jeudi 26 mars 2015

Elle voit des rhino partout [6]

Rendez-vous le mercredi 25 mars à partir de 7h pour une opération Masse Critique dédiée à la littérature jeunesse de 0 à 15 ans et recevez un livre jeunesse en échange d'une critique.

Devinez quoi ? je sais déjà pour quel livre je vais jouer :
Pas si facile d'avoir un animal de compagnie. Quand la maman de Rita refuse de lui acheter un animal de compagnie, elle se rend au zoo et revient avec. un rhinocéros ! Mais avoir un rhinocéros dans un appartement est bien plus compliqué qu'elle ne l'avait imaginé ! Une hilarante et loufoque histoire de Tony Ross sur les joies et les inconvénients d'avoir un animal domestique !

ça me rappelle un peu la nouvelle de Beagle... Lu le 19 septembre 2013
challenge Totem chez Liligalipette (lui donner la liste de mes billets " elle voit des rhinos partout ")

Le rhinocéros qui citait Nietzsche
Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle étrangère, 2004
D'habitude je traque les rhinocéros qui se cachent dans le texte, mais là - oh bonheur - il trône dans le titre, sur la couverture et fait même l'objet d'une nouvelle à part entièrement. Joie de courte durée car d'emblée, l'auteur m'assène un choc imprévu :
Il ressemble à un rhinocéros, marche comme un rhinocéros, et - grands dieux ! - empeste le rhinocéros. Mais il affirme être une licorne. Difficile, même pour un professeur de philosophie, de lui faire entendre raison... La discussion s'emballe entre le vieux célibataire un peu bougon et l'étrange animal croisé au cours d'une visite au zoo où il a mené sa nièce. D'abord incrédule (comme le lecteur) lorsque le narrateur entend le rhinocéros l'interpeler, il revient seul, pour une seconde confrontation et cette fois, le rhinocéros le précède à son domicile. Mais si l'encombrant compagnon adore se servir de la salle de bain, il se fait tout petit et discret quand le professeur reçoit des visites. Bientôt, il préfère se confiner dans l'appartement et tenir des discussions à n'en plus finir, où l'érudition le dispute aux positions arrêtées de l'un ou de l'autre.

J'ai beaucoup aimé les Contes et légendes, d'abord des régions de France, puis du monde entier. Je retrouve ce plaisir intact à la lecture des nouvelles inédites de Peter Soyer Beagle, l'auteur de La dernière licorne et du Magicien de Karakosk, réunies dans ce recueil :
1. le professeur Gottesman et le rhinocéros indien
2. Entrez Lady Death (Une vieille lady richissime invite la mort au dernier grand bal qu'elle donne)
3. Lila le loup garou (La petite amie du narrateur se révèle être une louve-garou)
4. La licorne de Julie (La petite-fille d'une sorcière délivre une licorne prisonnière d'une tapisserie)
5. Le naga (Un texte de Pline l'ancien raconte la vie d'un roi indien, époux secret d'une hydre devenant femme chaque nuit)
6. Une danse pour Emilia (L'esprit d'un vieil homme décédé occupe et anime le corps d'un félin domestique)

Chacune des nouvelles de ce recueil recomposé par Folio est un petit bijou fantastique à la limite de la réalité tangible. Un petit élément fait basculer les protagonistes dans un monde irréel : le rhinocéros qui s'enfuit du zoo, la licorne qui tombe de la tapisserie où elle est retenue depuis des siècles, l'ami disparu qui s'incarne dans la chatte de la maison pour abriter le dernier rêve d'un homme, la compagne un peu fantasque qui fait place à une louve certains soirs particuliers... Ensuite, la magie opère avec une tendresse voilée de tristesse, un souci d'autrui, un sorte de charme commun à tous les textes. Les animaux merveilleux ou mythiques choisissent soigneusement auprès de qui ils vont révéler leur nature, le reste du monde est tenu à l'écart. Le réalisme n'est jamais perdu de vue, mais l'absurdité tient au décalage de la situation de départ  « Lila Braun vivait avec Farrell depuis trois semaines quand ce dernier découvrit qu’elle était un loup-garou ».

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