Les dents du topographeA travers les souvenirs d'un jeune homme célibataire, écartelé entre son héritage culturel et familial et les enseignements reçus au lycée français de Casablanca, Fouad Laroui signe son premier roman et livre une chronique, sans concession mais pleine d'humour, de la difficulté de vivre pour une partie de la jeunesse marocaine.
Prix Découverte Albert-Camus 1997
Lu le 1er février 2010 dans le cadre du challenge ABC
Une année chez les Français
Mehdi Khatib, à peine sorti de son petit village du "pays de la faim", se retrouve du jour au lendemain dans la capitale, en internat. Désorienté, il doit tout apprendre des codes en usage dans l'illustre lycée français. Bien que tout lui soit source de dépaysement, il finit par s'adapter au collège et à la vie scolaire, et développe rapidement un goût prononcé pour les mathématiques, l'histoire et la géographie (il sera ingénieur par la suite, voir son premier roman ci-dessus), ainsi qu'une véritable fascination pour le français : les vocables inconnus qu'il savoure à la manière des bouquets de mots de Balzac* envahissent son imaginaire. Au délicat exercice de la rédaction "banale" sur les dernières vacances, il répond par un savant tissu de clichés littéraires empruntés à des lectures évocatrices, sans aucune consistance réelle pour lui (chapitre 13), mais qui lui vaut un 17/20 satisfait de la part de l'enseignant.
Au-delà des aventures du petit Nicolas marocain que certains y ont vu, Une année chez les Français raconte les difficiles aspirations d'un petit garçon à une certaine normalité : modèle culturel français, modèle familial... Il se sent souvent un intrus, un imposteur (les termes reviennent à de multiples reprises), piégé entre les deux communautés : ni français de souche, comme son camarade de classe Denis Berger et si peu marocain dont il ne parle pas et comprend à peine le dialecte. Le signe manifeste de son échec d'intégration chez les Français réside dans cette main paternelle qu'il espère lorsqu'il passe les week ends chez les Berger, mais qui ne se tend pas.
Par ailleurs, il vit une année décisive qui l'éloigne à jamais de sa parentèle et de la communauté villageoise : lorsqu'enfin il est reçu dans sa proche famille à Casablanca, qui s'est si peu souciée de lui au point de le laisser passer week ends et vacances seul à l'internat, il est heureux de cette appartenance chaleureuse à un foyer retrouvé, mais les livres lui ont ouvert les portes d'un monde bien plus vaste qui l'appelle désormais.
* in Gaston Bachelard, Poétique de la rêverie, chap.1 : " Balzac, en ces pages où le roman s'arrête tandis que s'assemblent les bouquets, est un rêveur de mots. Les bouquets de fleurs sont des bouquets de noms de fleurs."
Lu le 4 janvier 2011
Le hasard conduit Adam Serghini, jeune professeur d'économétrie, à l'université d'York en Grande-Bretagne. Déconcertés par les autochtones, il décide de leur appliquer les règles utilisées par les ethnologues occidentaux dans l'étude des peuples primitifs. Il identifie le pub anglais à un substitut de l'arbre à palabres et prend ses quartiers au Blue Bell, fréquenté par ce qu'il va considérer comme son échantillon de population. En la personne de l'excentrique Cordelia " Cruella ", il ne tarde pas à faire la connaissance de (comprendre : se faire interpeler et accaparer par) un spécimen exceptionnel pour son étude de cas. Arrogante et excentrique, fortune faite sur le dos de deux maris, elle se présente à lui comme la femme la plus riche du Yokshire.
Fouad Laroui peine à comprendre les Anglais qui le lui rendent bien. Ce livre, résultat plus humoristique que scientifique de son séjour en terre d'Albion, est la synthèse de son observation des rites et moeurs indigènes qui l'étonnent ou lui donnent matière à réflexions, consignées au jour le jour dans son petit calepin imperméabilisé.
Lu le 12 juillet 2011
L'étrange affaire du pantalon de Dassoukine
Mandaté à Bruxelles pour acheter au meilleur prix du blé européen dont son
pays a grand besoin, le susnommé se retrouve fort
démuni quand des malhonnêtes volent dans sa chambre d'hôtel son unique
pantalon. Mais ce jeune fonctionnaire marocain sur les épaules duquel reposent tous les espoirs d'un gouvernement n'est pas sans ressource...
La première nouvelle qui ouvre ce recueil lui prête son titre. C'est d'ailleurs également la meilleure. Deux ou trois autres sont juste plaisantes. Une ressemble à un exercice de style à la Raymond Queneau. J'ai été globalement déçue après un parcours sans faute à travers les précédents romans de Fouad Laroui. Ce titre m'a été offert dans le cadre du dernier mini-swap et je l'avais inscrit dans ma liste en toute confiance envers l'auteur, renforcée par la reconnaissance du prix
Goncourt - Nouvelle - 2013.
Je vais lire néanmoins le dernier paru qui est disponible à la bibliothèque.
Mandaté à Bruxelles pour acheter au meilleur prix du blé européen dont son
pays a grand besoin, le susnommé se retrouve fort
démuni quand des malhonnêtes volent dans sa chambre d'hôtel son unique
pantalon. Mais ce jeune fonctionnaire marocain sur les épaules duquel reposent tous les espoirs d'un gouvernement n'est pas sans ressource...La première nouvelle qui ouvre ce recueil lui prête son titre. C'est d'ailleurs également la meilleure. Deux ou trois autres sont juste plaisantes. Une ressemble à un exercice de style à la Raymond Queneau. J'ai été globalement déçue après un parcours sans faute à travers les précédents romans de Fouad Laroui. Ce titre m'a été offert dans le cadre du dernier mini-swap et je l'avais inscrit dans ma liste en toute confiance envers l'auteur, renforcée par la reconnaissance du prix
Goncourt - Nouvelle - 2013.Je vais lire néanmoins le dernier paru qui est disponible à la bibliothèque.


3 commentaires:
Tu l'as emprunté en médiathèque? Si oui, laquelle? Je le lirais bien.
à la médiathèque de St Denis : une spéciale nouveautés sur les prétendants au prix du roman métis,
mais dommage je l'ai rapporté hier !
j'ai trouvé cette lecture très agréable, très drôle, mais j'ai trouvé qu'elle stéréotypait parfois un peu les personnages...
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