dimanche 27 janvier 2019

Lectures BD

Negalyod de Vincent Perriot (2018)
Jarri a hérité du troupeau de son père : plus de trois cents chasmosaures. Un jour, son troupeau est décimé par un "camion météo", c'est le début d'un long voyage pour retrouver l'homme coupable de ces expériences.
Les multiples points forts de cet album de 208 pages sont sans contexte :
le contexte : dans un environnement hyperconnecté, les dinosaures n'ont jamais disparu et ont été domestiqués par l'homme (et ils sont plutôt bien rendus)  - l'eau devenue rare est captée par les villes, désertifiant le reste de la planète - le Réseau informatique tout puissant règne sur la destinée des populations sauf dans les déserts - la technologie est un mélange d'archaïsme et d'anticipation ; l'histoire : Jarri Tchepalt, un berger du désert de Ty, perd son troupeau de trois cents dinosaures à cause des machines et réclame vengeance - il possède deux atouts pour réussir, il maîtrise l'art des cordes (le lancer) et le langage des animaux ; ses nombreuses références aux classiques de la SF : la parenté évidente des pilotes de chasse de ce monde avec Moebius ; sans oublier un avantage dont il faut remercier l'éditeur : la saga publiée en un seul volume peut se lire d'une traite.
Pourtant Verdorie donne un avis plus mitigé : Un scénario un peu léger pour ce one-shot SF post-apo. Un univers très riche qui aurait nécessité un plus ample développement de ce monde aride, ses populations multi-ethniques, sa faune préhistorique et ses technologies et architectures intrigantes. Graphisme à grande inventivité aux dominants bleu-acier ou dans les teintes « soleil couchant par temps d’orage »... Sublime !


Alena, une BD suédoise romantico-horrifique selon son auteur Kim Waldemar Andersson, appartient au genre gore, mais traite essentiellement d'identité et d'acceptation autour de deux personnages contraires. Josefin est forte, décidée, courageuse, mais voilà, elle est morte il y a un an, à cause d'Alena comme le laisse supposer le premier chapitre. Elles sont amies intimes, mais dans leur relation l'une assume totalement, l'autre pas. Si cela vous rappelle Pierre de Montaige "parce que c'était lui, parce que c'était moi" ce n'est pas par hasard. Face au mépris des autres élèves de son lycée, menées par Filippa la capitaine de l'équipe féminine, Alena se replie sur elle même et refuse les mains tendues. D'incidents mineures en agressions violentes, et supposées fantasmées, le drame se reboucle sur la scène initiale, dans un schéma finement construit.

Tante Henriette ou l'éloge de l'avarice
Isabelle Dethan ne me déçoit jamais, que ce soit en BD imaginaire ou réaliste. J'aime la poésie de son approche et son dessin si reconnaissable. Henriette s'est mariée sans amour, mais a partagé avec son mari le principe suprême "un sou est un sou". Veuve mais très à l'abri du besoin, elle continue néanmoins à économiser sur tout : les vêtements (elle porte des élastiques pour tenir ses chaussures) la nourriture (elle achète les invendus à l'épicier) etc. bien qu'elle possède un manoir en province et un hôtel particulier à Paris. Certaines anecdotes sentent le vécu autobiographique : la vieille tante à héritage possède toute son intelligence et s'autorise, vu son grand âge, à malmener enfants et petits enfants. J'ai vu venir l'histoire du poulet, mais je vous la laisse découvrir. Isabelle Dethan est vraiment un auteur à lire et à relire.
 
Collaboration horizontale
Carole Maurel et Mademoiselle Navie collaborent à la réalisation de cet album autour du quotidien d'un immeuble et d'une communauté de femmes solidaires dans le Paris occupé, en 1942. Pour sauver Sarah, son amie juive, Rose entame une relation passionnée un officier allemand.
Andrée est concierge d'immeuble à Paris, les seuls hommes "de la maison" sont son mari revenu infirme de la guerre et Léon parce qu'il est gendarme. Raymond lui a confié femme et enfant avant de partir au front. Sarah se cache des Allemands avec Anaël alors que son mari a pu s'échapper. Judith est enceinte de Léon. Camille, adolescente, cherche sa voie, professionnelle et sentimentale. Son amie Jo(séphine) chante dans les cabarets. La vieille Mme Lambert n'aime que les chats. Pour toutes ces femmes, il faut bien vivre, sous l'occupation ennemie. L'observation de la vérité historique est finement rendue à travers ces personnages fictifs.

samedi 26 janvier 2019

Tatiana de Rosnay [2] à trois ans d'écart

La mémoire des murs
Pascaline Malon souffre d'hypersensibilité à son environnement depuis son enfance... Certaines plaies de son passé, à jamais ouvertes, se rappellent à son attention avec insistance maintenant qu'elle est divorcée à plein temps ! En croisant la route éphémère de la première victime d'un violeur en série, elle trouve la voie vers sa propre rédemption.
Lu le 11 janvier 2016

Tatiana de Rosnay me surprend avec ce court roman, percutant sans agressivité, dont elle précise en introduction qu'il est à l'origine de ses recherches pour Elle s'appelait Sarah (à lire).
La vie d'une fillette enlevée avec sa famille en juillet 1942, alors que son petit frère est resté caché dans leur appartement, interfère avec celle de Julia, une jeune franco-amériaine.
J'ai finalement découvert l'histoire de Sarah en audiolivre, ce qui m'a d'ailleurs valu quelques attentes en voiture, moteur éteint, pour connaître la fin d'un chapitre. La lectrice ne m'était pas inconnue ; sa voix convient assez bien aux suspenses, je crois qu'il s'agit d'Avant d'aller dormir (à vérifier)

Elle s'appelait Sarah
Inspiré de ses recherches pour La mémoire des murs, sa genèse  m'a incitée à me pencher sur cet autre roman de Tatiana de Rosnay. Un appartement fait le lien entre deux familles : l'une juive originaire d'Europe centrale, expulsée, spoliée, déportée au cours de la rafle du Vel' d'Hiv, l'autre française, parisienne, bénéficiaire d'un de ces appartements opportunément libérés. Il devient l'objet central d'une enquête menée par une jeune journaliste américaine installée à Paris, alors qu'elle est tardivement enceinte d'un second enfant dont son mari ne veut plus assumer la paternité, alors qu'il sont déjà parents d'une adolescente. Pour comprendre la collaboration mais aussi la passivité de millions de Français face à l'Occupation et au régime de Vichy, elle (double de l'écrivain, ce qui est partiellement démenti dans l'interview qui fait suite à l'audiolivre) interroge des dizaines d'articles et quelques derniers témoins. Le matériel amoncelé au cours de la préparation de l'ouvrage est exploité d'une manière aussi réaliste et poignante que Le journal d'Anne Franck. Odile Cohen, déjà appréciée pour Les apparences de Gillian Flynn, prête sa voix à Audiolib.

jeudi 24 janvier 2019

La faucheuse

En LC avec un de mes adolescents qui me l'a fauché (oups mdr pas fait exprès) au retour de la bibliothèque, preuve que la Faucheuse peut rassembler plusieurs générations de lecteurs : habituellement je ne suis pas tellement convaincue par les héros de 16 ans (certains souligneront par absence de possibilité d'identification) mais pour une fois l'attachement aux personnages a fonctionné (comme je m'en souviens pour les premiers tomes de l'Autre-Monde). Citra et Rowan ont le caractère rebelle, sans doute la raison pour laquelle le Maître les a choisi pour devenir ses seuls et derniers apprentis-Faucheurs.
Les commandements du Faucheur : Tu tueras. Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation. Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue. Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.
Dans un monde où la maladie et la mort naturelle ont été abolies, le seul moyen de limiter la population est la décimation : chaque Faucheur, sélectionné et formé pour sa compassion, doit abattre un quota annuel de « glanés » de la manière de son choix et selon ses propres critères.
L'univers établi sur ces bases par Neal Shusterman ne tarde pourtant pas à montrer ses premières marques de faiblesse : en dépit des précautions de son système démocratique, les failles de son organisation sont exploitées par un groupe de Faucheurs dissidents menés par un leader charismatique, pervers et manipulateur.
Citra et Rowan se trouvent à leur corps défendant recrutés dans les deux factions rivales. Ils m'ont rappelé le duo de vainqueurs affrontant la finale des Hunger Games dans le premier tome.
Pas totalement original donc puisqu'il m'a fait pensé à quelques unes des lectures jeunesse que j'ai appréciées, le roman se referme dans l'attente du tome 2, sur un monde dystopique en pleine crise de réforme. J'imagine un peu quels seront les rôles de Citra et Rowan, mais cela semble tellement téléguidé qu'il y aura sûrement des retournements de situation.

lundi 21 janvier 2019

Epicure en Corrèze

Il y a quelques jours, ChocolatCannelle du blogue éponyme mettait en jeu trois livres. J'ai choisi un titre au hasard et il est arrivé dans ma BàL le 2 août 2017. Je garderai la surprise sans lire la quatrième de couverture. Merci beaucoup à elle ! 

Dans cet ouvrage fortement autobiographique, Marcel Conche donne sa lecture de la philosophie d'Épicure. La base de sa sagesse appliquée au quotidien passe par un retour aux fondamentaux propres à assurer un bonheur constant dans la simplicité. La parole est utile dans un contexte de surconsommation et de besoins suscités sans être jamais satisfaits. Même si un ego un peu démesuré transparaît parfois, l'écriture est celle d'un intellectuel ayant pondéré chacune de ses réflexions, d'un éclaireur qui sait rendre simples ses explications. Le texte émaillé de souvenirs personnels, d'histoire familiale, de rencontres révélatrices, montre la construction d'une pensée en marche et fascine par la mécanique d'un cerveau en perpétuelle demande de connaissances. Quand les besoins matériels élémentaires sont satisfaits de peu, les désirs de l'esprit ne sont quant à eux jamais rassasiés : telle est la leçon pleine de vivacité donnée par ce Monsieur âgé de 97 ans. 

dimanche 20 janvier 2019

swap PNS 2018

Merci à...
Bonheur du jour pour son passage, pour son site qui rappelle qu'il faut profiter de chaque instant positif, pour être nouvelle venue et avoir marqué le 1000ème commentaire, c'est peu mais comme - par choix - mon blogue n'est pas du tout référencé, ça me satisfait déjà pleinement
Les plus actifs de mes commentateurs sont dans l'ordre décroissant : PhilippeD (Lire sous la contrainte) depuis 2013, Piplo (Challenge des nombres) depuis 2012 et Sofynet (50 billets, 50 états) de 2011 à 2016 et les plus assidus hors challenge : Jeneen de 2011 à 2012, Fersenette de 2012 à 2014, Le Papou de 2012 à 2017, tandis que Dasola et DanielF sont régulièrement présents depuis 2012
MERCI à vous


... et tout est bien qui finit bien
Père-Noël Secret
Ce mini swap en chaîne est organisé par CelebAngel pour la seconde année et je me réinscris. L'an dernier j'ai été gâtée par Plume35, mais le secret a été tellement bien gardé que je ne me souviens plus du tout qui j'ai swappé !
Le principe est vraiment simple : chaque participant doit faire un cadeau à quelqu'un d'autre. Tout le plaisir de ce système est de garder la surprise totale jusqu'à l'ouverture du cadeau :
- 1 livre de la WL de votre swappé(e)
- 1 marque-page
- 1 petite surprise
- 1 lettre dans laquelle vous révélez votre identité.

Edit du 2/10 : Celebangel a révélé les noms de nos swappés, mais chut... le secret est de mise
Edit du 29/12 : je m'attendais à mon paquet dans la boîte, mais rien, mon PNS s'inquiète et moi aussi

Mon père Noël secret, qui ne l'était plus trop, car vu que le colis a fait un aller retour Belgique-Bretagne-Belgique, Martineke a dû se dénoncer... Que de péripéties autour de ce swap en chaîne (A envoie à B qui envoie à C, etc.) organisé par CelebAngel. Il  était prévu pour arriver avant le 25 décembre ! Je n'ai pas fait beaucoup mieux puisque mon binôme n'a pu déballer son cadeau que le 4 janvier. Mais je ne suis pas la seule retardataire et malheureusement certains participantes n'ont rien reçu du tout. Le contenu prévoyait :
-    1 livre de la WL de votre swappé
-    1 marque-page
-    1 petite surprise
-    1 lettre dans laquelle vous révélez votre identité.
Mais place aux photos, sans sapin bien sûr, de ce parfait colis de 





NOËL : des emballages très colorés, j'ai même hésité à déchirer celui entourant le livre de contes de Selma Lagerlöf, un foulard plein de couleurs également, que je vais porter de suite, une trousse en tissu grège avec un petit porte bonheur chinois, des chocolats Milka, un marque page et une carte Merry Christmas, merci beaucoup Martineke pour ce beau cadeau, il aurait été vraiment dommage qu'il se perde.

mercredi 16 janvier 2019

L'innocence des bourreaux


challenge des auteurs belges
Plusieurs commentaires positifs sur Barbara Abel m'ont donné envie de profiter du challenge pour découvrir cette auteure belge de thriller. La couverture de son premier roman, disponible dans ma bibliothèque habituelle ne m'attirait pas vraiment (thème femme enceinte) aussi ai-je préféré attendre de fréquenter un autre lieu de prêt pour trouver livre à mon goût. Certains ont écrit que L'innocence des bourreaux n'est pas son meilleur : un braquage qui dérape et tourne au carnage, mais pas pour les raisons envisagées... Avec un tel titre et la quatrième de couverture, je m'imaginais une histoire de syndrome de Stockholm, mais pas du tout. Il y est plutôt question d'éducation et de dévouement, d'attachement par les liens du sang, de responsabilité et de culpabilité. C'est un faux huis clos (l'adjonction de deux huis clos successifs) car l'unité de lieu n'est pas respectée, dans lequel les situations évoluent rapidement et les revirements de situation, qui vont crescendo sans possibilité de retour en arrière, sont surprenants et absolument inattendus.

mardi 15 janvier 2019

Au choix sur Babelio le 16 janvier

pour votre sélection c'est toujours la même adresse !

mes choix n'étaient pas parmi les plus demandés : à 16 heures, j'ai pu en sélectionner une bonne partie
 

pour la mienne c'est ci-dessous : un roman, deux beaux livres, trois numéros d'une revue Carbone qui m'intéresse bien, quatre B, c'est le 5 décembre sur Babelio

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Quelques titres sélectionnés parmi le choix de cette Masse critique dédiée aux "mauvais genres" :   deux fois Philippe Curval, avec des résumés prometteurs Black Bottom et Un souvenir de Loti et...

dimanche 13 janvier 2019

Je lis aussi des nouvelles

Australie
challenge En 2019, je voyage

Nuits cristallines : Daniel Cliff investit sa fortune gagnée en start up dans la course à la réalisation d'une intelligence artificielle capable de se reprogrammer. Le projet Saphir, un univers virtuel hébergé dans un cristal plus rapide que n'importe quel processeur, permet à ses créatures d'expérimenter l'évolution à un rythme accéléré. Daniel, qui se voit comme leur démiurge, attend en retour la manifestation de leur reconnaissance, mais elles s'échappent, emportant avec elles le support de leur monde.
La nouvelle, récompensée par le Prix des lecteurs de Bifrost 2015, questionne les notions d'éthique, de propriété et de sujétion, quand bien même les êtres concernés ne seraient que des intelligences artificielles. L'idée générale est claire mais des passages du texte sont parfois difficiles, parce que les notions scientifiques se fondent sur la recherche récente ; la linguistique évoque le volet des sciences humaines.

Je reprends la nouvelles ci-dessous qui a été lue précédemment dans le recueil Nouveau Space Opéra. Gloire raconte la divergence déontologique de deux curieuses entités confrontées à un obstacle dans l'exécution d'un sauvetage archéologique.
Deux représentants d’une civilisation galactique très avancée sont envoyés sur un monde lointain afin de récupérer les découvertes extraordinaires léguées par une espèce éteinte depuis un million d’années. Mais les maîtres actuels de cette planète ont des ambitions qui risquent de contrecarrer leur mission.
Combinant mathématiques et astrophysique, Greg Egan donne la démonstration de son talent comme écrivain de la hard science parmi les plus novateurs de sa génération, d'ailleurs salué par le prix Hugo et le John W. Campbell Memorial Award. Né à Perth en 1961, il publie sa première nouvelle en 1983. Programmeur de profession, il signe à ce jour huit romans et une soixantaine de nouvelles (anthologie publiée par Le Bélial).


P U B L I C I T E


Mortelles ritournelles : imaginez l'équivalent sonore des images subliminales maintenant interdites dans la publicité... dans le monde de Greg Egan, les annonceurs sont parvenus à solliciter les capacités auditives des consommateurs à leur insu.
Michael Underwood, consultant en musique créative pour l’Usine à Inspiration, ne put s’empêcher de jeter un œil discret à sa montre. Il lui restait encore du travail pour la campagne Hypersoft, laquelle se devait d’être terminée le jour même, et l’après-midi filait déjà. Il écoutait John Halbright depuis vingt minutes. Il ne savait toujours pas en quoi ce que présentait le président de la Société de Neurocartographie appliquée « était la plus belle mine d’or publicitaire depuis que le Département du Trésor avait accepté de vendre des emplacements à hologrammes sur le billet de dix dollars ». Halbright remarqua son geste, s’arma de courage et recommença.
« Vous avez bien compris que nous avons identifié les circuits neuronaux impliqués dans le traitement de la musique ? »

La nouvelle suivante, parue en 1953 et unique production de son auteur Ann Warren Griffith, évoque un thème assez proche.
Audience captive
Si les produits de consommation se mettaient à se rappeler régulièrement à notre attention pour soutenir notre fièvre acheteuse, les seuls refuges contre la cacophonie publicitaire seraient alors les lieux situés en dehors de la vie séculière, comme les prisons par exemple, mais pour combien de temps...
La collection Dyschroniques des éditions Le passager clandestin regroupe des nouvelles de science fiction dont la réédition présente - a posteriori - un intérêt particulier au regard de la genèse du genre et/ou du sujet abordé.
J'en retiens l'étonnante capacité d'anticipation face à l'évolution possible d'une société livrée sans merci aux mentors du consumérisme.

Je mets le lien vers une interview d'Yves Citton, co-directeur de la revue Multitudes et auteur de Pour une écologie de l’attention et Médiarchie relative au sujet de l'économie de l'attention (1995) : manuel de survie dans un monde hyperconnecté.

dimanche 6 janvier 2019

Fred Vargas [5]

Hors série
Ceux qui vont mourir te saluent

Les enquêtes du commissaire Jean Baptiste Adamsberg [4]
Les quatre fleuves
Le roman graphique peint à l'encre de chine par Edmond Baudouin pour relater une enquête originale du commissaire Adamsberg, réussit l'exploit d'atteindre à la même finesse psychologique que les précédents romans de Fred Vargas mais en raccourci : le déroulement est plus concis, plus concentré et moins lent. Le commissaire reste aussi insaisissable, alors que Danglard est plus repoussant qu'à l'écrit ou alors - parce qu'il est père, célibataire et l'assume - je n'ai pas voulu lire entre les lignes ce que le dessin expose crûment. L'énigme posée par la mort violente d'un voyou met le commissaire aux prises avec une famille de marginaux qui fait bloc autour du patriarche, une sorte de facteur Cheval en train de construire une réplique du Bernin avec des cannettes et des capsules de bière. Je ne connais pas assez l'univers de Fred Vargas pour savoir si la conclusion s'insère dans le fil de sa bibliographie.

L'homme aux cercles bleus
Cela fait bien longtemps que je n'avais pas réussi à accrocher un titre à ma liste en BLEU : la cause, trop de challenges, trop de lectures de blogues, trop de tentations. Mais voilà, j'en tiens un et un bon !
Je suis contente de commencer par le début des enquêtes du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg et de faire connaissance avec sa méthode si particulière de " pelleteur de nuages ". Le surnom lui a été attribué par son équipe, dont fait partie son inspecteur préféré, Danglard, père célibataire de deux fois deux jumeaux plus un coucou depuis que sa femme lui a abandonné leur progéniture.
L'enquête se passe à Paris : ils sont affectés au commissariat du V ème, mais l'homme aux cercles bleus se déplace dans plusieurs arrondissements. Au début, il ne s'agit que de bizarreries, des cercles dont le centre désigne un rebut de trottoir, un objet insignifiant laissé pour compte. Mais le commissaire, avec sa manière bien à lui de ressentir la cruauté des gens sait que cela va empirer. Il met ses enquêteurs sur l'affaire bien avant le premier meurtre... qu'il ne peut éviter, ni les deux suivants.
Mathilde, une océanographe célèbre et déconcertante, avec des conceptions très personnelles sur l'existence et dont je me demande au bout du compte si elle ne serait pas plus misanthrope que généreuse, arrive aussi dans sa vie. Elle lui est beaucoup plus proche qu'il n'aurait pu l'imaginer, bien qu'elle n'ait rien à voir avec ses Pyrénées natales et ses débuts dans la carrière policière.
J'avais déjà apprécié la plume de Fred Vargas dans Ceux qui vont mourir mais je dois dire que l'idée de retrouver ses personnages récurrents me séduit encore plus.
Lu le 20 décembre 2013

Assez bizarrement, après avoir beaucoup apprécié ces deux romans au moment de la lecture et l'avoir écrit dans mes billets, je ne suis plus aussi sûre de mon degré de satisfaction maintenant que le temps a passé et mon enthousiasme me semble exagéré.

Un lieu incertain 
Le troisième roman de Fred Vargas que j'ai tenu entre les mains n'échappe pas à la règle et je m'en aperçois en ayant tardé à écrire mon billet. Les raisons de mon plaisir m'échappent un peu et si je ne trouve aucun défaut au style de l'auteur, je ne sais pas ce qui motive l'envie de me replonger dans une enquête d'Adamsberg. Je crois que mon principal attrait tient à la personnalité si particulière du curieux personnage principal, qui pourtant n'était pas présent dans Ceux qui vont mourir te saluent.
Quant au présent objet de ce billet, Un lieu incertain m'a clairement mise mal à l'aise, tant pour la partie anglaise de l'enquête que pour le meurtre perpétré en France. Je n'ai pas non plus adhéré à l'épisode mettant à mal le commissaire imprudent dans les Balkans. Mais la double énigme autour de la personnalité du " Zerquetscheur " (écraseur) est particulièrement intéressante.
Dans l'incertitude, une prochaine tentative me convaincra de poursuivre la série... ou pas.
Lu le 21 février 2015

Pars vite et reviens tard est la troisième enquête de Fred Vargas dans laquelle apparaît Jean Baptiste Adamsberg. Le commissaire (maintenant principal à la Criminelle), aux méthodes vraiment très peu orthodoxes, reste accompagné de son fidèle second Danglard, méthodique convaincu. La paire est pour le moins saugrenue mais pourtant elle fonctionne. Ils affrontent un serial killer qui annonce ses crimes à l'aide d'extraits de textes médiévaux et par la voix d'un "crieur des rues" : Joss Le Guern, comme feu son arrière grand-père, exerce ce métier peu commune, installé à un carrefour proche de la gare Montparnasse (le quartier des Bretons en exil dans la capitale pour ceux qui l'ignorent).
Pour avoir rossé un armateur responsable de la mort de deux marins, Joss Le Guern, capitaine du chalutier "Le Vent de Norois", a connu la prison, puis le chômage avant d'échouer à Paris et de devenir "crieur", place Edgar Quinet. Trois fois par jour, il relève les messages, accompagnés de pièces ou de billets, que ses clients ont déposés dans sa boîte et, trois fois par jour, perché sur une estrade, il crie les nouvelles devant les habitués du quartier. Un jour, Joss découvre dans sa boîte une étrange missive qui se révèle inquiétante. C'est tout au moins ce que pense Hervé Decambrais, un septuagénaire qui allie à la broderie de napperons une érudition peu commune. Et comme ces messages bizarres continuent d'arriver trois fois par jour, il va déployer tous ses efforts pour en détecter le sens caché.
Le commissaire principal Jean-Baptiste Adamsberg, qui vient d'être affecté à l'antenne du XIII ème arrondissement de la brigade criminelle, reçoit Maryse. La jeune femme est affolée d'avoir découvert peint en noir sur presque toutes les portes de son immeuble un grand 4 inversé accompagné des lettres CLT. Le policier se décide à prendre l'affaire au sérieux lorsque des tags similaires sont découverts dans un autre arrondissement et qu'un cadavre est retrouvé, la peau enduite de charbon. Bientôt les deux affaires vont se recouper, l'oeil exercé du commissaire fera le reste.

Avec ses accroches insolites, Fred Vargas crée d'emblée un mystère. Elle entraîne le lecteur dans une plongée au cœur de l'histoire en compagnie de personnages déjà croisés dans de précédent romans, comme Adamsberg et son amie Camille (L'Homme à l'envers), ou encore Marc, l'un des évangélistes (Debout les morts). On y croise aussi d'autres individus singuliers comme Joss le crieur, Hervé, l'as du napperon brodé ou l'ancienne prostituée Lizbeth. Instructif et divertissant, ce nouvel opus qu'on déguste avec délice, est copieusement garni de digressions qui font le charme des polars de Fred Vargas.
Lu le 2 juillet 2018

Toyer

challenge ABC polar  1/13 : lettre M
Je ne suis pas assez familière de l'anglais pour avoir fait tout de suite le lien avec le sens du titre : Toyer est le surnom donné au serial killer par la journaliste Sara Smith, la première à écrire sur lui dans le second plus important quotidien de Los Angeles. Son ambition, son intuition et sa ténacité dans la recherche du scoop vont l'amener à damer le pion à l'ensemble de la profession, collègues de la presse écrite et télévisuelle confondus.
Une autre femme s'intéresse également de près au sort des victimes du Joueur, séduites, moralement abusées puis laissées dans un état végétatif proche de la mort. Bouleversée par le sort de ces "belles fleurs pâles", Maude Garance, neurologue et physiatre, est prête à tout tenter pour arrêter le criminel.  Au risque de sa carrière et des sentiments personnels de son chef de service, elle consent à la proposition de Sara : réaliser par voie de presse l'analyse psychiatrique de Toyer, pour l'amener à la faute.
Une relation triangulaire très particulière se noue par média interposés et passionne un lectorat avide de sensations, mais elle expose dangereusement les deux femmes à leur " cible".
Je pense que certains développements auraient pu être économisés, mais néanmoins l'alchimie voyeuriste fonctionne parfaitement et un doute bienvenu parvient même à flotter durant certaines parties.

samedi 5 janvier 2019

Pourquoi j'aime les nouvelles

C'est un euphémisme car les nouvelles sont mon genre préféré.
Elles ne permettent aucun raté ; je n'hésite jamais entre j'aime ou je n'aime pas ! c'est du concentré d'écriture dont l'effet doit être percutant ; l'auteur n'a que quelques pages (au maximum quelques dizaines) pour convaincre
La piscine était vide de Gilles Abier
Célia est acquittée par un jury d'assises pour mineurs : cela signifie qu'elle a moins de 18 ans et qu'elle est soupçonnée d'un crime de sang. L'accusation vient de la mère de la victime : elle estime que la mort d'Alex n'est pas accidentelle... Son fils et petit ami de l'accusée s'est fracassé le crâne en chutant sous leurs yeux dans la piscine maternelle.
Collection D'une seule voix (d'un seul souffle) chez Actes Sud Junior

*****
Australie
Trois nouvelles SF de Greg EGAN

Nuits cristallines : Daniel Cliff investit sa fortune gagnée en start up dans la course à la réalisation d'une intelligence artificielle capable de se reprogrammer. Le projet Saphir, un univers virtuel hébergé dans un cristal plus rapide que n'importe quel processeur, permet à ses créatures d'expérimenter l'évolution à un rythme accéléré. Daniel, qui se voit comme leur démiurge, attend en retour la manifestation de leur reconnaissance, mais elles s'échappent, emportant avec elles le support de leur monde.
La nouvelle, récompensée par le Prix des lecteurs de Bifrost 2015, questionne les notions d'éthique, de propriété et de sujétion, quand bien même les êtres concernés ne seraient que des intelligences artificielles. L'idée générale est claire mais des passages du texte sont parfois difficiles, parce que les notions scientifiques se fondent sur la recherche récente ; la linguistique évoque le volet des sciences humaines.

Je reprends la nouvelles ci-dessous qui a été lue précédemment dans le recueil Nouveau Space Opéra. Gloire raconte la divergence déontologique de deux curieuses entités confrontées à un obstacle dans l'exécution d'un sauvetage archéologique.
Deux représentants d’une civilisation galactique très avancée sont envoyés sur un monde lointain afin de récupérer les découvertes extraordinaires léguées par une espèce éteinte depuis un million d’années. Mais les maîtres actuels de cette planète ont des ambitions qui risquent de contrecarrer leur mission.
Combinant mathématiques et astrophysique, Greg Egan donne la démonstration de son talent comme écrivain de la hard science parmi les plus novateurs de sa génération, d'ailleurs salué par le prix Hugo et le John W. Campbell Memorial Award. Né à Perth en 1961, il publie sa première nouvelle en 1983. Programmeur de profession, il signe à ce jour huit romans et une soixantaine de nouvelles (anthologie publiée par Le Bélial).

P U B L I C I T E


Mortelles ritournelles : imaginez l'équivalent sonore des images subliminales maintenant interdites dans la publicité... dans le monde de Greg Egan, les annonceurs sont parvenus à solliciter les capacités auditives des consommateurs à leur insu.
Michael Underwood, consultant en musique créative pour l’Usine à Inspiration, ne put s’empêcher de jeter un œil discret à sa montre. Il lui restait encore du travail pour la campagne Hypersoft, laquelle se devait d’être terminée le jour même, et l’après-midi filait déjà. Il écoutait John Halbright depuis vingt minutes. Il ne savait toujours pas en quoi ce que présentait le président de la Société de Neurocartographie appliquée « était la plus belle mine d’or publicitaire depuis que le Département du Trésor avait accepté de vendre des emplacements à hologrammes sur le billet de dix dollars ». Halbright remarqua son geste, s’arma de courage et recommença.
« Vous avez bien compris que nous avons identifié les circuits neuronaux impliqués dans le traitement de la musique ? »

La nouvelle suivante, parue en 1953 et unique production de son auteur Ann Warren Griffith, évoque un thème assez proche.
Audience captive
Si les produits de consommation se mettaient à se rappeler régulièrement à notre attention pour soutenir notre fièvre acheteuse, les seuls refuges contre la cacophonie publicitaire seraient alors les lieux situés en dehors de la vie séculière, comme les prisons par exemple, mais pour combien de temps...
La collection Dyschroniques des éditions Le passager clandestin regroupe des nouvelles de science fiction dont la réédition présente - a posteriori - un intérêt particulier au regard de la genèse du genre et/ou du sujet abordé.
J'en retiens l'étonnante capacité d'anticipation face à l'évolution possible d'une société livrée sans merci aux mentors du consumérisme.
Je mets le lien vers une interview d'Yves Citton, co-directeur de la revue Multitudes et auteur de Pour une écologie de l’attention et Médiarchie relative au sujet de l'économie de l'attention (1995) : manuel de survie dans un monde hyperconnecté.

jeudi 3 janvier 2019

Baby challenge 2018 : SF


8/20

1 - Série - Red Rising de Pierce Brown
2 - Série - Wang de Pierre Bordage
3 - Série - Fondation d'Isaac Asimov
4 - Série - Yggdrasil de Myriam Caillonneau
5 - Série - Entre Chiens et Loups de Malorie Blackman
6 - Série - Illuminae de Jay Kristoff et Amie Kaufman
7 - Série - Chroniques lunaires de Marissa Meyer
8 - Série - Time Riders de Alex Scarrow
9 - Les Fables de l'Humpur de Pierre Bordage
10 - Série - Bone Season : Saison d'os de Samantha Shannon
11 - Série - Hypérion / Les Cantos d'Hypérion de Dan Simmons
12 - Série - Le Chaos en marche de Patrick Ness
13 - La Horde du Contrevent d'Alain Damasio
14 - Série - Nil de Lynne Matson
15 - Série - Les Maîtres des brisants de Erik L'Homme
16 - Série - Thursday Next  de Jasper Fforde
17 - Série - Hunger games de Suzanne Collins
18 - Série - Le cercle des 17 de Richard Paul Evans
19 - Ale 2100 de Sophie G. Winner
20 - Série - Dune de Frank Herbert

JOKERS

1 - Série -  La mafia du chocolat de Gabrielle Zevin
2 - Série - L'épreuve de James Dashner
3 - Série - Insaisissable de Tahereh Mafi
4 - Série - Nox de Yves Grevet
5 - Dans les larmes de Gaïa de Nathalie Le Gendre

mercredi 2 janvier 2019

Baby challenge 2018 : BD

10/20

1 - Yôsei : Dans le secret des fées de Shiitake et Alice Brière-Haquet
2 - Série - Les carnets de Cerise de Joris Chamblain et Aurélie Neyret
3 - Série - Gaston (1e série) de André Franquin
4 - Série - Bichon de David Gilson
5 - Série - Freaks' Squeele Funérailles de Florent Maudoux
6 - Série - Le vrai sexe de la vraie vie de Cy
7 - Série - Pico Rogue de Dominique Roques et Alexis Dormal
8 - Un bébé à livrer de Benjamin Renner
9 - Série - Paul de Michel Rabagliati
10 - Série -Yoko Tsuno de Roger Leloup
11 - Série - Culottées de Pénélope Bagieu
12 - La BD est Charlie de Collectif
13 - Série - Love de Frédéric Brémaud et Frederico Bertolucci
14 - Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé
15 - Série - La quête d'Ewilan de Lylian, Montse Martin et Pierre Bottero
16 - Série - Maus, un survivant raconte de Art Spiegelman
17 - Série - Wika d'Olivier Ledroit et Thomas Day
18 - Le grand méchant renard de Benjamin Renner
19 - Série - Maliki de Maliki
20 - Le féminisme de Thomas Mathieu et Anne-Charlotte Husson

JOKERS

1 - Carnet de santé foireuse de Pozla
2 - Série - Magasin général de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp
3 - Un printemps à Tchernobyl de Emmanuel Lepage
4 - Pilules bleues de Frederik Peeters
5 - Série - L'adoption de Zidrou et Arno Monin

mardi 1 janvier 2019

Souvenir de la lumière flottant sur la brume (ou l'inverse) dans l'échancrure de la route des plaines ; c'est la vue apaisante que j'ai eue tous les matins pendant presque une année.