COUP DE COEUR
Encore une claque avec Les furtifs d'Alain Damasio dont j'ai hélas manqué la première de sa création au théâtre : Scène nationale 61 d'Alençon.
Le style est virtuose et questionne de multiples façons nos rapports au langage.
Quant à l'histoire, sans éviter à mon résumé d'être trop réducteur, il s'agit de deux parents qui vivent différemment la disparition soudaine de Tishka leur fillette de quatre ans, sans aucune trace d'effraction, de la chambre où elle dormait dans leur appartement.
Deux années ont passé.Lorca Varèse vient de quitter la vie civile pour entrer dans l'armée sous le commandement d'Arshavin, après avoir réussi l'entraînement et l'épreuve finale de recrutement du Récif « Recherches, Études, Chasse et Investigations Furtives ». Il intègre la " meute " de traqueurs d'Agüero, composée de Saskia et Ner. Leurs cibles sont les " Furtifs " ou FIFS, une espèce protéiforme qui maîtrise totalement l'art de l'esquive et se fige à ultra haute température plutôt que se laisser capturer vivante ! Le but de Lorca est d'obtenir les moyens de rechercher sa fille plus efficacement.
La mère a plutôt choisi la voie du deuil et ils sont séparés. Sahar est proferrante c'est à dire qu'elle enseigne illégalement aux enfants des rues et à ceux qui ne peuvent accéder aux coûteuses écoles privées. Ses conférences ont lieu dans les espaces publics, de manière informelle et son discours est tenu pour subversif par le pouvoir en place.
Le monde est dystopique, avec un développement exponentiel des objets connectés et du contrôle " sécuritaire" des citoyens. Les villes en faillite sont privatisées par des grands groupes, les citoyens classés par degré de privilèges, à l'exception de quelques îlots de résistance au totalitarisme de la pensée unique.
Comme pour La horde du contrevent et de façon encore plus justifiée en raison de l'importance de la musique dans le roman, une bande-son l'accompagne.
#DéfiCortex !
JOKER lieu extraordinaire
Je me suis inscrite des deux mains au Book Club de juin : le livre qui en fait l'objet est La Horde du Contrevent d'Alain Damasio ! Le book club se déroulera le week-end des 27 et 28 juin.Je l'ai lu en emprunt et acheté ensuite ce qui est rarissime : il est passé dans mon top 10 ! Je compte bien le relire un jour, mais sans pression, peut être cet été.
Pour me le remémorer, j'en ai profité pour lire les 2 tomes de la BD transposée par Eric Henninot qui attendaient dans ma PàL. En principe, je voulais attendre la fin de la saga car je n'aime pas être arrêtée en plein cours, mais ils furent parfait comme aide mémoire pour me rappeler combien j'ai aimé ce roman. Il faut lire l'introduction d'Alain Damasio sur le travail de recréation d'Eric Henninot. Je trouve qu'il réussit le tour de force de mettre des images sur des mots, s'approprier et rendre les concepts, rendre par un autre médium les astuces du roman, traduire sans trahir ! Seule une case m'a alertée mais seulement parce que je connais la fin, je pense que pour les néophytes du " Contre ", elle doit passer inaperçue. Les personnages et les phénomènes sont bien rendus, même si évidemment leur représentation se heurte fatalement à la projection de ma propre imagination.
Très gros coup de coeur avec ce titre sélectionné par Petite Fleur pour le regretté circle challenge ABC. Petit rappel : chaque participant proposait une liste alphabétique de lectures à faire découvrir à son binôme, j'avais beaucoup aimé participer.
Depuis que j'ai commencé à lire La horde du contrevent d'Alain Damasio, j'écoute en boucle la BO du livre, un CD d'Arno Alyvan inclus dans la couverture, qui accompagne et fait écho à l'écriture : ça ressemble un peu au thème de Blade Runner. J'ai adoré l'ensemble, où le plumage égale le ramage.
Pietro della Rocca leur prince, Erg Machaon leur combattant protecteur, Caracole leur chantre, enchanteur et troubadour, Larco, le braconnier aérien, capteur de méduses roses, Tourse l'autoursier et Darbon le fauconnier qui les nourrissent, Callirhoé la feuleuse qui chauffe et cuit, Aoi Nan cueilleuse et sourcière et jusqu'aux crocs porteurs de charge qui ferment le pack, tous sont excellents dans leur rôle car la survie de la horde n'autorise ni individualisme, ni aucune faiblesse.
Au cours de toutes ces années, ils ont peaufiné solidairement les techniques du contre et tous ses membres maîtrisent les figures qui en formation leur assurent la meilleure résistance au vent. Lorsqu'ils se présentent sur la dernière partie du parcours, la plus difficile et la plus dangereuse, celle qui va les mener face à leur destin, ils n'ont essuyé que des pertes minimes. Arval l'éclaireur, poseur de pharéoles (des balises sonores), Talweg Arcippé l'expert géomaître et Oroshi Melicerte l'aéromaîtresse, savent lire les paysages et les six formes connues du vent ou décrypter le passage des divers chrones couverts de glyphes, aux vertus merveilleuses ou tragiques. Ils ne craignent globalement qu'une chose, en dehors de l'échec inenvisageable, c'est que les navires fréoles désormais fiables, plus rapides et capables de relier l'aval et l'amont en quelques semaines, rendent leur cause obsolète et soient en mesure d'atteindre l'extrême-amont avant eux.
Contrairement à mon habitude, je ne l'ai pas dévoré mais j'ai réussi à lire petit à petit ce roman inclassable, comme en dégustation, intercalé à d'autres lectures à échéance, plus urgentes.
Cette épopée est l'histoire d'une performance, une troupe en marche dans des conditions physiques à la limite de l'humainement supportable, et il m'a semblé que mon rythme devait s'accorder à la lenteur de leur progression. Cependant, j'ai sans doute été encore trop vite dans certains passages, en dépit d'un début difficile car l'auteur a une écriture très imaginative, jusque dans la forme ; il est mal-aisé de s'y reconnaître parmi toutes les voix qui partagent le récit et racontent à leur manière et avec leur perception des bribes de leur histoire. Sachant maintenant la fin et n'étant plus pressée par le dénouement, je le relirai encore plus tranquillement, pour m'attacher à l'évolution des caractères et à l'extrême richesse psychologique des personnages.
Lu le 12 avril 2011
Il a fait l'objet sur Livraddict d'une LC proposée par Julien le naufragé


7 commentaires:
Ah je n'ai pas eu la chance d'écouter le cd, j'ai eu une version poche sans. Mais j'ai beaucoup aimé le livre, et comme ça a été construit comme un tout, ça devrait être pas mal :-)
Je ne savais pas qu'il y avait un CD. Tu l'as acheté avec le livre ?
oui tout était inclus Cd et livre
Pour moi aussi c'est un coup de coeur ;) Par contre, je ne sais pas comment tu as fait pour le lire par petits bouts sans dévorer :D
Ah c'est donc de ce livre que j'ai entendu parler... On m'en a dit beaucoup de bien. Et je pense que je le lirais dès que j'aurais un peu de temps. Je pense en effet que c'est un livre à laisser couler calmement, c'est ce qu'on m'en a dit...
Effectivement, au début, il est difficile je pense de le dévorer. Ce roman demande du temps pour être appréhender, tant pour la forme que pour l'histoire. C'est une expérience de lecture à lui tout seul. Et un vrai coup de coeur pour moi aussi. Je comprends que certains puissent ne pas aimer ceci dit. Et je suis surtout très contente qu'il t'ait autant plus !
J'ai pour ma part lu La Horde... en Folio (pas encore en BD - j'emprunterai sans doute en bibliothèque un jour les volumes parus). Et je me laisserais sans doute bien tenter, prochainement, par Les Furtifs... (merci pour votre chronique!) en espérant que ce sera un peu moins "philosophique (?) que la horde?
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