J'ai abandonné toutes mes lectures en cours pour retrouver avec plaisir les premières aventures de Manse Everard au sein de La patrouille du temps.
Les paradoxes et thématiques utilisés par Connie Willis dans
Sans parler
du chien appartiennent déjà en grande partie à l'univers décrit par Poul
Anderson.

J'ai l'intention de découvrir les trois autres tomes de la série, soient un peu plus de 1500 pages et de répondre
enfin, par la même occasion, au Défi des mille de Fattorius : 278 pages +286 pages + 291 pages + (512 pages)

Les cinq histoires qui composent ce premier volume réédité chez Bélial sont très différentes et je me suis souvenue de mon émerveillement à la première lecture de ma préférée, Les Chutes de Gibraltar, quand l'Atlantique s'est déversé par les colonnes d'Hercule dans le tout nouveau bassin méditerranéen situé trois mille mètres en contrebas. C'est la plus esthétique et elle contient à peine un évènement spatio-temporel.
Après une présentation du contexte et de la première mission du personnage central, recruté à New York au milieu du XXème siècle, les autres parties explorent des contextes historiques spécifiques :
Tome 1 : les guerres médiques si Cyrus II n'avait pas unifié les Mèdes et les Perses (Le grand Roi) ; l'expansionnisme sino-mongol si Kubilaï Khan avait conquis le Nouveau monde avant les Espagnols (Echec aux Mongols) ; les guerres puniques si Hannibal et son armée d'éléphants avaient écrasé Rome (L'autre univers)
Lu le 26 mai 2013
Tome 2 : Tyr la pourpre et ses ruelles bondées, sous le règne du roi Hiram, au Xe
siècle avant notre ère (
D'or, de singes et de paons) ; la brutalité des mondes goths, peu avant la
chute de Rome, au temps où les dieux parcouraient encore la Terre ; les
mystères du Paris des Templiers, sous le règne de l'implacable Philippe
le Bel
Lu le 26 juillet 2013 au dépôt légal de la BM d'Angers
Tome 3 : Rome et ses guerres dans les marches de l'Empire, au sein des royaumes du Nord, au tout début de l'ère chrétienne (Stella Maris), puis le XVIe siècle des frères
Pizarro, en plein Conquista espagnole (L'année de la rançon)
Lu le 16 septembre 2013
Tome 4 : la suite de L'année de la rançon en Asie mineure (Des femmes et des chevaux), l'Amérique du Nord au Pléistocène (Beringie) et une grosse secousse du temps pour le final (Stupor mundi)
Lu le 16 janvier 2014
Le tome 2 :
Le patrouilleur du temps, comprend trois histoires dont Manse Everard n'est pas le héros principal. Devenu rapidement un non-attaché, un des plus hauts grades de la Patrouille, autonome et indépendant, ne rendant compte que devant ses pairs et les Danelliens, il circule d'une période à l'autre et pare aux dégâts.
La première aventure
le trouve aux prises avec Merau Varagan, un Exaltationniste des siècles futurs, sorte de terroriste qui entend arracher le secret du transmuteur de matière par des attentats dans le passé susceptibles de compromettre définitivement l'avenir : par exemple, empêcher la construction du temple de Salomon par le destruction du modèle de civilisation développé à Tyr. Manse y fait l'acquisition d'un fils putatif, Punm, un brillant petit orphelin plein de débrouillardise et d'à-propos, qu'il va former pour qu'il intègre la Patrouille comme agent local.
Le chagrin d'Odin le Goth raconte l'histoire de Carl Farness, un historien spécialiste des épopées scandinaves et particulièrement des Ostrogoths. Cette histoire m'a assez peu convaincue : Carl ne se contente pas d'un rôle d'observateur, il passe son temps à enfreindre les règles de la Patrouille, comme avoir un enfant avec une femme du passé puis il ne cesse d'intervenir dans la vie de ce clan ; la sanction est à l'égal de la faute.
La mort et le chevalier entraîne le lecteur chez les Templiers juste avant leur funeste destin et un patrouilleur qui n'a pu résister à la tentation de sauver son compagnon d'armes, maître et ami.
Dans ces deux situations, Manse intervient pour rectifier les erreurs de personnages trop impliqués. Lui même est un solitaire, de par son statut, plus encore que la plupart des autres patrouilleurs.
J'aime bien le principe de ces uchronies qui se rebouclent : puisque telle est l'Histoire, le cours de choses doit advenir et le rôle de la Patrouille, fondée par les Danelliens au moment où l'humanité découvre le voyage dans le temps, est de veiller à ce qu'aucun voyageur imprudent ou malveillant ne vienne nuire à leur avenue.
Le tome 3 :
La rançon du temps
Stella Maris, où une historienne prend trop à coeur la vie des populations qu'elle étudie, rejoint un peu, par le ton et par la chute, la thématique de La tristesse d'Odin le Goth.
L'année de la rançon
Les Exaltationistes sont des voyous temporels qui n'hésiteraient pas à semer le chaos dans l'Histoire pour récolter pouvoir et richesse. Leur dernier projet de "casse" temporel n'est rien moins que voler la fabuleuse rançon exigée des Incas par Pizarro contre la libération de leur chef Atahualpa. Manse Everard s'est fait un défi personnel de capturer leur chef Merau Varagan et d'éliminer définitivement le risque qu'il représente.
L'aventure permet de connaître un peu mieux les méthodes de recrutement de la Patrouille à travers les âges. Wanda Tamberly, la nièce préférée d'un patrouilleur, biologiste attirée par la paléontologie, devrait ainsi aller étudier sur le terrain les spécimens vivant.
Les tomes 2 et 3 abordent aussi la question des relations des patrouilleurs avec leurs amis, la disparition des proches, le secret absolu garantit par leur Conditionnement, alors que leur âge relatif ne fait que croître au fil des missions mais que les cures de jouvence ralentissent leur vieillissement.
Un propos qui peut être gênant également, la non-remise en cause de leurs interventions. Certes cela est posé comme hypothèse de départ puisque les Danelliens appartenant à un futur très lointain ont surveillé l'apparition du voyage dans le temps puis organisé son contrôle afin de ne pas disparaître avant d'exister. Il n'empêche que les divergences évoquées par l'auteur, corrigées parfois de manière radicale et cruelle par la Patrouille, sont intéressantes car elles questionnent l'évolution historique, mais sèment le doute sur le meilleur monde possible.

Tome 4 :
Le bouclier du temps
Les trois histoires sont assez diverses et reliées entre elles par de mini chapitres qui évoquent un problème potentiel, comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la Patrouille, alors qu'une enquête est en cours menée par un certain Guion ce qui fait monter l'inquiétude jusqu'au chapitre final.
Dans
Des chevaux et des femmes, Everard se trouve aux prises une dernière fois avec les Exaltationnistes, qu'il parvient à arrêter définitivement en la personne de Raor/Théonis, le clone féminin de Merau Varagan. Après la Colombie, le Pérou, la Phénicie, ils sont tombés dans le piège ménagé à leur intention dans la Bactriane antique.
Beringie raconte la première mission de Wanda après son recrutement par la Patrouille suite à son enlèvement par les Exaltationnistes. Biologiste spécialisée, elle étudie la faune et la flore du Pléistocène dans un bassin émergé compris entre l'Alaska et la Sibérie. Elle s'est liée avec de minuscules groupes humains archaïques, les Nous, alors qu'ils sont sur le point de subir l'invasion par l'Ouest de tribus beaucoup plus avancées. Ces épisodes situés dans des temps très reculés sont définitivement mes préférés. [Relire Rosny Aîné ?]
Stupor mundi montre la Patrouille face à sa plus grande peur avérée : l'incident qui n'a pas été anticipé et qui entraîne la destruction de leur monde connu au delà d'une certaine date. Au premier tiers du XIIème siècle, la défaite et la mort de Roger, roi normand établi en Sicile, face à la coalition de l'empereur germanique et du pape. Heureusement Manse Everard était en congés bien en amont et il organise la reconquête de leur futur avec une autre non-attachée et les quelques agents présents. Keith Denison, le patrouilleur qui avait pris la place du grand Cirrus roi des Mèdes, et l'incontrôlable Wanda sont de la partie également.
Une belle tranche de lecture qui s'achève : je suis à la fois satisfaite et triste d'aborder ce dernier tome, d'une
part parce que c'est une belle saga à travers les siècles et que j'ai
plaisir à retrouver Manse Everard dans de nouveaux feuilletons, d'autre
part parce que Poul Anderson n'a pas écrit de
nouvelle suite et que c'est vraiment la fin.