lundi 31 mai 2010

Le dictateur et le hamac

J'ai épuisé toute la série sur le clan Malaussène (paru en coffret de six) - mon ultime trouvaille étant Aux fruits de la passion - et c'est donc avec un plaisir évident que j'ai découvert un petit livre de Daniel Pennac absent de ma bibliographie personnelle.
Bien que n'ayant rien à voir avec la nombreuse progéniture sur laquelle règne Monsieur Malaussène, Le dictateur et le hamac relève de la même veine d'inspiration, un regard sur la vie jouant à l'équilibre entre tendresse, absurdité et causticité. De mon point de vue, assurément un des meilleurs romans de l'auteur et pourtant la barre était haute.





   Eloge de la méditation



 










"Le hamac, ce rectangle de temps suspendu dans le ciel."

Ayant réalisé le grand dessein qu'il s'imaginait enfant, Manuel Pereira da Ponte Martins est le dictateur d'un petit pays d'Amérique latine, riche en sous-sol mais pauvre en surface. Afin de voyager librement et de jouir de sa situation, il se fait remplacer par un sosie qu'il a formé en personne : il prétend échapper ainsi au destin tragique que lui a prédit une voyante au début de sa carrière. Toutefois, il a négligé un minuscule facteur de risque, le "epsilon près" qui est capable d'anéantir le luxe de précautions dont il s'est entouré pour la substitution. L'histoire de ce dictateur agoraphobe qui ressemblait à Rudolph Valentino fait l'objet de la première partie. Suivent pêle-même la genèse de ce texte à part dans l'oeuvre de l'auteur, des considérations et souvenirs sur le Brésil où il a séjourné dans le cadre de sa carrière mais qui n'avait donné lieu qu'à une correspondance, un bel hommage au cinéma de Charlie Chaplin et notamment une analyse de son film The great dictator, des commentaires sur la construction du roman, ses travaux préparatoires et l'origine de ses personnages, qui intercalent avec les épisodes relatifs aux sosies successifs... puisqu'à l'exemple de son modèle, le premier s'est fait remplacer, et ainsi de suite.

mercredi 26 mai 2010

Regard violet

D'après la présentation de l'éditeur
Tome 1 : Regard violet - Je peux voir comment il les tue - Stephen Woodworth
Ils sont l'arme secrète de ceux qui luttent contre le crime, la police les appelle les Violets. A chaque génération, quelques individus naissent avec les yeux de cette couleur ; ils ont le don d'offrir aux victimes de meurtre la possibilité de témoigner à la barre dans le procès de leur assassin. Natalie Lindstrom est l'un de ces individus exceptionnels qu'un tueur redoutable a entrepris d'éliminer. Mise sous protection du FBI, elle est assaillie par le doute... et les visions d'agonie des victimes aux yeux violets. Le tueur semble jouer avec ses nerfs et réussit à s'immiscer dans son esprit.

la suite... Tome 2 : Mains rouges - Je peux voir qu'il va encore tuer
Natalie Lindstrom appartenait à un groupe d'enquêteurs d'élite capables de communiquer avec les morts mais elle a changé de vie. Cependant, lorsqu'elle entend parler du procès médiatisé de Prescott Hyland Jr, elle comprend aussitôt qu'elle ne peut laisser passer une telle injustice. En effet, les preuves sont accablantes, mais un Violet corrompu vient livrer un témoignage mensonger qui remet tout en question. Natalie va devoir renouer avec son ancienne carrière... et avec le danger. Car un autre tueur à la perversité sans limites est en liberté, capable de frapper au coeur de la nouvelle vie de Natalie. Dans le monde des Violets, le passé peut revenir vous hanter, au sens propre...

mardi 25 mai 2010

Une partie en enfer

Il m'est difficile de parler de ce très bon thriller sans risquer d'en dévoiler les ressorts, mais j'ai vraiment été scotchée au livre jusqu'au dénouement.
Première oeuvre de deux trentenaires, Florian LAFANI et Gautier RENAULT, ce roman plonge le lecteur au coeur de l'univers/de l'enfer (?) des joueurs, du poker et de l'addiction au jeu et c'est ce qui m'avait attirée lors de mon choix dans la liste de l'édition Masse critique numéro 8.

Les personnages se croisent et évoluent de manière savamment orchestrée. Une multinationale aux intérêts soigneusement tenus secrets est de la partie. Le camp auquel appartiennent les uns et les autres demeure ambigû.
L'intrigue assez complexe avance au rythme d'un découpage serré et le fil de l'histoire reste très clair, ce qui en rend la lecture confortable (ce n'est hélas pas toujours le cas dans cette catégorie de romans) ; un autre commentateur souligne quelques petites incohérences, véritables, mais elles restent mineures pour le déroulement.

De façon plus générale, les questions soulevées abordent des préoccupations relatives à la mondialisation, l'utilisation de la toile numérique, la manipulation de masse...
Par certains aspects, Une partie en enfer me rappelle la trilogie aussi instructive que romanesque élaborée par Stéphane Osborne Le capital, Le manifeste et L'idéologie, sur des thématiques directement inspirées de Karl Marx.

vendredi 21 mai 2010

En finale de Fame Game

Hollywood, Californie : Sadie a quitté Londres sur un coup de tête pour répondre à l'invitation d'un jeune producteur beau, riche et célèbre. Après sa rencontre avec un adorable acteur, plus jeune, plus beau mais pas encore célèbre et sans le sou, elle ne sait plus lequel choisir.
Cela sans compter le sadisme de l'auteur, Carole Matthews, qui corse le cruel dilemme de Sadie... hésitant entre un homme encore marié qui n'arrive pas à se débarasser d'une épouse envahissante et un supposé homosexuel qui refuse de s'engager.
Quand Sadie est finalement prête à abandonner pour rentrer en Angleterre, les deux hommes lui déclarent leur amour.
Parviendra-t-elle à trouver le bonheur dans la ville des illusions ?

Carl est le guitariste qui accompagne Fern tous les soirs dans le pub où leur duo se produit, mais aussi le confident des mauvais jours qui l'a poussée à s'inscrire aux sélections de Fame Game, une émission télévisée qui recherche de nouveaux talents de la chanson et n'a retenu qu'elle. David Evan, un ténor d'opéra charismatique mais hypocondriaque, ignore le second boulot de sa nouvelle assistante et l'entraîne, émerveillée, dans son sillage de star talentueuse à la renommée internationale et à la vie dénuée d'embûche.
Carole Matthews est assurément la championne des choix cornéliens. Entre l'amour platonique de son meilleur ami et la cour fascinante de son prestigieux patron, Fern hésite, tergiverse, se décide, puis se repent...

C'est de la pure Chick Litt mais je crois bien que j'ai un gros coup de coeur pour cette collection grâce aux illustrations de couverture de Margaux Motin.
Lus le 21/05/2010

Festival « Au bout du rêve »

Ces trois soirées dédiées à des expériences de vie hors du commun sont l'occasion de partir à la découverte des routes du monde en compagnie d'étonnants voyageurs à pied, à cheval, à vélo, en tandem... Des sommets de l'Himalaya aux Etoiles du Midi, le spectateur est entraîné vers les cimes à la suite de ces passionnés de saut, d'escalade, de parapente...
Comme c'est devenu l'habitude de ce festival du film d'aventure, les projections de cette 6ème édition ont lieu le plus souvent en présence des réalisateurs ou des protagonistes du film et sont suivies de questions-débat.
Spécial coup de coeur à Delphine et Damien de Planète D.

jeudi 20 mai 2010

Swap

Harvey a été l'heureux mais inconscient possesseur du premier numéro de Superman, qui est recherché par tous les bédéphiles dignes de ce nom et atteint en conséquence une cotation hors norme ; il a gardé son âme d'adolescent passionné de BD et a ouvert sa boutique d'occasions à Londres, quand celle de ses rêves éveillés se trouve à New-York... Dans un moment d'égarement qui fait l'objet de tous ses regrets d'adulte, il a troqué, par compassion entre gamins, le fanzine désormais introuvable à Bleeder Ogg, le souffre-douleur de la classe. Son unique but est de remettre la main sur le magazine, support de tous ses fantasmes. A n'importe quel prix ?
Cela ressemble un peu à un roman noir de P. D. James pour la pesanteur et l'engrenage irrémissible dans lequel le héros se fait entraîner. Mais plus qu'un policier, il s'agit d'un roman où la dimension psychologique est très importante comme ressort scénaristique : les protagonistes sont des quarantenaires parvenus à l'âge des bilans, des retours difficiles sur le passé, des espoirs d'avenir devenus stériles et des déconvenues constatées, des remises en question (trop) tardives...
Anthony Moore est le pseudonyme utilisé par un psychanalyste dont Swap est le premier roman.
L'avis de Liliba que je partage

mardi 18 mai 2010

L'espace d'une vie

Ce premier roman de Barbara Taylor Bradford raconte l'ascension fulgurante d'Emma Harte, créatrice d'un véritable empire industriel et commercial dans l'Angleterre du début du XX ème siècle.
Jeune bonne engagée à douze ans dans la famille Farley, Emma se promet d'avoir un jour la fortune qui procure le pouvoir. Elle partage l'ambition de ses rêves avec Blackie O'Neil un jeune maçon irlandais installé à Leeds qui est venu travailler au château. Quand Emma, enceinte et soucieuse de cacher sa grossesse, décide de s'enfuir, elle pense naturellement à trouver refuge auprès de son seul ami.

samedi 15 mai 2010

La pierre sacrée

Plus qu'un roman, ce livre est une succession de courtes histoires qui se déroulent dans des lieux et à des époques différents, avec comme fil conducteur une pierre bleue polie, de la taille d'un petit oeuf, issue d'une météorite tombée sur terre au cours de la préhistoire et passée de main en main à travers les âges et les continents.
Le plus beau chapitre, de mon point de vue, se déroule pendant la période médiévale et fait voyager l'héroïne à travers l'Europe, la Méditerranée et l'Asie : partie d'Amsterdam pour Jérusalem qu'elle n'atteindra jamais, en quête de la pierre bleue et de sa famille qu'elle ne retrouvera pas, elle finira par rencontrer plusieurs fois l'amour et finira ses jours comme souveraine d'un lointain royaume fabuleusement riche perdu au coeur des montagnes d'Asie centrale.

mardi 4 mai 2010

Attirances

Il existe de curieuses résonnances entre les lectures : quels liens secrets guident-ils la main, au hasard des rayonnages de librairie ou de bibliothèque, vers des titres que rien ne prédestine en apparence à séjourner dans la même pile de chevet ? Des concordances souterraines se mettent en place et cheminent dans l'esprit du lecteur, pour éclairer d'un autre regard tel auteur, telle oeuvre ou enrichir le sens de tel passage...

De manière beaucoup plus évidente, Attirances de Didier Van Cauwelaert se rattache à une de mes lectures récentes et pourrait, si l'auteur était américain, figurer en bonne place dans la série des Meurtres et obsessions rassemblée par Otto Penzler. En effet, le titre est un euphémisme.
Dans le cas de l'étudiante prête à toute extrémité pour remettre au travail l'académicien dont elle étudie l'oeuvre dans le cadre de sa thèse de doctorat, ainsi que dans les rapports entre le peintre, meurtrier sans preuve et la juge chargée de l'instruction de l'affaire, il s'agit bien d'obsession... Le roman est en fait une histoire à tiroirs : trois longues nouvelles enchaînées l'une à l'autre, pleines de rappels et de ressorts sous-jacents, qui appellent une suite à la mise en abîme de cette histoire familiale sur trois générations.
lu le 11 juin 2010
J'aime l'avis de Véronique
http://leromanculinaire.blogspot.com/2010/05/attirances-didier-van-cauwelaert.html

L'éducation d'une fée

Nicolas Rockel croit aux contes de fée mais pas au coup de foudre, jusqu'à ce qu'il rencontre Ingrid, une jeune veuve et son charmant fils de quatre ans : Raoul a idéalisé un père pilote disparu trop tôt mais ne demande qu'à aimer en Nicolas, un père de substitution, créateur de jouets un peu dilettante, un peu fantasque et grand conteur d'histoires auxquelles il croit. Leur univers familial recomposé vole en éclats le jour où Ingrid décide, contre toute attente et pour, dit-elle, préserver leur amour, de s'éloigner de Nicolas à qui elle confie Raoul.

Deuxième voix du livre, César est une jeune Irakienne, caissière de supermarché par nécessité et férue de littérature française par idéalisme. Venue en France pour trouver la liberté et faire valider sa thèse sur André Gide, elle est la fée incarnée que le père et le fils attendent de croiser sur leur chemin.

J'ai retrouvé la touche poétique des univers contemporains créés par Didier van Cauwelaert : il y place des histoires optimistes où les personnages côtoient la noirceur du quotidien tout en réussissant à se préserver des éclaboussures. C'est plein d'attentes et de malentendus, mais comme dans les contes de fée, une fin heureuse finit par tout arranger.

L'évangile de Jimmy

Je connaissais Didier Van Cauwelaert comme scénariste de BD (Vanity Benz), sans avoir fait le rapprochement avec les titres de ma PAL, à savoir L'évangile de Jimmy et L'éducation d'une fée.

Lorsque le président J. W. Bush apprend qu'avec l'accord et le soutien financier de l'administration de son prédécesseur, le professeur Sandersen serait parvenu au premier clonage humain à partir d'ADN prélevé sur le linceul de Turin, dont le sujet aurait disparu suite à l'incendie du centre de recherches où il séjournait, il décide de couper court aux expérimentations.
Un banal examen sanguin suite à une morsure de chien permet de retrouver l'enfant disparu : Jimmy Wood, spécialisé dans l'entretien des piscines et victime d'une récente rupture, a 32 ans, mais ne garde aucun souvenir antérieur à ses 6 ans. Une équipe présidentielle chargé de le former à sa "mission" lui apprend qu'il est le double génétique du Christ.

La réflexion sous-jacente sur la manipulation est assez proche de la troisième partie de Survivant par Chuck Palaniuk.

vendredi 30 avril 2010

Charade

Née en Inde, Isis est une intouchable abusée à l'âge de dix ans par des inconnus et laissée pour morte au bord du Gange. Sa douleur muette croise celle de Susan Mac Coy qui vient de perdre son fiancé atteint de fièvre jaune. Recueillie et élevée aux Etats-Unis, elle est devenue une jeune femme accomplie à la beauté envoûtante. En épousant Horace Coltrane, l'homme de confiance du domaine administré par Susan, elle semble pouvoir enfin goûter au bonheur de vivre au milieu des roses.

Anne Bragance tisse sa toile à coups de petits paragraphes sans lien apparent : le fil rouge entre les différents personnages est une fleur, symbole du destin inéluctable qui va les amener à se rejoindre : une rose magnifique originaire de Valle del Mazaro, ramenée aux Etats-Unis par Susan Mc Coy, qui en lança la culture à grande échelle ; une rose d'une velours profond, cultivée avec amour par Horace et Isis Coltrane dans la merveilleuse Eden Valley ; une rose fatale qui permet à Isis, ivre de vengeance après la mort accidentelle d'Horace, de s'arroger le droit de vie ou de mort sur les personnes qu'elle fait enlever, séquestrer, puis exécuter s'ils se révèlent insensibles à la beauté.

lundi 26 avril 2010

Et toi, tu vis toute seule ?

Anne de Bartillat est une sorte de Nicole de Buron qui aurait failli à s'entourer d'une famille nombreuse mais heureuse en dépit de fréquentes embrouilles affectives. L'auteure élève seule ses deux filles dont le père, le géniteur plus exactement, a préféré la fuite à la charge de parent.
Faisant face avec bonne humeur aux petites lassitudes et aux grandes joies quotidiennes d'une "cheffe" de famille monoparentale, elle brosse avec humour, en de courts chapitres, les activités à plein temps d'une wonderwoman ordinaire. Optimiste mais partagée, elle occupe sa vie de femme active, de mère et de femme (parfois) à jongler avec le temps et les aléas familiaux et professionnels.

vendredi 23 avril 2010

Crimes et cocktails en série

Publiée dans la collection Red Dress Ink, plutôt destinée à un public adulescent, Wendy Roberts mêle comédie et mystère dans cette histoire de prémonitions et de pratiques sataniques qui fonctionne à coup de grosses ficelles.
Moderne Fantômette, l'héroïne joue, à ses risques et périls, les redresseurs de tort involontaires. Si elle ne croit pas à ses talents de medium, ils lui valent l'admiration inconditionnelle de son amie Jenny. Ses véritables ennuis commencent le jour où il lui faut se rendre à l'évidence. Suivant ses visions, elle se met à découvrir des cadavres - chat, puis humain - ce qui lui vaut l'attention soupçonneuse de la police, ainsi que celle, professionnelle, de l'avocat le plus sexy du cabinet où elle travaille... avant d'en être mise à l'écart pour cause d'implication dans une enquête criminelle.

jeudi 22 avril 2010

Niccolò Ammaniti

Je n'ai pas peur


Et je t'emmène
Ce sont les mots du titre, mais aussi les derniers du livre, ceux que le narrateur écrit de prison à sa seule amie. Cette histoire croise le parcours de deux anti-héros dont on comprend mal ce qu'ils vont partager. Pietro Moroni est un élève de 12 ans qui apprend, au début du roman, qu'il est le seul de tout le collège à redoubler : il est sanctionné pour avoir commis, sous la contrainte d'une bande de voyous locaux, effraction et dégradations. A 44 ans, Graziano Biglia est un séducteur de boîte de nuit qui vient de se fiancer à une jeune gogo danseuse et envisage de la présenter à sa mère. Ischiano Scalo est leur village natal, le long de la voie Aurelia qui relie Rome à Vintimille...

lundi 19 avril 2010

Le sourire de l'ange

Je n'ai pas grand chose à ajouter à la présentation éditoriale de ce thriller de Joyce Carol Oates publié sous le pseudonyme de Rosamond Smith : " Un visage avenant, un esprit brillant : Colin Ash, vingt-sept ans, recueille tous les suffrages au sein de la haute bourgeoisie de Boston. Or, chacun ignore qu'il note le détail de ses forfaits dans un registre bleu. Dorothea Deverell, la veuve dont Colin s'est épris, découvrira que, derrière son sourire d'ange, se cache un être inquiétant... "
Une lecture agréable mais dont le dénouement est un peu trop attendu, puisque tout est quasiment révélé dès le début : l'intrique y perd beaucoup en intérêt.

dimanche 18 avril 2010

Eau lourde et autres nouvelles

La perception et la gestion de l'altérité, dans des sociétés jumelles des nôtres mais transposées dans des mondes imaginés, sert souvent de base aux romans de science-fiction. Certaines nouvelles de Martin Amis sont le reflet d'une réalité à peine distordue, à la limite du genre : je citerais L'envers du placard qui détourne les clichés envers l'homosexualité, pour en parer l'hétérophobie qui règne dans une Amérique parallèle aux mentalités peu différentes par ailleurs.
Un recueil qui porte bien son titre : des réflexions lourdes de sens dont la lecture n'est pas sans laisser les traces d'un malaise diffus ; je déplore que le style, exploratoire, soit parfois illisible.

vendredi 16 avril 2010

Thérèse Raquin

Quel plaisir de reprendre contact - grâce au circle challenge ABC - avec l'oeuvre monumental de Zola, dont le nom évoque pour moi le meilleur de l'écriture du XIXème siècle. Il signe dans ce roman, un de ses premiers (1867) et celui qui l'a fait connaître du public littéraire parisien, un splendide portrait de femme. Femmes auxquelles il sait faire la part belle, même si, comme l'inoubliable Nana, elles ne sont pas des plus recommandables !

Adoptée dès l'enfance par sa tante paternelle et promise au mariage avec son cousin maladif, Thérèse ne connaît et n'attend rien de la vie. Faute d'être avertie des choses de l'amour, la rencontre avec un collègue de son mari la met aux prises avec des pulsions qu'elle ne contrôle pas et qui l'entraînent sur la pente d'une passion criminelle.
Le trio infernal est en place : la femme, le mari, l'ami, l'amant. Si le scénario n'est pas original, Emile Zola, par son regard d'entomologiste, en tire une histoire qui le devient. Tel un scientifique rendant compte d'une expérience de laboratoire, il note avec précision les étapes de la métamorphose des protagonistes au contact l'un de l'autre.
En réponse aux accusations portées par certains critiques lors de la première parution, il justifie dans la préface de la seconde édition la violence et la bestialité des personnages : « Dans Thérèse Raquin, j'ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. Là est le livre entier. J'ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs [Thérèse] et leur sang [Laurent], dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair. Thérèse et Laurent sont des brutes humaines, rien de plus ».

jeudi 15 avril 2010

Thérèse Desqueyroux

La Thérèse de Zola me fait penser à une autre Thérèse, qui lui est de 60 ans postérieure, une autre femme meurtrie par la vie et les conventions sociales, aussi meurtrière en puissance. Basé sur un fait divers, il s'agit du personnage décrit par François Mauriac dans son roman le plus célèbre.
L'illustration de couverture, un portrait de 1920 signé Kees Van Dongen, traduit bien les affres du personnage de Thérèse Desqueyroux qui réapparait dans un autre roman La Fin de la nuit ainsi que dans deux nouvelles, Thérèse chez le docteur et Thérèse à l'hôtel.

Thérèse Desqueyroux a tenté en vain d'empoisonner son mari à l'arsenic. Celui-ci, par souci du scandale ou par calcul machiavélique, la disculpe au cours du procès qui conclut à un non-lieu. Mais la victime se transforme rapidement en bourreau : dès le retour au domicile conjugal, Thérèse est transformée en captive muette et en souffre-douleur. Elle se raconte dans une longue confession qui cherche autant à comprendre qu'à expliquer : en dépit de son geste criminel, elle apparaît comme profondément humaine face à la froideur de son mari.

mercredi 14 avril 2010

Pierrot le fou

Le miracle des premières fois s'est produit avec le film de Jean Luc Godard dont la découverte dans une version restaurée par la cinémathèque française m'a laissée pantoise. Je suis restée les yeux équarquillés devant le choc des couleurs qui explosent, le (dés)équilibre du couple Ferdinand/Pierrot-Marianne, la naissance du mythe "Anna Karina", auquels s'ajoute la saveur des mots, lus, écrits, mimés-même, avec l'irruption de Raymond Devos dans un exercice qui n'appartenait qu'à lui... Le Cinéma qui transporte, non seulement à travers la France, à l'image de l'odyssée des deux héros, mais aussi à travers le temps avec un film qui a fait date mais n'avoue pourtant pas son âge.