lundi 25 mars 2013

Cinq mille kilomètres par seconde

Fauve d'or Angoulême 2011
L'album est paru chez Atrabile collection Flegme.
Entre Italie - Norvège - Finlande, Manuele Fior raconte une histoire à la Jules & Jim entre Lucia, Nicola et Piero. A 16  ans, elle emménage avec sa mère fraîchement divorcée, en face de l'épicerie du père de Nicola. A 20 ans, elle part en stage à Oslo et rompt avec Piero. Elle rencontre Sven, le fils de sa logeuse. Quelques années plus tard, elle est enceinte mais quitte Sven et la Norvège pour rentrer chez elle. Piero est devenu un archéologue réputé qui partage sa vie entre les fouilles d'Assouan, l'Italie et Cinzia, enceinte elle aussi. A 30 ans, Lucia a refait sa vie et trouvé un certain équilibre tranquille. Ont-ils ce dont ils ont rêvé adolescents ?

Cet album m'a touchée car il parle de mobilité géographique, du sentiment d'appartenance et de déracinement vécu par tout exilé, quelle que soit sa motivation au départ. Extrait :
« Nous ne serons jamais vraiment d'ici mais en partant nous avons aussi cessé d'appartenir à l'endroit que nous avons quitté. Nous serons toujours des étrangers ici et avec le temps nous le devenons également aux yeux de ceux que nous aimons. Nous croyons être libres. En vérité, nous sommes des exilés, des âmes égarées. »
Cela me rappelle le proverbe inventé par Eric Rohmer en ouverture du conte Les nuits de la pleine lune :  « Qui a deux femmes perd son âme. Qui a deux maisons perd sa raison. »

Techniquement, je le trouve plutôt réussi. Tout est travaillé en couleurs directes et je trouve que ce parti pris bi-chromatique réussit à donner une touche très personnelle et suggestive à la narration. La plupart des planches exploitent deux couleurs, qui correspondent à des ambiances chaudes ou froides : par exemple, toute la première partie est dans des registres jaune et vert, ensuite l'exil de Lucia en Norvège se traduit par l'irruption massive du bleu, alors pour le premier séjour de Piero en Egypte, on retrouve le vert et un orangé plus soutenu qui contraste avec les parties rêvées/fantasmées dans les tons ocres avec des touches brutales de rouge... Au coeur de l'album, presque toutes les couleurs sont représentées, alors que dans le dernier versant, les retrouvailles de Piero et Lucia sont dans les pourpre et lavande, pour finir sur un épisode passé sous silence en première partie et qui explique l'ambiguïté des rapports entre le trio d'amis.

Par comparaison, l'album Elisa, qui parle un peu d'un sujet similaire, les amours adolescentes et les engagements pour la vie, les promesses rompues et les arrangements avec soi même concédés à l'âge adulte, avec une technique assez proche graphiquement, m'a beaucoup moins enthousiasmée, que ce soit pour le fond ou sur l'aspect formel. (commentaire à venir)

2 commentaires:

Mo a dit…

Techniquement, superbe oui. Les aquarelles sont très réussies. Côté scénario, un récit un peu lent mais ça colle très bien avec les différentes personnalités des personnages en présence

Piplo a dit…

TRès joli billet!