jeudi 31 mai 2018

Omar le navigateur

Je remercie la toute jeune maison d'éditions Les aventuriers de l'étrange pour ce premier partenariat (et historiquement le dernier) avec Livraddict : publié en 2005 par Ariadna Editorial en Espagne, Omar le navigateur est sorti en version française le 8 mars 2018, le prochain album prévu en mai est un autre titre espagnol avec Duerme pueblo (Et le village s'endort).
Il est déjà intéressant de noter que le titre original de Pedro Rodriguez : Omar, el Navegante : Jin-el Rais (2005) met plutôt l'accent sur l'autre membre du duo, Andreas, devenu chef pirate non affidé, sous le nom de Jin el Rais.
L'histoire se passe au XVII ème siècle, dans le bassin méditerranéen. Omar et Andreas sont deux jeunes crétois  qui partagent les jeux de leur âge avec une bande de garçons. Alors qu'Omar n'a pas froid aux yeux, Andreas est en butte aux chamailleries du groupe. Comme mise à l'épreuve, ils doivent sauter d'une falaise. Sous les flots, ils découvrent une épave de bateau, avec un homme ligoté au mât et une carte au trésor, qu'ils divisent en deux en se faisant le serment de la réunir quand ils auront les moyens de naviguer. Peu après, Andreas, coiffé de la tiare du mort, se fait enlever par des pirates débarqués sur l'île ; Omar leur échappent. Quelques années plus tard, leur route se recroise, mais les deux garçons ont bien changé. Omar est devenu un marchand d'affaires qui parcourt les ports de Méditerranée ; Jin el Rais la sillonne pour rançonner les bateaux. Il n'a pas oublié le trésor.
Pedro Rodriguez s'adresse à un jeune lectorat qui va pouvoir s'identifier aux deux héros d'une dizaine d'années, mais je trouve que le scénario est bien habile et permet une lecture plus profonde. Le monde méditerranéen et les relations qui se tissent entre gens de mer et gens de terre sont subtilement évoqués.  Pirates, enlèvements et séquestrations dynamisent cette histoire d'aventures sur fond de chasse au trésor qui met en scène un exemple des péripéties de conquêtes entre peuples de la Méditerranée. L'empire ottoman domine la Crète au milieu du XVIIème siècle, mais cela n'empêche absolument pas les pirates de piller ses côtes, comme en témoigne l'enlèvement du jeune Andreas. D'un point de vue psychologique également, les choses sont bien vues. Les deux garçons se trouvent séparés avant que leur amitié naissante ait pu se développer. Le déséquilibre potentiel de leur relation, parce qu'ils sont de caractère opposé, l'un entreprenant, l'autre timide, se trouve renversé à l'âge adulte. Comme on ignore tout des épreuves qu'a probablement dû surmonter Andreas pour asseoir sa réputation de " Rais ", on ne sait pas ce qui va pouvoir advenir des retrouvailles entre Omar le marchand pacifique et Andreas le pirate redouté. Ce tome appelle manifestement une suite...
Enfin, le choix de cette aire géographique est intéressant : l'Ouest de la Méditerranée est assez peu exploré en BD et comme tout récit qui touche aux îles me tente, j'y jetterai un regard plus exhaustif, comme j'ai pu le faire pour les îles des mers du Nord.

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