à tel point que je le mets dans ma liste des livres à emporter sur une île déserte car le roman de Tarek Issaoui est complet et a d'énormes qualités : esthétique, scientifique, idéaliste, romanesque...
Un mathématicien associé à des physiciens a découvert par le calcul la forme de l'univers, précédant de plusieurs années le retour des données du satellite Planck. Il s'apprête à publier l'article conclusif de ses recherches, qui intéressent beaucoup le groupe restreint des scientifiques de ce domaine, mais pourraient aussi avoir un impact sur l'imaginaire de la population. Au point de départ, il nous entraîne dans le monde des mathématiques et
jusqu'aux confins de l'univers. En seconde partie, il invite de manière
inattendue à une visite poétique, mystique, contemplative de Mauna Kea
(un volcan sacré pour les natifs), dans l'archipel d'Hawaï. J'ai aimé de bout en bout cette ballade dans les nombres et les étoiles, entre science fiction et vulgarisation scientifique, une approche plus littéraire que celle d'Hubert Reeves, mais qui le rejoint sous l'aspect de l'art de communiquer sa passion.Des images pour faire rêver (le texte qui suit est extrait de l'article d'Akram Belkaïd sur Agora Vox) :
« En fouillant dans les piles, mélangées, raconte ainsi le narrateur, je suis également tombé sur la Maison des Feuilles [l'oeuvre déjà culte de Mark Z. Danielewski] .
Je me suis arrêté, étonné. Je l’avais oublié, et pourtant, ce livre a
beaucoup compté pour moi. Il aborde des points clés. Dix ans durant,
dans l’anonymat, Danielewski a travaillé sur cette description d’une
maison isolée, dont les caves et les espaces morts se contorsionnent et
se déplient à l’infini aufur et à mesure que ses habitants les explorent. [...]
J’ai réalisé en le lisant que la géométrie ne pouvait se concevoir indépendamment de l’écriture et du regard. » Et de citer dans la foulée le fameux paradoxe qui a longtemps intrigué l’humanité : « Si
nos nuits ne sont pas blanches, si nous ne voyons pas les rayons
lumineux de toutes les étoiles, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont
pas encore eu le temps de nous parvenir. » Ce paradoxe a été expliqué par Edgar Poe avec un demi-siècle d’avance sur les physiciens. « Pourquoi les poètes, les écrivains, les artistes prennent-ils de l’avance ? » s’interroge alors le narrateur. « Logiquement,
parce que leurs armes sont plus adaptées. Les choses les mieux cachées
ne sont pas accessibles au seul raisonnement. » Dans le même passage, le narrateur fait cet aveu : « la primauté de la poésie sur le formalisme mathématique en dit précisément long sur la nature de l’univers ».Une autre personnalité est présente dans le roman. Il s’agit d’Alexandre Grothendieck, mathématicien de génie - il a obtenu la
médaille Fields en 1966 - qui, à la fin de sa carrière s'est retiré en
ermite du côté des Pyrénées. Son œuvre, Récoltes et semailles, a elle aussi influencé le narrateur dans sa quête pour découvrir la forme de l’univers. « Dans le domaine des idées, affirme-t-il, on ose moins en groupe. Grothendieck, toujours dans Récoltes et semailles, parlait
de l’importance d’être seul pour celui qui cherche. Il l’a mis en
pratique en vivant reclus. J’aurais également tendance à contredire
Einstein, pour affirmer qu’il faut et qu’il faudra toujours des gardiens
de phares.[Einstein a prédit la fin des chercheurs isolés du fait de la complexité croissante de la science]. Bien sûr, il existe de moins en moins de phares, d’endroits physiques ou mentaux d’où l’on puisse se poster face à l’horizon infini. Le progrès implique que le regard bute vite sur un terrain connu ou construit . Et pourtant, que ce soit aujourd’hui ou même dans mille ans, les avancées majeures, les ruptures qualitatives ne viendront ni d’une foule ni d’un consensus, ni même d’un travail en réseau. »


50 billets, 50 états
Mauna Kea, HAWAI bis


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