jeudi 19 décembre 2019

Patrick Modiano [2]

Du plus loin de l'oubli
Ce roman est le récit dépouillé d'une rencontre entre Jacqueline et le narrateur, qui s'est produite, trente ans plus tôt, dans les années 1960. Vient tout d'abord l'épisode parisien où il croise le couple alors qu'il vient de quitter le domicile parental, se fait passer pour majeur et étudiant, habite à l'hôtel de Lima et vit d'expédients notamment la revente d'ouvrages d'art. Suit l'épisode de Londres où il fuit avec Jacqueline et une valise dérobée qu'ils pensent pleine d'argent, laissant derrière son ex-compagnon et ses rêves de vivre à Majorque. Un jour, il l'attend en vain jusqu'à l'aube, elle lui a faussé compagnie.
Quinze ans plus tard à Paris, il aperçoit une femme qui ressemble à Jacqueline, mais le sordide a fait place aux beaux quartiers. Il est devenu écrivain, elle s'appelle Thérèse épouse Caisley (vérifier il me semble que Caisley apparaît aussi Dans le café de la jeunesse perdue) et passe une partie de l'année à Majorque. De cette relation en filigrane qui n'a duré que quelques mois, se résume à quelques noms et quelques lieux, l'auteur puise une matière suffisante pour tracer la persistance d'une relation amoureuse éthérée (d'ailleurs...) sur laquelle il jette un regard pudique. Autrement dit, une histoire belle dans toute sa simplicité.

Souvenirs dormants
Une évocation du destin de six femmes rencontrées puis perdues de vue par le narrateur dans les années 1960. Roman d'apprentissage et précis sur le souvenir, ce texte offre une méditation sur la répétition dans la vie et dans l'écriture.
Le style est manifeste et indubitable : sans couverture, ni page de garde, il resterait identifiable.  Sont-ce pour autant des souvenirs vécus, dont les traces ont été notées dans des petits carnets dès l'adolescence ? Un doute raisonnable persiste, mais il est certain que Jean D le narrateur est l'avatar de Patrick Modiano, qui reprend, poursuit, creuse et approfondit une quête identitaire sans fin. 
On dirait presque de l'écriture automatique tant l'auteur parvient à nous faire suivre le fil ténu des souvenirs dont les bribes remontent à la mémoire, à travers ces six portraits fuyant de femmes qu'il a croisées entre 15 et 22 ans, perdues de vue ou recroisées quelques années, voire plusieurs décennies plus tard. 
L'histoire commence par une rencontre avortée avant même d'exister avec Mlle Stioppa, la fille d'un russe en affaire avec le père du narrateur. Ensuite, les femmes qui croisent son errance et qu'il appelle ses fugues dessinent une géographie parisienne précise : Mireille Ourousov, qui occupe l'appartement de la mère de Jean, comédienne, quai de Conti, puis Geneviève Dalame, secrétaire chez Polydor et qui occupe au mois une chambre d'hôtel de la rue d'Armaillé, ensuite, Madeleine Péraud, 9 rue du Val-de-Grâce ou Martine Hayward, 2 avenue Rodin et Madame Hubersen dont le narrateur connaît l'adresse sans qu'elle soit mentionnée, enfin la meurtrière anonyme de Saint Maur qu'il évoquait déjà il y a vingt ans et dont il tait toujours le nom pour la protéger.
Lu le 29 août 2018

De son style, je pourrais dire que je suis tombée dedans toute jeune pour n'en jamais ressortir. Le coup de foudre a eu lieu avec ce qui devait n'être qu'une lecture de vacances. Les boulevards de ceinture, bientôt suivis de Ronde de nuit et de Place de l'étoile, n'ont été que le prélude à de longues années de confiance absolue. Je n'ai pas tout lu mais presque. J'achète maintenant aveuglément, à la parution, les ouvrages sous leur couverture crème filigrannée de rouge parce qu'ils sont plus beaux qu'en poche et que je sais que je vais les aimer et les garder. Connaissant mon goût et croyant me faire plaisir, il arrive qu'un de mes proches m'offre - déjà trop tard - le dernier roman en date.
Ce que certains reprochent à l'auteur, raconter encore et toujours la même histoire, fait mon bonheur. Je commence un roman avec l'impression de rentrer dans des chaussons, une sorte de rituel bien rôdé, je sais que je vais retrouver le même univers, à travers le prisme d'une nouvelle lecture. A l'absolue précision des adresses et des rues qui souvent décrivent un Paris bien réel s'oppose l'onirisme d'une ville qui échappe sans cesse, comme les errances du petit matin dans la nuit qui va finir. Patrick Modiano admet ses obsessions littéraires et son attirance pour " les disparitions et les absences " :
Il y a toujours quelqu'un qui cherche quelqu'un d'autre. Cela se passe de façon inconsciente.
Bibliographie en commentaire
Le 14 mai 2011

et pour illustrer le challenge des 4 AS : DEFI 1 à 6 PT
CLIC CLAC KODAK ! Partager une photo de votre livre préféré mis en situation de fêtes de Noël ! montage ou vrai photo, au choix et deux, trois mots sur ce livre
voilà quelques uns de mes derniers achats, en sapin au pied du bonhomme de neige
Le 16 février 2017






 

5 commentaires:

Valérie a dit…

j'ai un peu de mal avec cet auteur.

XL a dit…

Place de l’Etoile
Ronde de nuit
Les boulevards de ceinture
Villa triste
Livret de famille
Rue des boutiques obscures
Une jeunesse
Memory Lane
De si braves garçons
Quartier perdu
Dimanches d’août
Catherine Certitude
Remise de peine
Vestiaire de l’enfance
Voyage de noces
Fleurs de ruines
Un cirque passe
Chien de printemps
Du plus loin de l’oubli.
Dora Bruder
Des inconnues
La petite bijou
Accident nocturne
Un pedigree
Dans le café de la jeunesse perdue
Horizon

Les lectures de Licorne a dit…

Merci pour cette photo ! tu finis en beauté ;)

Les lectures de Licorne a dit…

Merci de cette photo ! tu finis ce challenge en beauté ;)

Aude a dit…

J'aime tellement cet auteur. J'aime les thèmes, même si c'est souvent la même chose. Quand on aime, on ne compte pas.