vendredi 13 septembre 2013

Le goût des abricots secs

challenge Tour du monde : Argentine

Petit bijou de sensibilité qui interroge le thème du souvenir, j'ai compris pourquoi Le goût des abricots secs de Gilles D. Perez m'a fait parfois penser à Patrick Modiano. Une musique douce et apaisante émane de ce court roman, qui traverse pourtant des épisodes douloureux.
Deux hommes s'obstinent à occuper leur appartement dans un résidence délabrée vouée à la démolition. La pluie incessante rend le récit un peu surnaturel, hors du temps ; plongés dans leurs souvenirs, ils semblent coupés du reste de l'humanité, hormis les visites qu'ils s'échangent, parfois sans parole, autour d"un verre de vodka.
J'ai beaucoup apprécié la façon d'entrer dans le roman par couches successives, de s'approprier des bribes d'un passé qui en dévoilent un peu plus sur les protagonistes : le vieux couple qui a fui son pays vers la liberté est resté très uni  (on apprend à la fin qu'il s'agit de la République tchèque) et leurs voisins de palier, un jeune couple qui occupe l'appartement grâce à une vieille amie de la famille se sont rencontrés adolescents sur une plage du Sud Ouest (dans les Landes sans doute).
Le veuf écoute chaque nuit un même morceau de musique (Les scènes d'enfant dans un enregistrement au piano de son épouse décédée) et l'homme solitaire contemple la seule photo qu'il possède de Véra, sa femme dont l'absence obsédante plane sur le récit, après qu'elle a disparu en ayant brûlé ses carnets intimes et toutes leurs photos.
En arrière plan, la musique et la folie sont omniprésentes, celle de Schumann, génie et aliéné qui a fini reclus et coupé des siens, mais aussi celle qui plane au-dessus de la jeune femme, toujours évoquée mais jamais présente.
Il faut prendre le temps de lire cette plume élégante, intimiste, se laisser prendre au rythme du récit. C'est un roman suspendu, qui ne se déroule pas linéairement entre le début et la fin mais creuse en profondeur. Les abricots secs de M. Perez ont un goût de revenez-y.

2 commentaires:

fersenette a dit…

tendre titre qui semble en décalage avec le contenu ...

XL a dit…

oui tu as raison de l'évoquer, j'ai choisi ce roman sur son titre et je ne m'attendais pas vraiment à ce contenu (d'ailleurs, de ce point de vue, il aurait dû s'appeler plus logiquement le dégoût des abricots secs), mais j'ai beaucoup aimé néanmoins, pas un coup de coeur mais presque