mercredi 22 juillet 2015

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie

Sur une île du sud de la Suède au Xème siècle, un homme élève seul ses deux fils. Säbjörn est constructeur de bateaux dans le Blecinga. Alors qu'ils étaient enfants, la mère de Kare et Svarte a tout simplement disparu sans laisser de trace. La ferme familiale ne les attire pas, ils veulent connaître l'aventure et naviguer au loin, pour guerroyer au-delà des mers à l'Ouest ou faire commerce sur les voies fluviales de l'Est.
De l'autre côté de la Baltique, à Kiev, vivent Chernek un marchand de soie et sa famille. Radoslav rêve de devenir soldat pour servir son prince, sa sœur Milka est une adolescente raffinée qui joue avec ses deux esclaves : Petite Marmite et Poisson d'Or. Mais la belle ville d'Orient tombe aux mains des pillards. Sans la protection de leur père qui vient d'être assassiné avec toute sa caravane, Radoslav et Milka trouvent refuge auprès de navigateurs venus du Nord. 
Ils sont recueillis sous le toit de Sädbjorn dont la rusticité commence par les dégoûter, mais la fille de soie, ses suivantes et son frère finissent pourtant par intégrer leur nouvelle existence, notamment grâce à Arnlog, la tante de Kare et Svarte, qui est une völva (à la fois prêtresse, devineresse et guérisseuse).
Un quasi coup de coeur
Après le style humoristique qui l'a fait reconnaître, le dernier genre auquel s'est attaquée Katarina Mazetti est la romance historique. Il est rare que j'en lise, encore plus rare qu'ils me plaisent, car je préfère souvent la lecture de ce qui s'affirme comme une fiction car alors le respect de la réalité historique interfère moins. En postface, l'auteur s'explique sur la part relative de ce qu'elle doit à son imagination et ce qui est le fruit de ses recherches documentaires. Sur le mode des saga, terme islandais pour qualifier un récit historique et familial en prose rapportant les hauts faits d’un ancêtre, elle aborde un sujet peu fréquent avec l'Europe scandinave à la fin du premier millénaire.
Même si le texte n'est pas exempt de certains clichés, il propose dans l'ensemble un dépaysement bien documenté et servi par un indéniable talent de conteuse. Emportée par l'histoire de cette famille, j'ai préféré éviter par principe les têtes de chapitre trop bavardes car je n'aime pas connaître par avance ce qui va se passer. On suit tous ces personnages sur deux générations dans les différents moments de leur histoire et on découvre avec un peu de surprise les conditions de vie des Vikings au quotidien, leur organisation territoriale et clanique sans véritable contrôle étatique, leurs prouesses de navigateurs et l'ampleur des échanges commerciaux avec l'Europe, la vérité d'une économie basée, plus encore que le pillage, sur le trafic d'esclaves utiles à l'entretien des fermes et des champs, l'importance des femmes et leur rôle dans la vie domestique mais aussi religieuse.

L'info en +
Marins venus du Nord, ils partaient loin de leurs rives pour accomplir des raids fructueux. Commerçants avant tout, ils ont développé des voies commerciales denses. Navigateurs talentueux, ils ont parcouru l’Europe, favorisant les brassages ethniques et culturels et dépassant les clivages de l’Europe de l’époque. Les Vikings ont aussi, avec Rollon, expérimenté de nouvelles formes de gouvernement. 

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