vendredi 29 mars 2013

Le passeur


Automne 2014 : j'ai vu le film The giver : moins de densité mais sinon le livre n'est (presque) pas trahi, les personnages incarnés sont crédibles et l'aspect lisse trop policé de la communauté est bien rendu, un beau diaporama en couleurs pour illustrer le passage des souvenirs.

Jonas est un " nouveau 12 ans ". Au cours d'une grande cérémonie annuelle de passage dans l'année supérieure, il se verra attribuer, comme tous les enfants de son âge, sa future fonction dans la communauté. Or, une faveur unique, exceptionnelle lui est faite : il sera le futur Passeur !
Après la classe qu'il partage avec tous ses camarades, il commence sa formation et son entraînement auprès de l'ancien Passeur, qui lui apprend son rôle Il débute par les scènes de bonheur paisible ou intense, mais alterne aussi, pour l'endurcir, avec de brefs souvenirs de cruauté, de douleur, de désespoir. Il le charge peu à peu de tous les moments heureux mais aussi du fardeau des générations passées. Le Passeur se souvient à volonté. Il est le dépositaire de la mémoire, la seule personne qui détient véritablement le savoir, la connaissance du monde avant que la guerre, le chômage, la pauvreté, le divorce ne disparaissent.

Pour libérer l'être humain de l'envie et du malheur, les sentiments, la haine comme l'amour ont été éradiqués. Sans inégalités, sans soubresauts, mais également sans animaux, sans couleurs ni musique, sans excitant d'aucune sorte, un monde harmonieux mais rigidifié a vu le jour. Seul le Comité des sages et le Passeur connaissent la vérité sur la vie d'avant. Les couples sont appariés dès le plus jeune âge pour former des familles où la désobéissance et la révolte n'existent pas. Des enfants, mis au monde par des mères porteuses dans le nurserie, leur sont confiés à élever.
Jonas apprend que le précédent candidat, un individu féminin dont l'évocation est désormais interdite, a trouvé la charge trop lourde à porter et a renoncé au bout de cinq semaines, préférant demander son élargissement, terme qui désigne la cérémonie de fin de vie habituellement réservée aux nouveaux nés surnuméraires, trop fragiles et aux anciens. Seulement Jonas a été bien mal choisi et il va déroger, s'attacher à un de ces enfants déclarés inaptes.

Je trouve que le roman de Loïs Lowry ne s'adresse pas totalement à la jeunesse. Son lectorat peut se retrouver dans les héros qui sont pré-adolescents et qui possèdent un signe distinctif, un pouvoir par rapport aux autres qui les rend unique et peut faire rêver dans un premier temps. Mais le revers de la médaille est bien difficile à supporter.
Dans Le passeur, elle décrit un monde sans soleil, sans couleurs et sans musique où l'étrangeté le dispute à l'horreur. Le discours de propagande tenu par les seuls dirigeants, les " sages " , leur vante les bienfaits de l'Identique, du stéréotype, de la conformité. L'oubli des sentiments, artificiel et vraisemblablement imposé à un moment de l'histoire de cette communauté bien que l'auteur ne s'en explique pas, livre les habitants à l'apathie et à la pensée unique.

L'élue, la suite... ?

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