J'ai sorti de mes cartons le deuxième roman de Jean Philippe TOUSSAINT paru en 1986 et acheté en soldes dans les années 90 avec son troisième titre L'appareil-photo, à la suite de mon aperçu favorable de sa saga M.M.M.M. (Fuir, voir ci-dessous).
MonsieurIl n'a pas de nom, juste Monsieur, tout le roman est écrit à la troisième personne, ce qui jette d'emblée un regard excentré sur le personnage. J'envisage successivement qu'il soit bête, tire au flanc, profiteur... mais j'apprends plus loin qu'il est centralien, directeur commercial chez Fiat France, qu'il gagne probablement plus qu'un médecin !
Professionnellement, il est tout le contraire du jeune cadre dynamique. Il maîtrise sur le bout des doigts la technique de l'évitement, il se tient constamment en retrait, dans l'angle mort de sa chef de service. Sans autre ambition que celle de se faire oublier, il exerce son intelligence à se faire remarquer le moins possible : par exemple dans les réunions, il choisit la 17ème place, la moins en vue. Acculé par une question directe, il répond de manière sèche et technique. Courtois et serviable, dans sa vie privée le fait qu'il ne sache pas dire non le met parfois dans des situations quotidiennes absurdes, comme de dactylographier pour son voisin l'ouvrage improbable qu'il veut publier, ce qui donne lieu à des apartés incongrus sur la cristallographie. Le ressort comique est inattendu.
Le style est concis, minimaliste mais ses effets sont démesurément percutants, avec des passages drôles à force d'être décalés. Le caractère jouissif du récit
ressort de l'extrême platitude de la vie de Monsieur. Il a
quelque chose en lui qui m'évoque Bartleby. Prévisible jusque dans son costume cravate, je me demande la manière dont il va gérer le bouleversement consécutif à sa rencontre de la superbe Anna Bruckhardt ?... Mais contrairement aux autres romans qui débutent avec l'action, Monsieur se termine quand un début d'action va peut être s'inviter dans sa vie... ou pas !
Procrastinateur par flegme, attentiste, partisan du moindre effort, sa tranquillité est ce qui compte le plus à ses yeux. Il est un monument à la force d'inertie.
Le titre du premier roman de Jean Philippe Toussaint, seulement publié en version numérique, précise d'emblée sa posture d'auteur : Échecs ou le dynamisme romanesque des puissances immobiles !
challenge belge qui se confirmeLu le 7 mai 2020
Extrait du résumé :
Monsieur, qui ne voulait pas d'histoires, n'aimait pas tellement raconter ce qu'il faisait. Il faisait de son mieux, en général et, après réflexion, parvenait à trouver une solution, élégante parfois, souvent mathématique, pour chaque difficulté de la vie.
La meilleure illustration en est la résolution du problème de l'addition au restaurant, qui n'a rien à envier au sketch de Muriel Robin, en beaucoup plus intellectuel !
Pourquoi m'a-t-on offert un téléphone portable le jour même de mon arrivée en Chine ? Pour me localiser en permanence, surveiller mes déplacements et me garder à l'oeil ? J'avais toujours su inconsciemment que ma peur du téléphone était liée à la mort - peut-être au sexe et à la mort - mais, jamais avant cette nuit de train entre Shanghai et Pékin, je n'allais en avoir l'aussi implacable confirmation.
J'ai bien aimé faire connaissance avec Marie à travers le narrateur et j'ai envie de connaître les autres saisons. Elle semble un personnage fort mais insaisissable, avec ses tourments cachés qu'il devine mais qu'elle ne partage pas. Lui est un peu paumé, peut être l'effet chinois du début du roman. Il paraît subir plutôt que choisir les événements, ce qui l'entraîne dans une sorte de road movie halluciné, où les rencontres sont à la frontière de l'irréel. L'irruption abrupte de l'appel de Marie le ramène en France, puis en Italie, mais son errance se poursuit. Le détachement du récit me rappelle L'étranger de Camus.
Lu le 7 juillet 2018
La saga MARIE MADELEINE MARGUERITE DE MONTALTE retrace quatre saisons de la vie de Marie, créatrice de haute couture et compagne du narrateur : Faire l’amour, hiver (2002) ; Fuir, été (2005) ; La Vérité sur Marie, printemps-été (2009) ; Nue, automne-hiver (2013). Marie s'appelait de Montalte, Marie de Montalte, Marie Madeleine Marguerite de Montalte. Marie, c'était son prénom, Marguerite, celui de sa grand-mère, de Montalte, le nom de son père (et Madeleine, je ne sais pas, elle ne l'avait pas volé, personne n'avait comme elle un tel talent lacrymal, ce don inné des larmes). Lorsque je l'ai connue, elle se faisait appeler Marie de Montalte, parfois seulement Montalte, sans la particule, ses amis et collaborateurs la surnommaient Mamo, que j'avais transformé en MoMA au moment de ses premières expositions d'art contemporain. Puis, j'avais laissé tomber MoMA, pour Marie, tout simplement Marie (tout ça pour ça).











































