant soi d'Emile Ajar/Romain Garry

déjà lu mais pas commenté  :
Femina - 1967 : Elise ou la vraie vie de Claire Etcherelli
Goncourt - Lycéens - 2010 : Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard
Prix Clé de Verre du roman noir scandinave : La cité des jarres  d'Arnaldur Indridason
La carte et le territoire de Michel Houellebecq
Alabama Song par Gilles Leroy

dans ma PàL :
La Princesse des glaces par Läckberg La vie est brève et le désir sans fin par Lapeyre HHhH par Laurent Binet

à lire :
La Cloche d'Islande demeure l'œuvre maîtresse de Laxness, prix Nobel de littérature en 1955.

Contours du jour qui vient par Léonora Miano Les fables de sang par Arnaud Delalande Un aller simple par Didier Van Cauwelaert Ce que le Jour doit à la Nuit par Yasmina Khadra Les voleurs de beauté par Pascal Bruckner



Grand Prix de l'imaginaire - Roman Francophone - 1999 : Les futurs mystères de Paris (en références à Eugène Sue, Léo Malet et Frédéric Dard)
tome 1 La balle du néant



samedi 8 mars 2014

Le sabotage amoureux

Prix de la Vocation, Prix Chardonne, Prix Atout-Lire

Je connaissais d'Amélie Nothomb le roman basé sur ses premières années au Japon et adapté en film avec Sylvie Testud dans le rôle principal, mais pas celui-ci sur ses années chinoises, de cinq à huit ans, dans le quartier diplomatique San Li Tun de Pékin. Curieusement, le début m'était familier, avec le cheval-vélo, le pays des ventilateurs et le boulevard de la Laideur habitable, mais pas la suite qui donne son sens au titre. De ces années passées dans l'empire du milieu, dans l'isolement du ghetto réservé aux expatriés, l'auteur ne retient que les préoccupations de son âge, persuadée que le monde tourne autour d'elle.
Les enfants s'ennuient et inventent mille bêtises pour s'occuper... jusqu'à recréer une opposition Est-Ouest qui devient, après que les parents des deux côtés s'en sont mêlés, une coalition Nord contre Sud quand les petits Péruviens deviennent la cible des mauvais traitements jusqu'alors réservés aux jeunes Russes. Tout change à l'arrivée d'une famille sud-américaine et l'intérêt de la petite fille est bientôt captivé par l'attitude hiératique de la nouvelle venue. Dès lors, elle n'a de cesse de lui plaire et fait tout (et même le pire) pour gagner son attention, à défaut de sa sympathie amicale. L'apprentissage du désamour, aussi fulgurant et dévastateur que son contraire, vient clore ce roman psychologique.

challenge Amélie Nothomb 2/5

en rapport avec la terrible violence dont sont
capables les enfants entre eux :
La guerre des boutons à lire
Sa majesté des mouches LU
Le jardin de ciment à lire
Le boucher des Hurlus à lire
Allah n'est pas obligé à lire

vendredi 7 mars 2014

Trajets et itinéraires de la mémoire [en cours]

Je suis très contente d'avoir reçu ce recueil Folio grâce à Livraddict, tout d'abord parce que j'avais flashé sur la couverture sublime (Sam van Olffen) qui m'évoque un palais de la mémoire antique et déserté, ensuite parce qu'il commence par un texte de Serge Brussolo que je recherchais depuis un moment : Vue en coupe d'une ville malade. Il s'agit de nouvelles qui ont déjà été publiées par ailleurs et c'est un genre que non seulement j'apprécie beaucoup, mais tout particulièrement quand il est question de science fiction. Extrait : Ces quatorze nouvelles des débuts de sa carrière permettent de revenir sur la genèse d'un talent hors norme, confirmé depuis par les chefs-d'oeuvre que sont Le syndrome du scaphandrier, La planète des ouragans ou encore La nuit du bombardier.

Ce recueil de nouvelles sera une révélation pour ceux qui n'ont pas lu Funnyway, texte paru dans l'anthologie Futurs au Présent et qui a obtenu en 1978 le prix de la science-fiction française. Serge Brussolo y confirme, surtout dans la longue nouvelle qui donne son titre au volume, un talent qui n'est pas sans évoquer celui d'un J. G. Ballard.

La première nouvelle donc, montre une ville passée aux mains des ordinateurs. La domotique a pris le pas sur l'humanité. Sous prétexte d'améliorer la vie des êtres humains en adaptant leur environnement, les ordinateurs ont transformé l'habitat, d'abord sur la foi de calculs de probabilité limités, puis en se livrant à des projections lointaines et des extrapolations de plus en plus hasardeuses sur l'évolution future des conditions de vie. Démiurges sans conscience, au pouvoir sans limite, ils ont fini par créer un environnement invivable pour l'Homme, réduit à l'état de matériau comme un autre.
Grand Prix de l'imaginaire - Roman Francophone - 1981

Certaines nouvelles sont à la limite de la science-fiction et de l'horreur-fiction comme Les mouches et les araignées. Une thématique qui semble revenir dans l'imaginaire de l'auteur puisque dans ...de l'érèbe et de la nuit une partie de la population est soumise aux piqûres de la mouche tsé-tsé pour permettre à l'autre de se s'adonner sans limite de temps à ses passions.
La sixième colonne est un conte absurde où une humanité en marche doit obligatoirement être munie d'une valise quitte à user d'un faux-semblant. Memorial in vivo qui n'est pas sans rappeler les camps de concentration, vise à repousser les limites de la résistance à la douleur.

La longue nouvelle Comme un miroir mort se rattache au space-opéra : d'une lugubre beauté, elle décrit le naufrage d'une "civilisation" et d'un univers-monde d'une richesse infinie. Resurgie plusieurs fois de ses cendres, elle ne persiste plus qu'à l'état de fragments dans la mémoire du capitaine que le jeune Irwin s'efforce de compiler, comme il visite les soutes gigantesques du vaisseau-planète échoué.
Soleil de soufre est une nouvelle éclatante, si j'ose dire, j'ai aimé la perfection jusqu'au-boutiste de chaque détail de ce monde étrange, effroyable mais enchanteur à sa façon.

Serge Brussolo montre un immense talent de conteur et je me suis laissée prendre par la description des mondes improbables issus de son imaginaire débordant et fascinant. Je n'ai pas tellement envie d'arriver au bout et j'aurais aimé voir prolonger le développement de certaines idées.

  1. Vue en coupe d'une ville malade, pp.9-69
  2. La Mouche et l'araignée, pp.70-90
  3. La Sixième colonne, pp.91-100
  4. Comme un miroir mort, pp.101-154
  5. Soleil de soufre, pp.155-169
  6. ...de l'érèbe et de la nuit, pp.170-193
  7. Mémorial in vivo. Journal inachevé,pp.194-221
  8. Off, pp.222-267
  9. Anamorphose ou les liens du sang, pp.268-288
  10. Funnyway, pp.289-302 Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle / Short story, 1979
  11. Subway, éléments pour une mythologie du métro, pp.303-326 Rosny aîné, nouvelle / Short story, 1981
  12.  « Trajets et itinéraires de l'oubli », pp.327-421
  13.  Visite guidée, pp.422-482
  14.  Aussi lourd que le vent..., pp.483-546

jeudi 6 mars 2014

Ethique du contact

Que ferait l'homme dans un univers qui recèle la vie sous des formes totalement inattendues, comme ce monde bio-minéral basé sur le silicium ? Il le jaugerait à l'aulne de sa nature terrestre. Toute l'outrecuidance de l'être humain, l'anthropocentrisme, l'héliocentrisme, sont contenus dans ce roman qui se situe à l'extrême opposé de la sagesse philosophique de La vague montante de Marion Zimmer Bradley. J'espère qu'il n'est pas d'anticipation, mais seulement de science fiction, parce que réussir à vaincre l'espace pour se conduire de la sorte...

L'analogie de départ avec les technologies de l'information et de la communication est assez transparente mais le parti pris de l'auteur, très détaché, très factuel, permet d'installer une atmosphère d'angoisse qui va crescendo. Les cinq personnages, deux femmes, biologistes, et trois hommes, techniciens, sont bien vite confinés dans un huis clos d'autant plus impressionnant qu'ils sont entourés d'un désert hostile. La planète n'a rien d'une future terre promise. On se demande bien pourquoi leur vaisseau s'y est arrêté.

De bout en bout, les humains aveuglés par leur sentiment de supériorité, croient qu'ils maîtrisent une situation qui leur échappe. Je devrais les plaindre, montrer de la compassion car le scénario ne ménage pas. Pauvres rescapés en sursis, mais je n'arrive qu'à les trouver pitoyables : l'effet est voulu par l'auteur qui les a un peu désinvestis de leurs caractéristiques humaines, aussi bien physiques que psychologiques. Rien n'est explicite, tout est suggéré, comme lorsqu'une des femmes cède à quelques larmes bien vite réprimées ou à la pression d'une main sur un bras.
Pourtant, en dépit de cette sécheresse de ton, en harmonie avec l'aridité de la planète, j'ai apprécié ce roman. Même si je ne m'attendais pas vraiment au contenu, il m'a donné bien envie de lire le précédent IF837. Seul le style parfois un peu pesant, surtout en première partie, m'a fait passer à côté d'un coup de coeur. Je remercie Livraddict et les éditions Atria pour ce partenariat.

Résumé :
Le vaisseau de recherches minières Stephen Hawking a largué sur la planète ZC789 un dôme d'exploration où tout est prévu pour assurer la sécurité des cinq occupants. Sur cette planète apparemment désertique, des centaines de « crabes » étranges surgissent de nulle part. A priori inoffensifs et indifférents à la présence de visiteurs humains, au point que le contact avec eux semble impossible, ils disparaissent comme ils sont venus. Mais en dépit de l'Ethique du contact, charte définie à l'issue de missions antérieures désastreuses qui leur dicte comment réagir face à une forme de vie locale, les occupants du dôme ont prélevé un spécimen pour l'étudier. Les « crabes » offrent une énigme zoologique insoluble, et les scientifiques ne sont qu'au début de leurs surprises et de leurs ennuis, sur une planète qui cache son jeu. Les humains ont pour eux la haute technologie, leur dôme-forteresse, mais tout cela suffira-t-il à leur éviter erreurs de classification et de jugement et à les protéger des défenses naturelles des formes de vie extrêmes que l'on peut rencontrer sur des mondes très éloignés du nôtre ?

Info en + :
en faisant une recherche sur Internet, je suis tombée sur une charte intitulée Ethique du contact qui appelle à l'unité des Hommes sur la Terre, revendique la propriété de leur habitat et refuse toute visite extra-terrestre non autorisée. Je trouve cela suffisamment intéressant dans le contexte de ce roman pour le signaler.

samedi 1 mars 2014

Chanson pour bestioles.


Je lis une drôle de chanson de Cécile Reyboz, une Chanson pour bestioles.
Marthe est une jeune femme bizarre, un peu dérangée. Elle décide sur un coup de tête de ne plus suivre que ses désirs et prend le train pour annoncer la nouvelle à son père en province. Las, cette miss-catastrophe ambulante enchaîne les bévues et sème le trouble sur son passage. Son désir de communiquer est aussi intense que maladroit.
Bientôt, le train s'arrête en rase campagne, au milieu de nulle part. L'environnement est chamboulé, sans repère et le contrôleur débordé par la situation. Marthe veut prendre les choses en main ; elle y voit le signe de son passage réussi à une nouvelle vie.
Pas plus que les autres passagers, je ne sais à quoi m'attendre de la suite de ce roman original, drôle s'il n'était dérangeant, car en définitive qui (ou quoi) est Marthe ?

Une découverte étrange piochée dans les listes de la bibliothèque : j'aime ce challenge qui me permet de me livrer ainsi au hasard. Si la couverture est un peu surréaliste, le roman l'est complètement. Le style est agréable et la lecture, qui m'a plu modérément, glisse toute seule. Il y a manqué sans doute, de mon point de vue, une intention plus évidente.

Un mot, des titres : CHANSON
Pour la 23ème session du challenge, toutes les infos sur le site de Calypso le mot proposé par tirage au sort est LIVRE. Les billets seront publiés le 15 avril 2014.

vendredi 28 février 2014

Sept pistoleros

Cet album sur le mode western est un de mes préférés dans la double série imaginée et orchestrée par David Chauvel, sans doute parce que mon adolescence parcourue de Blueberry s'y retrouve un peu.
Texas, 1899. Sept tireurs d’élites, véritables légendes vivantes, coulent une retraite paisible dans une hacienda retranchée proche de la frontière du Mexique. Hélas pour eux, depuis la côte Est, trois grands capitaines d’industrie aidé par un jeune journaliste ambitieux décident d'un scénario truqué pour débarrasser le Texas de ses hors-la-loi. En mettant leur tête à prix 1 million de dollars, ils espèrent attirer sur les pistoleros tout ce que la région compte de bandits et desperados, afin qu’ils se massacrent entre eux... Un chef de guerre mexicain et une armée de fanatiques religieux venus du Mississippi vont se disputer l'honneur d'attaquer les premiers ! Ils ne savent pas ce qui les attend car les sept pistoleros n'ont pas usurpé leur réputation. En plus d'être une excellente gâchette, chacun des personnages représente un archétype du genre : le joueur de cartes, le spécialiste des explosifs, l'irlandais alcoolique, le sang-mêlé, le missionnaire, le vieux briscard... et même la prostituée au grand coeur.







50 billets, 50 états
Sollima, TEXAS

samedi 22 février 2014

Le train bleu

Le train bleu est le second roman d'Agatha Christie avec Le crime de l'Orient-Express qui se déroule dans un train mythique. La jeune Mrs Kettering, auquel son père vient d'offrir une somptueuse parure de rubis ayant appartenu à Catherine de Russie, descend sur la Riviera pour rejoindre un amant. Elle est assassinée peu avant Lyon et les bijoux dérobés. Heureusement Hercule Poirot, le petit détective belge, voyageait dans le train et il offre son aide à la police française, ainsi qu'à Van Aldin le père de la victime. Bonne société et crapules, histoires d'amour et intrigues sordides, vrais crimes et faux-semblants se côtoient, comme dans tout roman de la célèbre romancière. Jusqu'au dénouement et au moment choisi où le détective rassemble ses suspects et fait la lumière sur toute l'affaire, c'est un plaisir intact, à chaque fois renouvelé, de chercher parmi les personnages, le plus improbable coupable et de suivre le jeu de piste des indices semés dans le roman.
J'aime particulièrement les couvertures de cette édition du Masque, mais on en trouve pour tous les goûts.

vendredi 21 février 2014

Lectures BD du mois

7 dragons par Nicolas Mitric Henri Désiré Landru par Chabouté Love fragments Shanghai par Chaiko  


COUP DE POING
Soupe froide
L'homme est un SDF en phase terminale d'un cancer des voies laryngées. Le service d'urgence l'a envoyé dans une maison de convalescence pour qu'il finisse ses jours à l'abri. Pourtant, il s'enfuit le soir même et revient, à pied et sous la neige, échouer à l'hôpital. Trop mal en point, il ne survit pas à la nuit.
Charles Masson est médecin ORL et pourtant il montre une maîtrise de la BD noir et blanc dont il n'a pas à rougir devant les professionnels. Agrégeant plusieurs histoires vécues dont il témoigne, il décide de donner la parole, supposée, hypothétique, à un homme que personne n'écoute plus et pour lequel une énième exclusion a été celle de trop. Il parvient à exprimer totalement ce que l'expression " être au bout du rouleau " peut signifier. Le regard est critique, y compris sur le chirurgien urgentiste qui n'est pas rendu de façon très sympathique. Le texte et le montage sont sobres mais percutants. L'homme cesse d'être un anonyme pour redevenir quelqu'un grâce à ce récit intimiste.
L'album m'apparaît comme la traduction graphique d'un dialogue de sourds, des vies qui se croisent mais sur des plans différents. Tout part d'un malentendu : parce que l'infirmière lui a servi sa soupe froide (on comprend dans l'épilogue que le micro-ondes est en panne), il décide de quitter le service d'accueil. Il n'a rien anticipé, il erre dans la forêt, mal vêtu, en pantoufles et en pyjama, il fait froid et il a faim, il est à bout physiquement. Il bougonne et on comprend peu à peu son schéma mental, le chemin de sa déchéance sociale mais son sursaut de fierté pour garder sa dignité d'être humain. Au cours de son escapade, il croise plusieurs fois des secours qui pourraient lui venir en aide, mais avec un poil trop d'écart pour que la rencontre ait lieu.
Soupe froide est paru chez Casterman dans la belle collection souple écritures.

Il me revient que j'avais déjà lu de lui L'arche de Noé a flashé sur vous, un récit étrange en collaboration avec Chloé Von Arx (texte).

mercredi 19 février 2014

Cocu de sac


Hommage ou clin d'oeil à Douglas Kennedy, le titre d'Hervé Claude intrigue. Un couple de jeunes Français entreprend la traversée de l'Australie depuis Darwin en direction du Sud. Nathalie, jeune vannetaise et instigatrice du voyage, se révèle moins aguerrie que prévu et son ami Sac (diminutif de Raoul Sacchuti) en fait les frais. Alors qu'il ne faudrait en aucun cas - tout le monde le leur a répété - ils se retrouvent à rouler de nuit sur cette immense route poussiéreuse, éclairée de temps en temps par des "gros culs" tractant plusieurs remorques. Ils croisent des kangourous mais plus étrangement des chameaux, importés pour construire je ne sais plus quoi et abandonnés au désert où ils continuent à se reproduire, des rencontres nocturnes impressionnantes mais plutôt inoffensives. Ce n'est pas le cas de Caryl, en panne sur le bord du chemin avec son 4x4, qu'ils s'apprêtent à secourir, comme le veut la loi du désert, cela aussi on le leur a répété. Quand Nathalie devra témoigner de ce qui s'est passé cette nuit là, ses propos insuffisamment clairs sèmeront le doute sur son rôle dans la disparition de Sac.

dimanche 16 février 2014

Les âmes vagabondes (The host)

COUP DE COEUR

La Terre est envahie. L'humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes, mais nos esprits sont contrôlés. Mélanie Stryder vient d'être capturée. Elle refuse cependant de laisser place à l'être qui tente de la posséder. Quelque part, caché dans le désert, il y a un homme qu'elle veut retrouver.
On ne connaît pas leur nom, les humains survivants les appelle le parasite. Pourtant de leur point de vue, ce sont des gentils, pétris de bonnes intentions, ils font régner la fraternité, ne se mentent ni ne se tuent, ne connaissent pas la violence, ils sont une technologie réparatrice bien supérieure à celle des humains.
Stephenie Meyer entraîne l'humanité dans une forme d'invasion qui laisse le lecteur désarmé. Au début, il se sent partie liée avec Mélanie qui tente férocement de conserver son intégrité face à l'intrusion dont la seule idée fait frémir d'horreur. Avec le temps et en ayant appris à connaître intimement l'une et l'autre dans la cohabitation forcée qu'elles sont obligées de mener, il se prend d'empathie pour les deux "âmes" qui veulent survivre et tentent de se partager le corps de Mélanie. 
L'âme qui a pris l'apparence de Mélanie se donne le nom de Vagabonde, elle semble un peu particulière au sein d'une espèce fusionnelle où tous se ressemblent, car elle ne fait pas qu'envahir un corps, elle se laisse gagner par les sentiments qui en habitaient l'esprit. Certaines pages qui décrivent les différents mondes (il en existe six) où elle a vécu avant d'arriver sur Terre (elle est vieille d'un millier d'années) sont sublimes : le monde sous-marin, le monde des fleurs ou celui où toutes les plantes se sont laissées mourir ensemble pour ne pas être colonisées...
Je trouve le titre en VO : The Host (l'hôte) presque plus explicite. La solution, loin d'être manichéenne, est bien pensée. Pour une fois, la fin n'est pas bâclée et elle laisse une ouverture sur de belles perspectives. En plus, la morale est sauve, ce qui ne gâche rien à mon avis. Je dirais qu'il n'y a pas une héroïne, mais bien deux et je me suis immergée avec bonheur dans les descriptions des autres vies "volées" de l'âme vagabonde, notamment sur la planète Fleur.
Le regard de la couverture en poche est plus inquiétant que l'original de la photo couleur chez Lattès et je ne suis pas sûre qu'il représente mieux l'argument du livre.

Le film, sans trahison mais sans trouvaille, suit fidèlement la trame du roman. Il me m'a pas déçue, au contraire, il m'a évoqué les bons moments du roman, même si je l'ai lu depuis un certain temps et l'actrice que joue le rôle de Gaby/Mélanie campe bien le personnage, partagé entre ses deux personnalités.

vendredi 14 février 2014

Utøya

Stieg Larsson, l'auteur de Millénium enquêtait sur les nationalistes de Suède dont il dénonçait les actions. Son journal avait reçu des menaces. Le roman est le fruit de son travail, à la fois oeuvre de fiction et compte-rendu de ses investigations de journaliste. J'avais été étonnée de découvrir un pays scandinave sous ce jour et non comme le champion libertaire que je présumais.

Laurent Obertone se penche sur les attentats commis par Anders Breivik le 22 juillet 2011, à Oslo et sur l'île d'Utøya et s'efforce de donner le point de vue du tueur, de suivre son schéma mental. Il s'appuie sur des documents authentiques : les rapports des secours, les témoignages, les minutes du procès et les 1500 pages du manifeste que le jeune homme a publié sur internet pour défendre la cause nationaliste en Norvège, avant d'entreprendre le massacre de masse qu'il a minutieusement mis au point, programmé et exécuté. Arrêté à 18h34, il a passé un peu plus d'une heure dans l'île où il a fait 77 victimes parmi les jeunes travaillistes réunis en congrès d'été et de nombreux blessés par balles, dans un état grave à très grave.

D'après Stéphane Bourgoin, le spécialiste des serial killer (d'ailleurs j'ai un son Livre noir dans ma PàL) : « Il nous faut louer le travail titanesque de Laurent Obertone et la minutie exceptionnelle qu'il a développée pour reconstituer le parcours authentique d'Anders Breivik et des drames d'Utøya, jusque dans ses moindres détails. »

De nouveau un livre qui fait date dans mes lectures, je le lis lentement pour m'en imprégner car s'il est dérangeant, il donne à réfléchir. L'auteur a mené une enquête minutieuse dont il fait part, laissant au lecteur le soin de juger. En revanche, je me suis lassée assez vite des rapports d'autopsie dans la première partie, qui interrompent le récit de façon lancinante.

challenge nordique : Norvège

jeudi 13 février 2014

Le 13 février 2009 ?!

Je m'étais fait un petit mémo dans mes brouillons pour ne pas oublier : dans xx jours, ce sera la veille de la Saint Valentin pour beaucoup, mais pour moi je fêterai en douceur les cinq ans de mon blogue.
Voilà c'est maintenant officiel, le " petit " a cinq ans. Je ne m'y serais pas attendue lorsque je l'ai débuté : 835 articles publiés, 194 en attente, 36 drapeaux de pays parmi mes visiteurs (c'est la statistique qui me tient le plus à coeur) 984 commentaires c'est peu au regard de la fréquentation de certains blogues mais le nombre ne fait pas la qualité et je ne souhaite toujours pas être référencée.
J'ai toujours plaisir à y laisser mes notes de lectures, encore plus de satisfaction lorsqu'elles sont partagées, j'aime toujours autant les challenges, toujours autant de mal dans les LC (hein Jérôme si tu passes, je suis restée sur La faim de Knut Hamsun) j'essaie d'être raisonnable pour les swaps, mais cela reste une des bonnes intentions qui m'a fait ouvrir ce blogue.
Merci à ceux qui viennent régulièrement,un plus grand merci à ceux qui me laissent un petit mot, bonjour à ceux qui sont de passage et reviendront je l'espère.
MERCI à Elea pour son message et à Dasola et Fersenette, fidèles parmi les fidèles

mercredi 12 février 2014

Soupe froide

COUP DE POING
L'homme est un SDF en phase terminale d'un cancer des voies laryngées. Le service d'urgence l'a envoyé dans une maison de convalescence pour qu'il finisse ses jours à l'abri. Pourtant, il s'enfuit le soir même et revient, à pied et sous la neige, échouer à l'hôpital. Trop mal en point, il ne survit pas à la nuit.
Charles Masson est médecin ORL et pourtant il montre une maîtrise de la BD noir et blanc dont il n'a pas à rougir devant les professionnels. Agrégeant plusieurs histoires vécues dont il témoigne, il décide de donner la parole, supposée, hypothétique, à un homme que personne n'écoute plus et pour lequel une énième exclusion a été celle de trop. Il parvient à exprimer totalement ce que l'expression " être au bout du rouleau " peut signifier. Le regard est critique, y compris sur le chirurgien urgentiste qui n'est pas rendu de façon très sympathique. Le texte et le montage sont sobres mais percutants. L'homme cesse d'être un anonyme pour redevenir quelqu'un grâce à ce récit intimiste.
L'album m'apparaît comme la traduction graphique d'un dialogue de sourds, des vies qui se croisent mais sur des plans différents. Tout part d'un malentendu : parce que l'infirmière lui a servi sa soupe froide (on comprend dans l'épilogue que le micro-ondes est en panne), il décide de quitter le service d'accueil. Il n'a rien anticipé, il erre dans la forêt, mal vêtu, en pantoufles et en pyjama, il fait froid et il a faim, il est à bout physiquement. Il bougonne et on comprend peu à peu son schéma mental, le chemin de sa déchéance sociale mais son sursaut de fierté pour garder sa dignité d'être humain. Au cours de son escapade, il croise plusieurs fois des secours qui pourraient lui venir en aide, mais avec un poil trop d'écart pour que la rencontre ait lieu.
Soupe froide est paru chez Casterman dans la belle collection souple écritures.

Il me revient que j'avais déjà lu de lui L'arche de Noé a flashé sur vous, un récit étrange en collaboration avec Chloé Von Arx (texte).

dimanche 9 février 2014

Hygiène de l'assassin

Chinouk propose une lecture intégrale d'Amélie Nothomb en quatre niveaux progressifs :
Mercure : lire de un à cinq romans
Catilinaire : lire de cinq à dix romans
Kobe : lire de dix à quinze romans
Rinri : lire les vingt-deux romans de l’auteur
Comme il m'en reste quelques-uns à découvrir pour être exhaustive, je me suis inscrite au niveau Mercure.

1/5 Premier roman publié d'Amélie Nothomb (1992), Hygiène de l'assassin est un long dialogue entrecoupé de quelques passages narratifs.
Un écrivain octogénaire, condamné par la maladie, accepte d'accorder quelques interviews, les seules de sa carrière, à des journalistes triés sur le volet. Le moment venu, il se délecte à déstabiliser son interlocuteur en l'attaquant par son point faible. Quatre journalistes se font hacher menu. Le cinquième est un adversaire à sa mesure dans le jeu de la répartie.
C'est théâtral, incisif, brillant, comme Le souper entre Talleyrand et Fouché, drôle également puisque le lecteur est suspendu au moment de l'hallali, celui où l'écrivain, après s'être joué de son interlocuteur, va le disqualifier. Misanthrope et obèse, il méprise tout son entourage : s'il n'est pas tendre pour ses critiques, il ne ménage pas même ses lecteurs.
Seule une jeune femme passe ses barrages : elle mesure l'enjeu intellectuel du combat auquel se livre le vieil homme sans scrupules. Elle semble bien documentée sur lui et surtout elle a tenu compte des précédentes interviews. C'est elle qui va l'amener droit dans ses filets. Son objectif est de lui faire avouer pourquoi il a cessé d'écrire 22 ans auparavant, tout en donnant la clef dans le roman inachevé qu'il a publié de son vivant.
L'auteur montre déjà un art consommé dans la conception de personnages hors normes : l'écrivain obèse, hanté par un idéal de pureté, démonté par une petite bonne femme qui n'a pas peur d'affronter un mythe. Derrière l'écrivain encensé par la critique, l'homme est aussi abject que ses relations humaines le laissaient prévoir.
Après avoir lu plus de la moitié de ses romans, je peux dire qu'Amélie Nothomb montre une prédilection pour les sujets difficiles, mais je la préfère dans ses romans "autobiographiques".
Lu le 9 février 2014

 
Challenge Amélie Nothomb (16/22)
2- Le Sabotage amoureux 1993 LU
3- Les Combustibles (théâtre) 1994
LU
 4- Les Catilinaires 1995 LU
5- Péplum 1996
6- Attentat 1997
7- Mercure 1998
8- Stupeur et Tremblement 1999
LU 
Brillant comme une casserole, Bruxelles, 
in La pierre d'Alun (La petite pierre, no 11), 1999
9- Métaphysique des tubes 2000
10- Cosmétique de l’ennemi 2001
LU
11- Robert des noms propres 2002 LU 
12- Antéchrista 2003 LU 
13- Biographie de la faim 2004
14- Acide sulfurique  2005
LU 
15- Journal d’hirondelle 2006 LU 
16- Ni d’Eve ni d’Adam 2007 LU
17- Le Fait du Prince 2008
LU
18- Le voyage d’hiver 2009 LU 
19- Une forme de vie 2010 LU 
20- Tuer le père 2011 LU 
21- Barbe Bleue 2012 LU
22- La Nostalgie Heureuse 2013
LU

samedi 8 février 2014

Le manuel du serial killer

challenge 50 états, 50 billets :

Harvard et Devens, MASSACHUSETTS (bis)
 ABC Polar : M
Le manuel du serial killer de Frédéric Mars
Extrait de la quatrième de couverture :
Alors, je vous la raconte ou pas, cette suite ?
Non.
Je vais plutôt vous parler de moi. C'est ça, de moi seul.
La mort est en moi. Là, dans ma tête. Elle y a toujours été comme chez elle.

Ainsi parle Thomas Harris, entraînant le lecteur dans son jeu : délire, confusion, manipulation... le récit accumule les incertitudes. A la moitié du roman, je pense tenir une piste, pour me retrouver dans l'impasse. Les limites sont floues, aucun personnage n'est fiable, la vérité échappe. 
Frédéric Mars compose une trame à plusieurs voix, matérialisées par une système complexe de graphies différentes : le roman, les compte-rendus de séances et le Manuel lui-même dont le plan et des chapitres entiers sont reproduits, les fac-similés de documents et la voix-off qui se parle à elle-même. Un peu à la façon du film Swimming with Sharks, la construction du récit fait feu de tout bois, par le biais d'allusions, de rapprochements (comme par exemple Killin et killing) et jusqu'à la déconstruction finale, stupéfiante. En dépit des indices glissés dans le plan, l'ensemble donne l'impression d'être dans un rêve ou plutôt un cauchemar éveillé. Le principe du livre dans le livre est largement exploité avec quatre larges extraits du Manuel, lui même divisé en trois parties et suit une chronologie très précise, voire maniaque, puisqu'il est supposé retracer la pensée d'un psychopathe : la révélation (30/09-26/10), l'apprentissage (27/10-30/10), le partage (31/10-01/11/2011), 8/05/2013     15/12/2012     01/11/2012 exécution
Une découverte époustouflante de l'auteur qui en appellera d'autres.
J'ajoute quelques mots sur la couverture, que je trouve très intelligente car elle donne des clefs sur le roman mais ne dévoile pas les serrures. Le cachet effervescent dans le verre associé à la couleur rouge, dérangeante, m'a évoqué une trop grande prise d'aspirine qui possède la propriété de fluidifier le sang et peut par exemple provoquer des saignements de nez.