samedi 30 novembre 2013

Amore 14

Federico Moccia est scénariste pour le cinéma. Sa carrière littéraire a démarré en trombe avec un premier titre sur le thème des amours adolescentes 3 mètres au dessus du ciel, qui a fait beaucoup de bruit. Dans la même veine, Amore 14 raconte une année de la vie d'une jeune romaine de 13 ans 1/2 et a été adapté au cinéma en 2009.


Caro (Carolina) est dans sa dernière année de collège. Elle vit à Rome avec ses parents, un père un peu aigri et une mère effacée mais attentive, un frère en pleine rébellion qu'elle idolâtre (Giovanni dit Rusty James) et une soeur qui se désintéresse de la vie de famille Ale (Alessandra).
Elle a des bons copains Filo et Gibbo et deux meilleures amies : Alis (Alice) fille de divorcés, pleine aux as, belle et snob et Clod (Claudia) de famille plus modeste et qui gère comme elle peut un embonpoint lié au fait qu'elle ne sait pas résister pas à la nourriture.

A l'âge des premiers troubles, premiers baisers, premières tentatives de séduction, mais aussi des amitiés inébranlables, des engagements "pour la vie" et de la compétition entre initiées " expérimentées " et profanes, Caro attend impatiemment ses 14 ans comme l'horizon où il va enfin lui arriver quelque chose d'inoubliable.
Cette attente se cristallise autour de la personne de Massi (Massimiliano) qu'elle a croisé au rayon disques d'un magasin. Il lui laisse son numéro de portable mais elle se fait voler son téléphone et ne peut le recontacter en dépit de ses recherches poussées. Espérant le croiser de nouveau par hasard, elle n'en continue pas moins de sortir et de faire d'autres rencontres (voire plus si affinités). Mais dans sa tête, Massi garde la première place. La vie et les mois passent.

Ce n'est pas vraiment un journal intime même si cela en a la forme, mais plutôt un récapitulatif mensuel qui débute par la fin (un drame se prépare) puis reprend les choses depuis le début, le jour de la rentrée des classes. Dans un style spontané, parfois candide ou touchant de naïveté, donc réaliste et crédible (la plupart du temps), Caro confie ses états d’âme, ses craintes et ses joies, ses expériences amoureuses et les petits drames de la vie, ses sentiments par rapport à ses camarades ou sa famille. Bref, toutes les préoccupations d’une jeune fille de 13 ans, dont la vie tourne autour d’elle-même et de ses amis.

Le style est fluide et dynamique, très dialogué ; il y a de l’humour, de l'énergie à revendre, de l'allégresse, de la tristesse aussi ; c’est vers son journal qu’elle se tourne naturellement pour faire part des drames qui le touchent : la mort de son grand-père, le départ de son frère après une violente scène avec leur père.
J'ai aimé le découpage des parties du roman : en début de chaque mois, le résumé de ce qui s'est passé et les chansons, état d'humeur, etc. intercalés de chapitres où ses proches se présentent et livrent leurs pensées ou leurs sentiments sur les autres membres de la famille. Cela donne une impression de grande solidarité, même si Giovanni rue dans les brancards pour suivre la voie qu'il s'est choisie. Les personnages sont attachants et le couple des grands parents maternels est formidable. L'identification marche à plein régime, même si ce n'est pas exactement le souvenir de notre réalité vécue.

Quatorze ans, l’âge des révoltes et des coups de cœur, mais aussi l’âge où l’on veut croire que les rêves deviennent réalité… Ce livre étant susceptible d'intéresser les demoiselles, j'en ai partagé la lecture avec miss XL pour avoir son point de vue.
 Il compte pour le challenge numérique.
challenge tour du monde : Italie

vendredi 29 novembre 2013

Un mot, des titres : AMOUR

Je ne me serais pas crue si riche d'AMOUR ! En effet, c'est le mot tiré au sort par Calypso pour guider nos lectures jusqu'au 1er décembre. Pas de moins de six titres lus et un seul commenté, deux dans ma PàL, donc j'ai du pain sur la planche.
Pour participer, c’est très simple, les règles ne changent pas : vous avez un mois et demi pour lire un livre dont le titre comprendra le mot « amour ». Nous publierons nos billets le 1er décembre. Le prochain mot sera annoncé le 30 novembre.
Voir les détails, inscriptions et récapitulatifs des précédentes sessions sur le site de Calypso

L'amour à perpétuité de Jeanne Champion fait partie des 10 livres que j'ai sélectionnés pour le Blog-ô-trésors : autant dire que je pourrais le relire sans me lasser et me laisser emporter dans sa douce nostalgie de la perte irrémédiable de l'autre. Je le mets un peu à égalité avec Les choses de la vie de Paul Grimaud
Extrait de la présentation :
On tombe amoureux comme on tombe malade. On soigne la maladie, on ne soigne pas l'amour. La rencontre - on devrait dire le télescopage - de Gabrielle et de Konrad - ne pouvait pas produire plus forte déflagration. Un amour aussi violent qu'impossible, un amour condamné à la perpétuité. Ce roman, récit et fable à la fois, est autobiographique.

Amour, Prozac et autres curiosités de Lucia Etxebarria raconte l'histoire croisée de trois soeurs, trois caractères ou plutôt trois névroses,au gré d'un abécédaire de l'amour amer

Elle est basque, et manie la plume comme d'autres le fleuret ou le sabre. Avec panache. Elle fait des étincelles, mais pas de quartiers. Son humour ravageur, caustique et vitriolé, creuse les pages à l'acide. Ses phrases sonnent comme des tracts, les mots se bousculent, les lignes ondulent comme des bataillons de fourmis rouges courant à l'assaut de cette forteresse instable et déjà bien fissurée : le monde des hommes.

L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder

Au début, tout est beau, même vous. Vous n'en revenez pas d'être aussi amoureux. Pendant un an, la vie n'est qu'une succession de matins ensoleillés, même l'après-midi quand il neige. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible - pourquoi réfléchir quand on est heureux ? La deuxième année, les choses commencent à changer.

L'amour est une femme de Frédéric Mars

Pommes d'amour, 7 love stories (BD)

dans ma LàL :
Oxymore mon amour : dictionnaire inattendu de la langue française de Jean Loup Chiflet
Poisson d'amour de Didier van Cauewelaert

lundi 25 novembre 2013

Pietra viva

Les matchs de la rentrée littéraire 2013
Initiée en 2010, l’opération « Rentrée littéraire » de Price Minister, à laquelle je participe pour la seconde fois, permet de découvrir gratuitement un titre, parmi une sélection opérée par un comité de bloggeuses partenaires :
  1. Danse Noire de Nancy Huston Actes Sud
  2. Une part de ciel de Claudie Gallay Actes Sud
  3. La grâce des brigands de Véonique Ovaldé Éditions de l’Olivier
  4. Lady Hunt de Hélène Frappat Actes Sud
  5. Arrête, arrête de Serge Bramly NiL
  6. Rome en un jour de Maria Pourchet Gallimard
  7. Esprit d’hiver de Laura Kasischke Christian Bourgois éditeur
  8. La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson Édition Zulma
  9. La garçonnière de Hélène Grémillon Flammarion
  10. Dans la lumière de Barbara Kingsolver Éditions Payot & Rivages
  11. Petites scènes capitales de Sylvie Germain Albin Michel
  12. Pietra Viva de Leonor de Recondo Sabine Wespieser
Ensuite, il suffit d'avoir un blogue, de lire le livre dans le mois qui suit sa réception, de rédiger une chronique, ce que je ferais de toute façon, et de proposer un classement afin de déterminer les ouvrages à retenir, ce que je n'ai pas l'habitude de faire.
A cette occasion, je me suis donc inscrite auprès de Priceminister que je remercie, ainsi que Sabine Wespieser éditeur, pour avoir répondu à ma demande en m'offrant la chance de recevoir « Pietra viva », par Leonor de Recondo. J'ai déjà lu quelques ouvrages de cet éditeur : Les trois lumières, Les bruyères de Bécon... et j'ai toujours été séduite par la qualité de finition des ouvrages. La reprographie ci-contre ne rend pas grâce à la beauté de la couverture dont l'aspect et la texture ont beaucoup évolué et sont encore plus précieuses qu'auparavant, en restant fidèle à une certaine austérité de bon goût. Pour les amateurs de beau papier, le point est important : avant même de commencer la lecture, c'est un petit format qu'on a plaisir à avoir en main.


Rome, printemps 1505.
Michelangelo Buonarotti, prodige précoce, a la trentaine. Il est déjà admiré pour deux de ses oeuvres majeures : la Pietà et David. La consécration arrive avec une commande du pape Jules II della Rovere pour son futur tombeau. Muni d'une avance conséquente, Michel Ange s'apprête à partir pour Carrare afin de sélectionner sur pièces, les blocs de marbre qui serviront à l'oeuvre monumentale. Un évènement de sa vie privée le pousse à anticiper son départ.
Pour fuir la mort brutale d'Andrea, un des jeunes frères dont l'extrême beauté l'avait touché, dans l'établissement religieux où il avait pris l'habitude de dessiner des anatomies d'après la dissection de cadavres, il se jette à corps perdu dans le travail. Au cours d'un séjour d'environ six mois, logeant à la pension discrètement tenue par Maria, il partage la vie impitoyable mais exaltée des carriers, sélectionnant les meilleurs blocs, les négociant et organisant leur transport. 
Il a besoin de cette solitude pour réfléchir à son art et mûrir dans sa tête l'ébauche de son projet, se ressourcer loin du tumulte et des intrigues de la ville. Quand il rejoint la cité papale, ses esquisses sont prêtes et les marbres sont en cours d'acheminement. Pourtant, le tombeau ne sera pas achevé avant 1545 et sur deux ordres au lieu des trois prévus initialement. A côté du produit de mon imagination, éveillée par la magie de l'écriture, je suis plutôt déçue par la réalisation, mais le projet a été remanié de multiples fois et il est probablement loin d'avoir permis à toute l'inventivité de Michel Ange de s'exprimer. 

Cet épisode se situe peu avant le séjour de Michel Ange à Constantinople que Mathias Enard a choisi comme sujet à son roman Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants : à la suite d'une nouvelle vexation de Jules II, Michel Ange choisit de répondre à l'invitation de Bajazet, pour un autre projet faramineux : construire un pont sur le Bosphore qui doit relier les côtes européenne et asiatique.

L'auteur est extrêmement bien documentée et elle parvient à communiquer sur la passion du marbre au travers de ses personnages. Elle montre que Michel Ange réussit à gagner le respect des carriers par sa connaissance prodigieuse du travail de la pierre et leur admiration commune pour la noblesse du matériau. Ses conceptions évoluent au cours de son séjour dans la montagne marmoréenne. Il envisage autrement la pierre vive qu'il essaie de transformer en chair palpitante, en draperies flottantes et en mouvement suspendu ou dont il s'efforce donner au jour les formes qu'elle contient, comme ces esclaves captifs destinés au premier ordre du tombeau papal. J'aime beaucoup la réflexion de Michele, qui à la suite d'une discussion avec l'artiste, voit la montagne de marbre " pleine de personnages qui attendent ". 


 
Eloigné de la tentation biographique, le choix de l'auteur est de présenter une fiction narrative. A travers un épisode choisi de la vie du sculpteur, elle tente de nous projeter dans l'intériorité de l'homme et d'ouvrir la perspective par une réflexion sur l'art, l'inspiration, l'élaboration de l'oeuvre, la poursuite de l'idée créatrice. 
Elle le montre fuyant la réalité pour s'absorber dans son ouvrage, cherchant à se détourner de sa peine par le contact avec la pierre : par exemple, le passage où il sculpte un rebut de marbre pour en faire une main magnifique en souvenir d'Andrea et l'offrir à Chiara, l'épouse du carrier Toppolino (petite souris), qui lui a fait cadeau d'une chanson de son cru.

La plume de Leonor de Recondo nous donne à voir un artiste blessé par la vie, à la sensibilité exacerbée, oscillant entre génie et folie paranoïaque, comme le prouve la susceptibilité des relations entre le commanditaire et l'artiste : épisode où il "répudie" son élève et renvoie l'envoyé du pape au prétexte d'espionnage.  
Cohabitant avec l'artiste sûr de sa technique, beaucoup moins inspiré par le sentiment divin que par la matérialité de la pierre et l'humanité des corps, se dissimule un homme irascible, égoïste, seul et solitaire, un écorché vif, incertain et tourmenté, qui ne trouve refuge et sérénité que dans le travail de ses mains et le désir de capturer dans la pierre la beauté de la vie.

Peu de monde parvient à percer la carapace d'indifférence qu'il s'est forgée depuis "l'abandon" de sa mère, mort alors qu'il était en nourrice. Le séjour dans la montagne n'est pas étranger à l'apaisement de l'artiste, ni ses échanges avec ses compagnons, des êtres simples, préservés, comme la folie douce de Cavallino (petit cheval), qui communie avec les animaux ou la grâce et les questions sans tabou de Michele, un enfant de six ans dont la mère vient de mourir en couches.
Il se fait forcer la main par la naïveté et la confiance du petit garçon, qui se prend d'affection pour lui et fait resurgir par sa présence la mémoire de celle que Michel Ange se refuse à évoquer. Il repousse d'abord brutalement l'enfant et la douleur avant de la/de le laisser venir à lui pour se l'apprivoiser  (on dirait un peu un dialogue à la St. Ex entre le petit prince et le renard " tu seras mon ami " comme seuls les enfants peuvent l'envisager). 
La reconquête du souvenir, enfoui volontairement comme on enferme dans une boîte un souvenir par trop douloureux, qu'on enterre et dont on jette la clef dans un puits, passe par des étapes de reconstruction qui sollicitent les cinq sens. L'angle choisi, la reconstruction par fragments, est intéressant et le roman se clôt sur un beau poème-hommage que j'aurais envie de recopier mais qu'il vaut mieux découvrir par étape. Dédié à la mère tendrement aimée, il est offert en cadeau à l'enfant, geste doublement symbolique avec le coffret sculpté des mains de l'artiste, sans clef, et la décharge de ce souvenir enfin intégré à sa vie d'adulte.

Comme l'an dernier, je ne me suis pas trompée dans mon choix. Je donne 20/20 à ce roman, servi par une plume remarquable, une histoire originale et intéressante, une édition soignée. 
J'ai apprécié le style juste et crédible, une pureté, une simplicité, un fort pouvoir d'évocation sans ostentation :
[à Malbacco] Il atteint l'endroit qu'il cherche. Les pierres, à force d'être caressées par l'eau, se sont lissées tant et si bien qu'elles forment maintenant de larges vasques naturelles où plusieurs hommes peuvent se tenir sans toucher le fond.
Paradoxalement, les 225 pages de ce roman ont conjointement un goût de plénitude et de trop-peu. Elles m'ont donné l'envie de lire le premier roman de l'auteur La grâce du cyprès blanc (sur le travail d'écriture cette fois), mais aussi de découvrir Pic de la Mirandole que je connais à peine et qui semble-t-il parlait une vingtaine de langues ou de relire le petit livre qui ne quitte pas Michel Ange depuis que Laurent le magnifique le lui a offert : le Canzoniere de Petrarque dont chaque phrase, en hommage à Laura, résonne si juste !
Leonor de Recondo est violoniste de formation.
challenge tour du monde Espagne

en Grèce : carrière de Thassos au marbre des plus durs et d'un grain encore plus fin
Edit du 15 décembre 2013 
C'est le roman que j'ai retenu qui a gagné le grand prix des blogueurs : ce n'est pas celui qui avait été choisi par le plus grand nombre mais c'est celui qui a recueilli le plus d'avis très favorables 
Récapitulatif des avis et des billets sur la page Priceminister

dimanche 24 novembre 2013

La fille aux yeux de Botticelli

Je reprends ce roman d'Herbert Lieberman après une longue pause (je l'avais entamé mais laissé quelque part au cours de l'été 2010 - retrouvé et achevé à l'automne 2012)
Mark Manship prépare une gigantesque rétrospective sur Botticelli pour le MET (Metropolitan Museum de New York). Il parcourt l'Europe à la recherche de pièces rares, tableaux et dessins préparatoires, hante les ventes aux enchères ou les collections publiques et privées. Dans le même temps, des toiles du maître sont sauvagement mutilées, tandis qu'à Rome, apparaît une série de cadavres énucléés. Le projet n'est apparemment pas du goût de tout le monde... au sein du conseil d'administration, Mark doit également composer avec l'opposition de son supérieur. Poursuivant néanmoins sa programmation avec ténacité, il parvient à rencontrer Isobel Cattaneo, l'héritière du modèle supposé avoir posé pour Le printemps et La naissance de Vénus (Simonetta Vespucci). Il tente de la convaincre de quitter sa retraite toscane et de venir à New York pour l'inauguration, dans l'intention initiale est de "faire le buzz", afin de susciter les commentaires de la presse événementielle. Mais la jeune femme refuse toute publicité autour de son ancêtre. Au delà de sa beauté, Mark se sent pourtant touché et singulièrement attiré par le mélange de force et de fragilité qui émane d'elle. Héritier d'une vieille famille, le comte Ludovico Borghini veille également sur Isobel. Les deux hommes ne peuvent manquer de se rencontrer : leur rivalité est spontanée et immédiate !
Deux intrigues se nouent dans le roman et je me suis inégalement intéressée à l'une et l'autre : au début, la passion manifestée par Mark, le montage de l'exposition autour de l'oeuvre de Sandro Botticelli, qui doit marquer le sommet de sa carrière et ses recherches dans toute l'Europe m'ont tenue en haleine ; ensuite, la partie criminelle du roman et l'interrogation sur les liens - évidents - mais le mobile - obscur - entre les crimes et le projet de Mark, ont eu du mal à prendre ; toute la partie où il ne se résout pas à rentrer en Amérique après sa rencontre avec Isobel m'ont paru trainer en longueur (j'ai interrompu ma lecture à ce stade) ; enfin, l'ébauche du dénouement, quand une probabilité commence à émerger, m'a parue tirée par les cheveux, peu convaincante et le traitement de la chute, devenue prévisible avec les trois ingrédients le gentil, le méchant et la belle, ont fini de me décevoir : un polar par lequel je ne me suis sentie prise à aucun moment et des personnages dont aucun n'a suscité la moindre empathie.

samedi 23 novembre 2013

Summer Star Wars : ce n'est pas fni

En pleine phase d'expansion spatiale, la Terre a envoyé des vaisseaux coloniser les galaxies lointaines. Lorsqu'une avarie a contraint l'équipage du Starward à se poser en catastrophe, ils ont trouvé Terre II qu'ils ont aménagée et habitée pendant plusieurs générations, sans jamais perdre l'espoir d'un retour... Plusieurs siècles ont passé lorsque le Homeward se présente aux abords de la planète-mère, avec à son bord une douzaine de passagers triés sur le volet et entraînés pour cette mission dès leur plus jeune âge. Les jeunes gens s'attendent à des changements, mais sont pris au dépourvu par l'évolution de la civilisation terrestre. Même s'ils savaient dès le départ qu'ils ne reverraient ni leur monde d'origine ni leurs proches, ils doivent s'adapter à une situation qu'ils n'ont pas prévue. Pour certains et en dépit du très bon accueil qui leur est réservé, l'installation ne va pas sans quelques difficultés. L'auteur leur réserve une surprise pour la fin !

Cette novella date de 1955 : l'auteur, que je connais surtout pour sa version féminine de la légende arthurienne, y développe une intéressante option SF où elle décrit une société post-industrielle revenue à des concepts d'économie frumentaire et de marginalisation technologique. La position des habitants de Terre I et de Terre II est radicalement opposée : la confrontation des deux conceptions donne de l'attrait au roman, puisque les uns et les autres sont persuadés de la suprématie de leur modèle de société et du bien fondé de leur rapport au monde. Petit clin d'oeil : le nom des engins spatiaux n'est pas innocent.

Info +
Les résultats impressionnants des lectures estivales autour du Space opera ICI
Comme je ne l'ai pas terminé, je poursuis avec le copieux recueil des NSO (nouveau space opera)

Tirage au sort du 26 septembre 2013 : il y aura un prolongement inespéré car je recevrai bientôt dans ma BàL la toute prochaine réédition du roman de Marion Zimmer Bradley dans la collection Dyschroniques du Passager Clandestin. Grâce au RSFBlog (merci chaleureux à Lhisbei et à l'éditeur), je le lirai dès sa sortie nationale à la mi-octobre.

Edit du 17 octobre 2013 : comme promis, j'ai reçu mon livre aujourd'hui, je le lis très bientôt !

jeudi 21 novembre 2013

Les savants

COUP DE COEUR
challenge Tour du monde : Inde

Aujourd’hui, en Inde, on ne dit plus « intouchable » mais dalit. Un mot, toutefois, suffit-il à changer la donne ? Ce n’est pas l’avis d’Ayyan. D’un côté, du sien, une pièce minuscule partagée avec sa jeune épouse et son fils dans une exécrable cité de la banlieue de Bombay, tandis qu’il exerce un emploi de secrétaire dans un institut de recherche de haut vol. De l’autre extrémité du spectre social, à l’Institut, les savants, les « brahmanes » et, avec eux, tous les nantis et leurs femmes inaccessibles, le regardent de haut. Alors, à l’époque où le petit peuple indien, conscient de sa supériorité numérique, acquiert un pouvoir politique de plus en plus important, Ayyan a une idée… Son fils, Adi, est brillant.
Pourquoi ne pas donner discrètement un coup de pouce au destin, ne pas compenser les injustices de la naissance et du système des castes ? Fort de ce qu’il apprend à l’Institut en écoutant aux portes, Ayyan entretient le mythe d’un petit génie dalit… Qui, dans ces chassés-croisés, ces jeux de pouvoir, ces mensonges plus ou moins assumés, remportera la partie ? A coup sûr, le lecteur, emporté par la prose simple et efficace, à l’humour acerbe, d’un romancier indien qui appelle un chat un chat et se moque des faux-semblants de ses compatriotes.

Voilà la présentation qui m'a donné envie de postuler à ce partenariat avec les éditions Philippe Rey disait vrai ! Je me suis divertie, j'ai réfléchi, je me suis cultivée grâce au roman de Manu Joseph... bref, ce livre remplit toutes les attentes que je peux avoir vis-à-vis de mes lectures.

Ayyan Mani travaille dans un institut de théorie et de recherche pour brahmanes (la caste la plus élevée en Inde). Lui qui appartient à celle des talits (intouchables) n'en méprise pas moins les querelles oiseuses des scientifiques qu'il côtoie à longueur de journée. Secrétaire particulier et gardien de la porte du directeur, il abuse de sa position pour leur infliger de menues humiliations et se tenir au courant des petits et grands secrets.
De son mariage avec Oja, qu'il a trouvée par petite annonce et fait venir d'un village éloigné, est né un fils, sourd d'une oreille. Inscrit dans une école catholique, pour élèves anglophones, Adi manifeste de surprenantes dispositions en classe. On dirait ici qu'il est un élève à besoins particuliers. Amer et manipulateur, Ayyan travaille à l'oeuvre de sa vie : faire de son fils de 10 ans, un surdoué, le premier génie talit et il ne s'épargne aucune manigance pour parvenir à ses fins. Il évolue assez peu au cours du roman, mais la portée de ses intrigues n'est révélée qu'au fur et à mesure.
Il n'en va pas de même du directeur, Arvind Acharya, nobélisable dans sa jeunesse, qui va se trouver doublement manipulé. L'arrivée de la première femme scientifique à l'Institut bouleverse les habitudes. Biologiste, elle a été recrutée par Acharya dans le cadre du grand projet Ballon qui lui tient à coeur : il veut confirmer l'hypothèse d'une panspermie (plus drôlement appelée dans le roman les chutes de minuscules extraterrestres sur Terre) grâce à des sondes qui doivent collecter du matériel à 41 km d'altitude afin de prouver l'existence de micro-organismes d'origine extraterrestre dans l'espace.
La jeunesse et la beauté d'Oparna relèguent sa compétence au second rang. A l'opposition entre castes, relativement connue, le roman adjoint l'opposition entre genres (ex les toilettes de l'institut sont marquées : Scientifiques et Ladies) qui n'est ni moins marquée, ni moins irréductible et vaut pour toutes les couches de la société.
Après s'être amusé avec beaucoup de femmes "libres" dont il s'est séparé avant que les problèmes ne commencent, pour aller épouser une jeune vierge, non citadine et la maintenir dans sa cuisine et devant ses feuilletons de télévision. La vision relayée par l'auteur et investie dans le roman est que toutes les femmes libres sont des fauteuses de troubles dont il faut se garder à tout prix.
La trame romanesque et sentimentale repose également sur le curieux personnage d'Arvind Acharya, son caractère détaché et extravagant, même pour un savant, son physique atypique, son attitude distante mais protectrice vis-à-vis de ses collègues, de son meilleur ennemi Jana Nambodri et de son épouse Lavinya. 
Les deux histoires qui s'imbriquent, donnant un aperçu du vécu d'un talit d'une part et montrant par ailleurs l'inconscience des désirs des autres, donnent un bel équilibre à l'ensemble. Le roman multiplie par ailleurs les points de vue inattendus, intéressants, sur un pays en pleine mutation économique et idéologique : la vie dans les cités dortoirs à Bombay, la promiscuité, l'entraide parfois et la résignation presque toujours, la proximité de la mer d'Oman et le lieu de promenade à Worli où les castes sont abolies, l'impression de force qui se diffuse peu à peu dans la masse des laissés-pour-compte, la récupération de ce sentiment émergent par des leaders populistes.

Praline le dit mieux et plus succinctement que moi

mardi 19 novembre 2013

Divergente 1 et 2

Pour une fois que j'ai un véritable COUP DE COEUR en Young Adult, ça vaut la peine de le signaler : j'ai autant aimé que le début de la série Uglies. Puisque je vais lire le tome 2, j'espère rester sur une bonne impression.
Je me réjouis que le babychallenge SF m'ait permis cette découverte et je finis pour cette année avec le score de 16/20, médaille d'argent.
challenge PàL de swaps 8/43
50 billets, 50 états, Chicago, ILLINOIS (bis) 
 
Dès leur seizième anniversaire, les jeunes gens et jeunes filles doivent faire le choix de rester dans leur communauté de naissance ou de quitter famille et amis d'enfance pour suivre leur aspiration profonde. Un test basé sur des simulations neuropsychologiques doit les aider à décider quelle qualité leur correspond le mieux. En effet, dans cet environnement ressenti comme totalement artificiel dès les premières pages, la population se répartit en cinq factions valorisant une qualité ou plutôt l'opposition à un grave défaut considéré comme responsable potentiel de conflits : les Fraternels (contre la méchanceté), les Altruistes (contre l'égoïsme), les Sincères (contre le mensonge), les Audacieux (contre la lâcheté) et les Erudits (contre l'ignorance). Ces derniers, utiles à toutes les autres factions avec lesquelles ils ont des échanges, ne tolèrent plus que le gouvernement ait été remis aux mains des Altruistes. Sous l'impulsion de leur leader, Jeanne Matthews, ils fomentent un coup d'état les associant à la force brute des Audacieux.

Tris (Beatrice) Prior, bien que née Altruiste, dont son père est un des leaders, a décidé de choisir les Audacieux. Son test n'est pas parvenu à la départager entre Altruistes-Erudits-Audacieux. Lors de l'initiation, elle se montre une novice particulièrement motivée, imprévisible, pleine de témérité et de ressources insoupçonnables. Sa personnalité lui vaut quelques ennemis déclarés, des amitiés fidèles et l'attention d'un des instructeurs Quatre, surnommé ainsi en raison d'un score anormalement bas à l'épreuve des peurs irrationnelles. Contre toute attente, Caleb, le frère de Tris, a suivi sa vocation profonde en faveur des Erudits. Ayant quitté tous les deux leur faction d'origine, ils ne sont pas supposés se revoir ou retrouver leurs parents... pourtant, des évènements graves sont imminents et vont bouleverser leur monde, les faisant grandir d'un coup.

L'action se passe dans un Chicago dystopique. Je m'en suis rendue compte à l'évocation d'un détail qui m'a tout de suite rappelé quelque chose : une rencontre discrète sous la sculpture d'Anish Kapoor (ci-contre). Ensuite, j'ai remarqué d'autres indices : une allusion au parc abandonné du Millénium, etc. même si je n'ai sûrement pas tout identifié par méconnaissance de la ville.

Le tome 2 prend la suite et se déroule sur un rythme toujours soutenu. Après le tome 1 qui a permis de faire connaissance avec les factions, les personnages et leurs ressorts, l'intrigue peut s'y développer et subir de nombreux rebondissements, dans un univers qui n'en finit pas de dévoiler ses facettes.
J'ai dévoré avidement plus de 800 pages d'action, sans me lasser du caractère parfois insupportable de Tris ; tout en plaignant son entourage, je n'ai pu m'empêcher d'espérer la voir réussir. Elle tire vraiment toute la couverture à elle et l'étude psychologique de ses amis est moins poussée, exception faite de Quatre dont le personnage, plein de secrets, pourrait recéler encore beaucoup de surprises dans les aventures à venir.

vendredi 15 novembre 2013

Le secret des poignards volants

Sur la plage des Brisants à Saint Gilles, j'ai pu profiter de la projection en plein air, dans un cadre particulièrement agréable, du deuxième film de Zhang Yimou le réalisateur sino-hongkongais de Hero.
Le Secret des poignards volants, sorti en juillet 2004, est un film à base d'arts martiaux qui exploite les archétypes du Wu Xia Pian, le film de sabres chinois, un peu comme Kill Bill de Tarantino.
La bande son, dont le thème principal est Lovers (ce qui donne une autre indication sur le ton du film), est due à Shigeru Umebayashi

L'histoire :
Dans la Chine médiévale, la dynastie Tang vacille sous la corruption, l'empereur est aux abois. Un groupe d’opposants nommé la Maison des Poignards Volants combat le régime. Leur chef vient d'être assassiné ; deux policiers Jim et Léo profitent de l'occasion pour monter un stratagème destiné à piéger et pister sa fille aveugle en espérant qu'elle les mènera au refuge du clan.

Les ingrédients du triangle amoureux sont en place, autour de la très belle actrice et danseuse Zhang Ziyi qui incarne Xiao Mei, une sorte de Mata Hari de la Maison des poignards volants. Envoyée à la cour de l'empereur, à charge pour elle de séduire Jim un valeureux capitaine de la garde, elle se fait passer pour un courtisane aveugle. La première scène est devenue culte : il s'agit de la Danse de l’Echo, morceau de bravoure esthétique et chorégraphiée au millimètre. Elle occupe une place centrale dans l'histoire, puisqu'elle donne bon nombre de clefs qui ne seront décodées qu'à la fin du film, notamment le rôle trouble de Léo, tant auprès de Xiao Mei que de Jim.


La narration est linéaire et la complexité du film tient plutôt aux ingrédients psychologiques puisque chacun des protagonistes se retrouve piégé dans un rôle imposé, au moment subtil où le sens du devoir entre en conflit avec des motivations plus personnelles. Le tout est prétexte à des scènes d'une esthétique inouïe : la poursuite dans la forêt de bambou, la chevauchée dans le bois de bouleaux, etc. Les paysages, introuvables en Chine, ont été recherchés en partie en Europe de l'Est ; les costumes jouent également un rôle dans la richesse visuelle de ce film. Les images, d'une grande puissance onirique, décrivent un espace sensible, sonore, en partie grâce à la cécité de l'héroïne durant les deux tiers du film. Les paroles sont rares, les sentiments passent par le jeu des acteurs, la mise en scène et le cadrage. Dans la grande scène de combat finale, le passage du temps est symbolisé par la neige qui se met à voleter et à recouvrir de blanc toute l'étendue de la scène, encadrée par une forêt automnale de feu, d'or et de vert. Pour moi, la grande force de ce film, outre son aspect esthétique, réside dans son équilibre entre le côté contemplatif, statique des scènes narratives, lentes, qui servent à montrer l'évolution des sentiments et le côté très dynamique, rapide, des scènes d'action, ajustées au cordeau.

lundi 11 novembre 2013

La mort du centaure

Ah je vais pouvoir ajouter un état à mon challenge avec cette courte nouvelle de Dan Simmons qui se déroule dans l'univers des Cantos d'Hypérion et dans le Missouri.     
Pour financer ses études, Mr Kennan a dû accepter un poste d'enseignant à Saint Louis, au fin fond de la campagne du Missouri alors qu'il ne rêve que de rejoindre la ville, la côte Est, une université réputée et sa fiancée Whitney. Pourtant, il s'intéresse à l'éveil des enfants qui lui sont confiés et leur offre une fenêtre d'évasion dans leur quotidien rural et banal. Chaque jour, à l'heure de la récréation, il leur raconte un morceau de l'histoire (qu'il invente au fur et à mesure) : la quête du Centaure Raul, de la néo-chatte Gernisavien et du singe-sorcier Dobby pour sauver leur planète des malfaisants Mages écailleux et de leur armée de soldats-lézards.




 


50 états, 50 billets 25/50
Saint Louis, MISSOURI


J'ai beaucoup aimé l'autre nouvelle jointe à ce recueil : Les orphelins de l'Hélice qui montre une civilisation post-énéenne, le peuple de l'Hélice du Spectre d'Amoiete, venir en aide à une colonie Extros installée sur un anneau forestier d'origine inconnue et menacée par un dangereux vaisseau-robot Destructeur qui revient tous les 57 ans dévorer une partie de leur monde, choisissant les zones les plus peuplées. La solution de l'énigme est trop belle pour la dévoiler ! L'originalité de ce space opéra aux multiples facettes est toujours au rendez vous et la magie opère une fois encore.

jeudi 7 novembre 2013

LDPA # 7

Voilà déjà la 7ème session de ce sympathique challenge trimestriel qui aide à faire baisser nos PàL et nous permet d'échanger avec d'autres accros de lecture, tous les détails sur le fil dédié tenu par Galléane !
Paikanne dont voici le blog m'a proposé de lui choisir trois prochaines lectures parmi les possibilités assez étendues de sa liste.
J'accepte avec grand plaisir car nous nous croisons souvent sans nous connaître plus que ça et je lui propose donc sans hésiter :
- Battle royal dans je suis une très grande fan (un petit pavé tout de même !)
- Notre Dame de Paris, le Benjamin Lacombe qui est sur ses étagères car son trait est magnifique (et ça change de la lecture) et puis sur un texte de Victor Hugo, j'imagine les dessins inspirés qui peuvent en surgir...
- Kinderzimmer de Valentine Goby, je ne connais pas du tout mais le résumé est tentant (c'est son choix)
et/ou, en bonus, car il est dans nos deux PàL, une LC pour la mi-challenge :
- Sentiment 26 de Gemma Malley que j'ai reçu en swap il y a peu de temps et qui donc ne fera pas long feu dans ma PàL
Bon choix et à bientôt

Elle me propose, je cite :
Parmi les livres de sa PAL, désireuse de varier les genres, j'ai sélectionné :
- Blade Runner, de Philip K. Dick car c'est un "classique" de la S-F (je précise qu'il ne s'agit pas du roman mais des premiers volumes de la BD qui s'en inspire)
- La princesse des glaces, de Camilla Läckberg, auteure "venue du froid" que j'apprécie (un roman offert par Mypianocanta lors d'une IRL (swap Tissons des liens qu'elle organise)
- Punk's Not Dead, d'Anthelme Hauchecorne, auteur "nordiste" à l'univers riche et la plume savoureuse (obtenu en partenariat grâce à Parthenia, mon binôme d'un précédent PàLà2)
Je penche pour le dernier et en plus, si je le lis suffisamment vite, ça me fera une contribution pour le challenge Halloween de Lou et Hilde (read-a-thon) qui tient jusqu'à fin novembre.

mercredi 6 novembre 2013

L'outremangeur

Incroyable mais vrai : encore mieux que Cantona qui l'a incarné dans l'adaptation cinématographique, le commissaire Séléna est, en beaucoup plus gros, le sosie de Monsieur Benacquista himself ! Je viens de le découvrir sur la fiche Babélio : aller lire la BD pour le croire.

Avec Jacques Ferrandez au dessin (spécialiste de la BD historique/réaliste : Carnets d'Orient) le scénario est un sombre histoire qui finit bien, pour une fois. Mais il est vrai que souvent, le héros chez Benacquista est malmené dès le départ et on regarde ensuite comme il s'en sort...
Victor Lachaume est assassiné devant sa cheminée, d'un coup de tisonnier. Les indices évoquent un crime d'impulsion. Séléna qui suit une thérapie de groupe contre l'obésité apprend par son médecin que les excès ne lui laissent que quelques années d'espérance de vie. Il décide de se charger de l'enquête. En même temps que le temps passe (une année jour pour jour s'écoule entre le début et la fin) on remonte peu à peu dans son passé jusqu'au tourment qui le hante et l'a rendu boulimique. J'aime l'évolution vestimentaire de Richard Séléna, les scènes de vie avec les pigeons dans le square, les rues de Paris (je suppose), les boutiques d'alimentation : du boutiquier arabe au traiteur traditionnel en passant par le resto chinois, les têtes de chapitre en forme de plat... je ne sais pas pour vous, mais cet album m'a donné faim !



sur ce thème : anorexie/boulimie
Vengeance XXL
La chair de l'araignée
XL

mardi 5 novembre 2013

Je lis aussi des nouvelles

n u m é r i q u e s
Je reprends l'idée de Lhisbei dans sa série de Miscellanées de nouvelles pour parler de découvertes faites grâce aux opérations de téléchargement gratuit du Bélial (comme c'est demandé, je ne mets pas les liens mais vous les trouverez très facilement sur le site de l'éditeur).
A mon menu d'octobre :
  • hors d'oeuvre ça pourrait être NSO (Nouveau Space Opera) un recueil de nouvelles des auteurs actuels qui comptent dans la SF, pour piocher et picorer
  • plat principal Je ne suis pas une légende, directement inspiré, comme son nom l'indique, de l'univers de Richard Matheson, mais ce n'est pas une parodie, au contraire une nouvelle originale à l'écriture agréable que présente Catherine Dufour, avec un personnage crédible dans le rôle de l'anti-héros dépassé par l'évènement.
  • dessert En sa tour Annabelle de Claude Ecken, un petit bonbon sucré à déguster pour le plaisir des mots, des phrases et de la construction du sens qui m'a rappelé les " bouquets " de Balzac, mais aussi un texte qui parle du droit à la différence ; une nouvelle comme je les aime, très riche en dépit de sa taille et qui débouche sur une réflexion à double détente.

samedi 2 novembre 2013

La nuit du fantôme

challenge tour du monde : Chine

Cette belle BD est la première publication d'une jeune dessinatrice chinoise prometteuse, Qian Yu. J'aime beaucoup le graphisme des étoffes et des parures notamment, mais aussi l'intrigue adaptée d'un roman de Ye PingPing. En dépit de certaines mises en page un peu difficiles à suivre, on se laisse entraîner par l'enquête du docteur Li (prénom Lotus), ce mystérieux lettré un peu fantasque, qui ne se déplace pas sans sa maison, le pavillon aux lotus de bon augure, et jouit de la réputation de faire revenir les morts à la vie. Le récit m'a rappelé aussi bien le style policier asiatique, que ce soit le vietnamien Tran Nhut ou le Dee Goong An chinois, que la manière toute européenne d'utiliser ses petites cellules grises sans l'air d'y toucher comme chez Hercule Poirot ou Sherlock Holmes. Une  première enquête insolite dans une riche famille pleine de secrets et adepte du Qi Gong, l'art de maîtriser l'énergie vitale.   à suivre (non publié en France)

vendredi 1 novembre 2013

challenge des 4 saisons

Chien de printemps de Patrick Modiano.
Un tout petit roman mais du Modiano comme je les aime, dont voilà un extrait bien révélateur de son oeuvre (p. 35) :
" Moi je ne plaisantais pas. Si je m'étais engagé dans ce travail, c'est que je refusais que les gens et les choses disparaissent sans laisser de trace."

En avril 1964, le narrateur a 19 ans et rencontre Francis Jansen, un photographe dont il tente d'approcher l'essence intime. Mais l'homme semble en transit et se laisse difficilement atteindre, sauf pour lui délivrer un message, plus facile à réaliser en images qu'avec des mots : apprendre à dire le silence.
Trente années après il revient sur les quelques traces laissées dans sa vie par l'apparition aussi fugace que mémorable et se souvient des jours passés à organiser le classement et répertorier le contenu des trois valises pleines de clichés. Entre fiction et éléments autobiographiques, il est toujours malaisé de faire la différence : par exemple, Eugène Deckers exista vraiment comme acteur de séries anglo-saxonnes.
Comme toujours la lecture de Patrick Modiano me laisse avec l'impression d'un roman à énigme, plein de questions non résolues, en suspens infini... Chien de printemps : est-ce l'expression souvent usitée par Jansen, pour qualifier ce printemps pourri au cours duquel l'auteur a fait sa connaissance ou bien le pointer semi-errant dont il se demande encore si Jansen n'était pas le maître ? Et comme toujours, je me jetterai sur son prochain titre pour essayer d'en savoir un peu plus !



La ville d'hiver de Dominique Bona

Sarah, en légère déprime, est venue se ressourcer chez des amis absents. Elle se prend de passion pour l'histoire de la villa Teresa et se met à chercher le souvenir d'une autre jeune femme y ayant vécu.

une très belle écriture
une enquête
sur l'architecture de la Belle époque dans ce quartier si particulier d'Arcachon
sur la littérature à travers Gabriele d'Annunzio

Bel exemple de l'architecture pittoresque des hauts d'Arcachon (dans le style hispano-mauresque), la Villa Teresa fut construite vers 1882 sur une des plus grandes propriétés de la Ville d'Hiver, au 4 allée Rebsomen.  
Son premier propriétaire connu était un artiste peintre irlandais du nom de Lewis. Largement pillée, elle faillit être démolie vers 1970, ayant été laissée à l'abandon après le décès de son dernier propriétaire en 1928. Elle est devenue  l'hôtel Semiramis avant d'être transformée en résidence d'appartements très haut de gamme. Depuis 1980, elle est inscrite à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques

Lus dans le cadre de ce challenge mais non commentés :
Le roman de l'été de Nicolas Fargues
Automne de Mons Kallentoft

mercredi 30 octobre 2013

La dernière conquête du major Pettigrew

Je n'hésite pas à parler de COUP DE COEUR bien que par moment, certaines approximations de la traduction m'aient mise en indélicatesse avec ma lecture.

A Edgecombe Saint Mary, les histoires de coeur et de voisinage alimentent une bonne partie des discussions où l'imaginaire tient en bonne place.
Le très distingué major Ernest Pettigrew, digne représentant de la petite communauté, est un concentré de tradition britannique : l'honneur, la dignité, la bienséance, le tact, la retenue... Impossible de résister au charme suranné de ses bonnes manières et à son humour so british : toutes les dames du comité de bienfaisance sont d'accord. Mais quand le major, retraité de l'armée de sa royale majesté, s'éprend de l"épicière d'origine indienne, appréciée pour sa gentillesse et sa cuisine, elles ne sont plus du tout d'accord.
A la faveur d'échanges de menus services entre veufs, de conseils de lecture, les deux innocents goûtent leur compagnie mais sont loin de penser à un quelconque engagement. Puis de discussions polies en propos plus personnels, ils deviennent bientôt indispensables l'un à l'autre.
Leur relation, toute platonique qu'elle soit, met en émoi leurs fréquentations. Elle heurte également les principes moraux du neveu de Mme Ali, Abdul Wahid, musulman pratiquant, né dans le Nord de l'Angleterre mais envoyé étudier au Pakistan pour l'éloigner d'Amina, une jeune femme de sa communauté jugée trop rebelle et directe.
Motivés par un sens poussé de la famille et prêts au sacrifice de leur individualité au profit du respect des convenances, le Major Pettigrew ou Mme Ali sont le digne pendant de l'un de l'autre. Le titre évoquant une conquête amoureuse, j'ai assez rapidement subodoré de quelle dame il pouvait s'agir, mais bien vite une seconde candidate s'est profilée, aussi présentable et soutenue par le comité de bienfaisance. En fin de compte, il s'agit beaucoup plus subtilement de la conquête du libre arbitre, de l'estime de soi, de la lutte pied à pied contre le tenace carcan des préjugé et l'étroitesse de l'esprit de village.

Je dois cette découverte très réjouissante à la patience de Unchocolatdansmonroman qui me l'a laissé en prêt pendant plus d'un an et deux déménagements ! Je me suis agréablement laissée aller au plaisir de ce roman inscrit dans la pure tradition victorienne ou edwardienne (je ne suis pas une spécialiste), comme à la saveur d'un thé idéalement infusé assorti de délicats biscuits. Les descriptions de la côte balnéaire et de la campagne anglaise autour d'Edgecombe semblent tellement réalistes que j'ai cherché en vain son emplacement sur la carte du Sussex.

mardi 29 octobre 2013

La reine des lectrices

Conséquence du challenge Un mot, des titres, je me suis à mon tour emparée de ce court roman d'Alan Bennett qui est souvent revenu dans les commentaires en termes élogieux.
résumé :
Que se passerait-il Outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux ?
En dépit d'un postulat de départ peu crédible (je parle de la présence du bibliobus dans la cour du palais et de se commettre avec un valet de cuisine, pas du fait qu'une altesse royale et britannique de surcroît puisse s'adonner avec passion à la lecture !) on passe un bon moment de détente avec ce roman, dans lequel beaucoup (la plupart) de lectrices-addict devraient reconnaître certains de leurs traits de caractère.
exemple :
" Elle découvrait également que chaque livre l'entraînait vers d'autres livres, que les portes en cessaient de s'ouvrir, quels que soient les chemins empruntés, et que les journées n'étaient pas assez longues pour lire autant qu'elle l'aurait voulu. " (p. 33)
ou  " [...] mais le fait que tout le monde lui disent qu'elle allait adorer ses livres l'en avait plutôt détournée. " (p. 109)
L'épilogue également est assez imprévisible ! mais au fait, elle a quel âge ?

lundi 28 octobre 2013

Tissons des liens : colis n° 3

et c'est celui de Mypianocanta qui est arrivé le premier jusqu'à ma boîte aux lettres. Une boîte qui s'ouvre sur une carte des bords de Loire et un papier bleu ciel semé de coccinelles, cela augure bien de la suite.
J'adore ce colis (en images, avec le soleil de fin de journée, le texte ce week end) et comme j'ai reçu plein de coccinelles, je vous en partage une pour vous portez chance.
- les caramels mous au sel de Guérande ont disparu !
- le thé noir Or a été goûté et validé
- le flacon bleu, avant de rejoindre ma collection, est dans ma salle de bain
- le joli miroir de sac avec les papillons est à sa place
- le stylo est avec le carnet
- le préféré de ma WL est dans ma PàL (j'ai résisté à l'ouvrir de suite car ça fait tellement longtemps que je le cherche...)










Merci My, toujours pas de nouvelles du colis de Mel. Pour ma part, comme c'était un peu difficile de tenir les délais, je leur ai fait parvenir les livres par porteur ^-^


Il s'était fait attendre mais ça y est, le colis de Mél est arrivé ! J'ai eu très très peur pour son contenu car il avait été réemballé par la poste et en le posant, j'ai entendu un bruit de casse. Finalement, plus de peur que de mal, car c'est un autre colis apparemment qui a coulé sur lui, à l'intérieur tout était nickel
merci beaucoup et des photos bientôt 

L'article de Mél  et celui de My

lundi 21 octobre 2013

Chico et Rita

Unchocolatdansmonroman vient de découvrir cette BD. J'avais vu lors de sa sortie, grâce à La lanterne magique, le film d'animation réalisé par Fernando Trueba et Javier Mariscal (GB/Espagne - 2010) et bien qu'il m'ait beaucoup plu, le commentaire était resté à l'état d'ébauche (entretemps, les extraits vidéo présents sur la toile ont été retirés). L'occasion de revenir sur un dessin animé original, sensuel et beau, dont le troisième personnage important est la bande son !
La Havane, 1948.
 Chico, jeune pianiste d'improvisation surdoué, rêve de se faire un nom dans le monde du jazz cubain.
 Rita, chanteuse à la voix extraordinaire, captive quiconque l’entend par la beauté lumineuse de sa présence.
 La musique les rassemble et les entraîne dans une histoire d’amour passionnée, mais compliquée par leurs carrières parallèles. Sur les sentiers de la gloire, de Cuba à Manhattan, de Vegas à Paris et Hollywood, Chico et Rita se perdent et se retrouvent, perdent leur jeunesse et trouvent le succès.
L'émotion est garantie par ce couple charismatique qui sacrifie tout à sa passion de la scène et dont le parcours croise la route des grands jazzmen qui ont donné au genre ses lettres de noblesse.
Hommage à la musique et à ceux qui la créent nuit après jour, graphiquement très réussi, le film ne se contente pas d'une réalisation esthétique parfaite, il donne à réfléchir et c'est sans doute la conjonction des deux qui lui a valu une diffusion internationale méritée.
Sur fond musical entrainant, jazz latino, Cubop, le be-bop sauce cubaine, les auteurs abordent des sujets graves comme les relations entre la vie, l'amour et l'ambition, l'âpreté de la réussite, l'aveuglement des sentiments, les rêves brisés ou les sacrifices nécessaires pour les accomplir, mais également, parce que le film est sous-tendu par un demi-siècle d'histoire, les conflits de race, de classe, de parti...

mardi 15 octobre 2013

Les conjurés de Florence

Pasquale, jeune peintre apprenti, mène l'enquête en compagnie de Machiavel, journaliste à la Gazette de Florence, qui joue les Sherlock Holmes avant l'heure...

Ce roman est une de mes grosses déceptions SF : à la fois à cause du titre, de la référence à la Toscane et au beau vapeur de la couverture, je crois que j'ai trop rêvé à ces conjurés de Florence, trop projeté mon imaginaire sur ce qu'ils pourraient leur être donné d'accomplir, pour apprécier pleinement la " réalité " de l'auteur.

challenge PàL de swaps  7/34  (merci Mypianocanta)
challenge Steampunk


Un mot, des titres : REINE

C’est un joli mot qui vient d’être tiré au sort pour la prochaine et vingtième session du challenge puisqu'il s'agit d'…  
AMOUR 

En attendant voilà le résultat de mes lectures pour le mot REINE, deux belles découvertes dont un roman historique, un choix assez rare de ma part et entièrement dû au hasard : Trois reines pour une couronne et un album jeunesse issu de ma LàL : La reine des fourmis a disparu paru aux éditions Albin Michel jeunesse

" On a enlevé notre reine ! " Ce cri résonne dans ma tête comme dans celle de milliers de fourmis. Notre reine a disparu dans l'épaisse forêt tropicale qui nous entoure. Et c'est moi, Mandibule de Savon, qui suis chargé de l'enquête. Ma mission : mettre la patte sur celui ou celle qui a enlevé notre très chère reine pendant la nuit. Un indice m'a déjà mis la puce à l'oreille. Il s'agit d'un poil, un poil perdu par l'agresseur, sans nul doute. Mais à qui peut appartenir ce fameux poil ?
Assisté d'Elie, une jeune fourmi dégourdie, Mandibule parcourt son environnement à la recherche du propriétaire du fameux indice. Cette première partie de l'enquête policière donne l'occasion de passer en revue les habitants de la jungle et leurs particularités. Le style assez réaliste permet de se rendre compte des différentes textures de pelage et d'éliminer les suspects, à l'instar des fourmis enquêteuses.
La suite les amène dans l'antre de l'homme et là encore, plein de rebondissements les attendent. Le tandem fait une bonne paire d'enquêteurs et l'astuce d'Elie va les tirer de tout mauvais pas.
Les jeunes lecteurs auxquels cet album est destiné s'identifieront rapidement aux deux héros. Tout est bien qui finit bien.

Couronnée en l'occurrence des Prix Sorcières, Alphonse Daudet et Jérôme Main, la collaboration de Fred Bernard et François Roca, n'est pas nouvelle : le duo a signé de nombreux albums en commun.
J'ai découvert récemment L'homme bonsaï dans la version BD illustrée par Fred Bernard lui même, qui est très différente de l'album réalisé avec François Rocca si j'en crois la couverture.
Sous couvert de tradition fantastique et légendaire des récits maritimes où l'étrangeté et l'imaginaire tiennent une grande place, le propos parle de cruauté et d'humanité... Les codes du roman d'aventures sont respectés puisque le récit à quatre voix est celui de témoins oculaires mais néanmoins sujets à caution, qui ont côtoyé l'objet fantasmagorique de leur récit.

Durant une tempête, le capitaine O'Murphy et deux marins abordent un navire en perdition dans lequel est planté un arbre colossal. Incrédules, ils l'entendent lui demander d'écouter le récit de son destin tragique. Enrôlé de force comme jeune mousse sur un navire, Amédée le Potier, devient le soufre-douleur de l'équipage. Il est finalement abandonné sur une île de la mer de Chine. Avant qu'il ne soit recueilli par une barque pirate, Amédée sent qu'une graine est tombée dans ses cheveux. Le récit bascule alors dans le fantastique puisqu'un arbre se met à poussé sur sa tête, lui donnant d'abord une force colossale et un aspect effrayant, d'abord mis à profit par ses sauveteurs, mais qui finissent par l'abandonner à leur tour. La transformation d'Amédée en homme tronc n'aspirant plus qu'à prendre racine et vivre en paix à un rythme ralenti se poursuit. on revient en boucle au début du récit, où il supplie le capitaine O'Murphy de mettre fins à ses jours.
Les illustrations, très décoratives,graphiques et colorées, parfois sur des grand format pleine page, rendent justice à ce texte fantastique mais poignant sur la tragédie d'un homme qui ne choisit pas son destin et voit ses aspirations bousculées à chaque tentative qu'il fait de réadaptation à son environnement.