lundi 21 mars 2011

Polynie

Grâce à un partenariat avec BoB et les éditions Robert Laffont que je remercie tous les deux, je viens de recevoir un roman " polaire " de la rentrée littéraire d'hiver 2011 dont le titre évoque une étendue d'eau
libre ou recouverte d'une mince couche de glace qui se forme au sein d'une banquise en période estivale. Dans la continuité du Journal intime d'une prédatrice de Philippe Vasset, Mélanie Vincelette va m'entraîner en Arctique, aux antipodes de mes lectures sur le Grand Sud !
Présentation de l'éditeur :
On a retrouvé le corps sans vie de Rosaire Nicolet dans une chambre d'hôtel de la ville d'Iqaluit, une toute petite bourgade près du cercle polaire. Qu'est-il arrivé ? Tout le monde aimait Rosaire, cet ardent défenseur de la cause des Inuits, ce robuste gaillard toujours joyeux, ce beau parleur qui racontait aux dames de si jolies histoires. Quand il apprend cette mort, Léandre est bouleversé. Il part à Iqaluit reconnaître le corps de son frère. Mais une fois sur place les certitudes de Léandre fondent comme neige au soleil. Sans être un parfait salaud, Rosaire n'était pas un ange non plus. Sa mort demeure étrange… Mélanie Vincelette avait reçu le prix Anne-Herbert en 2007 pour "Crimes horticoles" (Éditions Robert Laffont). On retrouve dans "Polynie" le ton unique, drôle et poétique de cette jeune Canadienne qui s'impose comme une voix majeure de la littérature francophone.

Les deux frères Nicolet vivent à proximité du cercle arctique.
Ambroise est cuisinier dans une concession minière sur l'île de Baffin. Il est amoureux de Marcelline, une belle glaciologue qui fait pousser des fraises sous serre, mais il est loin d'être le seul.
Rosaire, un brillant avocat en droit international spécialisé dans la cause inuit, vit à Inaquit. Il est retrouvé mort, empoisonné par un excès de vitamine A, dans une chambre d'hôtel minable " le cercle polaire ".
La recherche d'un mobile et d'un coupable donne à Ambroise l'occasion de se questionner sur leur relation fraternelle et sur la personnalité de celui qu'il croyait connaître " comme un frère ".

Polynie est un roman que j'ai lu avec intérêt et agrément mais qui ne m'a pas convaincue.

Comédie sentimentale ? Marcelline est une femme libre, dont le coeur n'est pas facile à prendre : Ambroise a pour principal rival Tommy, natif de la région et paré de son aura de pilote : il ne peut lui opposer que sa timidité envers les femmes et les petits plats qu'il cuisine avec amour (c'est un livre qui donne envie de le lire une fourchette à la main... avec d'appétissantes recettes à chaque détour de chapitre).

Comédie de moeurs ? Les jolies jeunes femmes inuits sont présentées comme des intrigantes qui n'hésitent pas à descendre au Sud, à Montréal, et à se prostituer avant de trouver le mari idéalement riche : Marie-Perle, qui a séduit Brice de Saxe-Majolique, prince et propriétaire de la mine mais ne l'aime pas, Lumi la dernière petite amie de Rosaire, qui a pour habitude de faire prendre des assurances-vie dont elle est la bénéficiaire à ses soupirants.

Intrigue policière ? Les si nombreuses pistes suggérées sont finalement abandonnées lors du dénouement qui tourne un peu court avec l'intervention d'un " deus ex machina " : les aveux rapides d'un outsider, dont les raisons sont bien moins convaincantes que celles d'autres suspects.

Intrigue historique ? Rosaire a suivi les traces de leur ancêtre, Jean Nicolet, qui avait tenté d'ouvrir une nouvelle voie - septentrionale - vers les richesses de l'Asie sur la base d'une carte maritime volée et détenait peut être la preuve que les Chinois auraient devancé Christophe Colomb en Amérique

Chronique ethnographique ? Les revendications des grandes puissances et les difficultés des autochtones à faire reconnaître leur droit ancestral sur le grand nord canadien, la description des conditions de vie arctiques et de l'exploitation des ressources minérales sont certes dignes d'intérêt, mais elles ne font qu'effleurer la réalité inuit et n'atteignent pas à la truculence et à la vigueur des racontars d'un John Riel, même si j’en apprécie modérément les écrits.

Globalement, cela m'a donné l'impression d'une extrême touffeur et d'un manque de profondeur.
Je comprends mieux mon sentiment depuis que j'ai lu que l'auteur envisage d'écrire un autre roman dans le même univers : « J’écrirai certainement quelque chose d’autre avec cette ganglà, pour un prochain roman. Je pense en faire un dont l’intrigue se passerait dans un village de pêche sur la glace. » et qu'elle a travaillé cinq années à la réécriture de ce texte : « J’ai enlevé des pages et des personnages, comme lorsqu’on fait bouillir la sève d’érable et que ça devient du sirop, pour garder le plus "sucré" d’une certaine manière. ». 
A mon avis, elle n'a au contraire pas assez édulcoré et elle a encore gardé trop de matière pour un seul ouvrage, ce qui ne nuit en rien à sa qualité d'écriture mais disperse l'attention du lecteur dans trop de directions divergentes et aboutit à une insatisfaction, quand l'intérêt éprouvé pour certains aspects du roman se trouve un peu floué.

3 commentaires:

Mo' a dit…

moi aussi c'est bien arrivé !! mais ce n'est pas BOB, c'est le Vent printanier ^^ Une belle découverte en perspective ^^ Merci à toi !!

XL a dit…

oui une belle BD et qui peut se lire séparément du premier volume
j'étais contente quand j'ai su qu'elle t'était destinée (arf arf)

Kathel a dit…

Ben, je ne veux pas te contrarier, mais "Voisins voisines" concerne la littérature européenne seulement... et il y a déjà pas mal à faire avec ! ;-) Il va falloir que tu lances un défi littérature québécoise, s'il n'existe pas déjà.