samedi 24 mai 2014

De l'intérêt d'écouter des livres audio


L'étranger
Heureuse redécouverte du titre de Camus dont j'avais gardé un très bon sentiment global mais très peu de souvenirs de détail, comme je m'en suis rendu compte en écoutant cet enregistrement audio. Je trouve que c'est une bonne façon de se repasser un classique que de le découvrir sous un autre angle, de se laisser porter par une double voix de la narration et du lecteur intermédiaire.
Mes souvenirs de L'étranger, lu au lycée, tiennent en peu de mots : je me rappelais d'un nom Meursault, d'une forme de sourde violence et d'une impression d'étrangeté - aux hommes, dans la ville, dans sa propre vie - mais pas de toutes les étapes de ses déboires, ni de sa condamnation ; le reste, je l'ai entendu comme une presque nouveauté, portée la voix de Michael Lonsdale (j'ai lu par ailleurs qu'il existe une version enregistrée par Albert Camus lui même). J'ai aimé de nouveau, notamment la question de liberté de choix, le sentiment de non maîtrise des évènements majeurs de l'existence, d'abandon à la fatalité ou de résignation du héros.

Le roman se divise en trois : le crime, le procès, la prison.
Depuis l'enterrement de Maman jusqu'au meurtre sur la plage, la première partie suit une lente progression, un inéluctable crescendo qui prépare la scène capitale. La description par le menu des faits et gestes de Meursault le montre comme quelqu'un d'insensible, sentimentalement et émotionnellement. Peu capable d'empathie, le personnage se situe à la limite de la sociopathie.
Son incapacité à extérioriser va bien entendu le desservir lors du procès pour meurtre. Meursault ne cherche pas à expliquer, ni à excuser son geste, ni à feindre un sentiment de culpabilité. Face à l'indifférence de son client pour sa défense, l'avocat commis d'office doit consentir à baisser les bras devant le réquisitoire à charge. 
En prison, Meursault reçoit une seule fois la visite de Marie, une ancienne collègue retrouvée au lendemain de l'enterrement, devenue sa petite amie et qui lui avait soustrait une promesse de mariage. Il ne semble pas en souffrir ; seule la liberté lui manque un certain temps, puis il s'habitue. Son univers mental est assez riche en dépit des apparences.
Seulement, il refuse le secours de la religion et désespère le prêtre. Comme étranger à lui même et à son environnement, Meursault ne voit aucun intérêt au prolongement de sa vie terrestre, mais il ne se projette pas non plus dans un au-delà après la mort.
Le roman d'Albert Camus, récompensé du Prix Nobel de littérature en 1957, illustre la théorie de l'absurdité de l'existence, entre fatalité et résignation. L'irréparable aurait pu être évité, le scénario aurait pu bifurquer à tout instant, mais chaque choix fortuit de Meursault, d'où l'impression de décision délibérée reste pourtant absente, le rapproche de la chute.

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